Malgré la truite

Malgré la truite.

 

 

En arrivant devant chez lui, Jonathan laissa son vélo comme d’habitude sous le marronnier.

Parfois un brin supersticieux, Jonathan se plaisait à imaginer que le vieil arbre possédait quelque pouvoir de protection… Et, de fait, la bécane n’avait, il est vrai, pas eu à souffrir des nombreux vols et autres déprédations dont la petite reine était de plus en plus l’objet dans la région, ces derniers temps.

L’homme tripatouilla son trousseau de clés, l’air absent, car son esprit était lourdement préoccupé depuis une semaine, quand enfin sa clé voulut bien cesser de jouer à cache-cache, et le cadenas put remplir sa mission.

Mais certaines pensées se comportent comme de vrais boomerangs…

« Eve, sa chérie unique et préférée,

Eve, qui savait si bien provoquer la tendresse et la passion de son amant, par la magie des mille et un trésors de son âme,

Eve, qui lui avait récemment fait miroiter des futurs en lesquels, lui Jonath, avait même cessé d’espérer dans cette vie, avant de la rencontrer…

Cette Eve-là,

l’avait tout bonnement laissé au bord du chemin, samedi dernier…

Parfaitement.

Au début, curieusement, Jonathan n’avait ressenti aucune douleur particulière à cette annonce, probablement à la manière de ces accidentés qui semblent ne pas trop souffrir dans les premières minutes après le choc, puis la nature avait vite repris ses droits.

L’homme se rappelait encore l’instant de la rupture, dans la jolie cuisine à l’ancienne, chez la belle, ou comment transformer un endroit merveilleux en lieu maudit…

Tout s’était passé tellement vite et presque brutalement dans le verbe.

Eve avait parlé de cette voix de femme qui ne doute pas un instant que la décision qu’elle va prendre est, selon toute évidence pour elle, la moins mauvaise solution afin d’atténuer ses propres souffrances.

Les femmes ne reviennent sur une rupture que beaucoup plus rarement que les hommes, infiniment plus « girouettes », quant à eux, de par leur nature.

 Dans ces moments-là, elles adoptent un ton particulier dans la voix, qui possède ce fameux côté indubitable.

Le couperet.

Jonath, qui n’avait rien d’un perdreau de l’année, avait déjà entendu cette chanson, et il ne s’y trompa pas, ne trouvant comme unique parade à la soudaineté de ses maux qu’une lancinante incompréhension devant un fait accompli.

 

Ignorant courageusement l’ascenseur, le pauvre garçon finit par regagner son appartement, dans lequel il se mit à errer exactement comme une âme en peine, puis sa petite Fée S.O.S. lui fit parvenir un message en priorité :

Sa canne à pêche, qui s’ennuyait ferme sur le balcon, venait de lui adresser une petite œillade complice…

Sacré Nom de Jazz ! Mais c’est bien-sûr !...

Jonathan adorait la pêche, qu’il pratiquait depuis l’âge de sept ans, avec un plaisir sans cesse renouvelé.

Très tôt, il s’était rendu compte que cette « activité passive » lui procurait de bien délicieux avantages de vie, dont le moindre n’était pas celui de trouver un refuge contre les rugosités de la Dame Réalité… et ce qui faisait du bougre, la terreur des brochets, perches, et autres salmonidés du Léman !

Jonathan entreprit donc de préparer son matériel de prédateur.

Il vérifia amoureusement son vieux moulinet « Mitchell », qui semblait toujours aussi increvable, apprêta sa canne en fibre « Carbonex », garantie à vie, puis il sélectionna quelques leurres artificiels pour le brochet : une collection de « Meps » N° 4, et une sorte de « rapala » de bonne taille, qui imitait à la perfection une ablette en train de nager.

Tout en officiant avec soin, il ne put dissuader le boomerang de jouer son rôle favori :

«Eve… Je n’arrive pas à comprendre comment tant de belles pensées… partagées, qui plus est…il s’oublia un instant…n’aient pas pu provoquer…d’autres résultats… »

Monsieur Point d’Interrogation n’avançait guère dans son labyrinthe, néanmoins, il empoigna son matériel, sortit de chez lui et enfourcha malgré tout son destrier avec plaisir.

« Tremper le bouchon, dans le lac, sur la jetée, près du Port Noir, non loin de l’endroit qui symbolise l’entrée de Genève dans la Confédération, ça ne peut que me faire du bien… » se robora-t-il.

Pourtant, même sur son vélo, et au mépris du danger, le boomerang ne le lâchait pas, tandis qu’il fendait l’air dans la descente du Parc Lagrange :

« Bon sang, c’est la « déjante », cette histoire…Je ne comprends rien à ce qui nous est arrivé… »

« En fait, je me fais un peu l’effet d’être Columbo, au début d’un épisode, ne parvenant pas à dénouer l’imbroglio soumis à ma sagacité, faute d’éléments probants… sauf que je ne suis pas Columbo, bien malheureusement, sur ce coup-là… »

Par chance, Jonathan disposait de toute une jolie ribambelle de fées, chacune plus dévouée que l’autre, et tout le monde arriva à bon Port Noir.

En humant les senteurs le lac, le pêcheur se sentit soudain aux abois, de la même fièvre probablement que son lointain ancêtre de la période lacustre, après avoir inventé le premier hameçon, et sa trouvaille si diaboliquement géniale : l’ardillon !

Et il se sentit particulièrement d’attaque.

Finalement, Jonathan choisit de planter son camp au milieu de la jetée, quand elle amorçe un angle droit, car il savait, qu’à cet endroit, les eaux étaient plus profondes avec les herbiers qu’affectionnent volontiers le Sieur Brochet…

Il déploya donc sa canne et fixa le « Mitchell » avec un réel bonheur, puis il passa soigneusement le fil dans les anneaux de la « Carbonex ».

Les leurres maintenant !

Sans trop savoir pourquoi, il dédaigna les « Meps », pourtant si efficaces, et choisit le « rapala »en forme d’ablette(les genevois disent « sardine »), car il semblait nager joyeusement comme une vraie argentée, et qu’il avait déjà fait ses preuves avec le « requin d’eau douce », à de nombreuses reprises.

Et Jonathan se mit à l’ouvrage, c’est-à-dire à lançer et à ramener l’appât artificiel inlassablement, en cherchant la bonne vitesse pour mouliner, dans l’espoir de provoquer une touche.

Bien évidemment, pareille action répétitive étant des plus propices au rêve, il ne manqua pas de souscrire aux exigences des ses récentes affres, mais, las, il se laissa enfin glisser, et l’image d’Eve l’envahit, sans qu’il ne fît grand chose pour détourner le processus.

Il se remémorait un autre instant de la rupture, quand, après lui avoir signifié ses intentions, elle s’était soudain mise à le remercier, lui son amoureux « de lui avoir apporté tant de bons moments », et, globalement « d’avoir été un type si génialement chouette au cours de la relation !… »

Comme raison de rupture, cela paraissait plutôt étrange…

-       En fait, c’est James Bond que tu es en train de quitter

là… si je comprends bien…lâcha le désanchanté, en affichant un sourire approximatif.

 

Sur la jetée, Jonathan semblait avoir retrouvé deux doigts de saint humour, à cette évocation, pourtant il lui fallait parvenir jusqu’au nœud gordien, et, pour ce faire, la tristesse au cœur, il se mit à remonter le temps, jusqu’au repas qui avait précédé l’arrêt fatidique.

 

L’endroit de cet épisode était un petit resto de la campagne genevoise, genre plutôt cossu, qui était vraisemblablement conçu pour des moments beaucoup plus agréables que ce que la soirée allait réserver aux deux amis.

Si l’on excepte l’inévitable commentaire à propos de ce genre de cuisine qui laisse toujours sur sa faim, la soirée possédait tous les ingrédients de la réussite, pourtant, il n’en fut rien, bien au contraire.

Pour comprendre ce qui s’est passé, ce soir-là, il convient au préalable de savoir que le père Jonath n’était pas au mieux de sa forme, depuis quelques jours…

Non.

Quelques temps auparavant, il s’était remis à boire des coups avec sa bande de joyeux drilles, alors qu’il y avait deux mois, il s’était solennellement promis d’abandonner définitivement cette addiction, n’en déplaise à ses potes…

Oh, ce n’était pas le genre de gars à rouler sous la table, mais, au chapitre des explications, sinon des excuses, il s’était accoutumé à penser que : « L’alcool mettait juste un peu d’huile dans les rouages de ses relations avec ses semblables », et l’habitude, sautant sur l’occasion offerte, n’avait eu aucune peine à s’installer…

Par ailleurs, Jonathan était un brillant informaticien qui adorait les chiffres, et qui inventait de nouveaux logiciels, à journée faite, pour le compte d’une grande boîte américaine, à Genève, activité qui rime mal avec la dive bouteille…

Un jour, alors qu’il venait juste d’installer sa relation amoureuse avec Eve, il eut pourtant la lucidité de comprendre avec certitude que, s’il entendait continuer de plaire à son cœur, il serait bien inspiré d’abandonner sa petite coutume, parfaitement contraire aux habitudes de vie de son égérie.

Du jour au lendemain il cessa donc de boire de l’alcool, et, dans la foulée, il mit également fin à la fumée.

Eve, de son côté recherchait une vie organisée autour d’une série de concepts primordiaux à ses yeux magnifiques, dont le plus marquant était visiblement une volonté régulière de s’améliorer, par une pratique constante de la recherche intérieure.

Elle lisait beaucoup, et sa curiosité semblait insatisable.

Alors, bien-sûr, chaque être doit bien composer un jour ou l’autre avec ses propres zones d’ombre, c’est terrestrement inévitable, pourtant celles d’Eve, pudiquement contenues derrière les barreaux solides de ses protections intimes, semblaient invisibles au commun des mortels, ce qui renforçait le sentiment de pûreté qui émanait d’elle.

Mais, vu sous un certain angle, force était d’admettre que ses habitudes de vie étaient bien différentes de celles de son soupirant.

L’une vivait le jour, et l’autre plutôt la nuit…

La première évoluait sans peine apparente dans la sobriété, tandis que l’autre faisait volontiers péter le champagne…

Pourtant, leur alliance fonctionnait souvent à merveille, car les deux aventuriers du cœur partageaient bon nombre de tournures d’esprit semblables, favorisant de bien douces complicités lorsqu’ils se rencontraient.

 

C’est donc nanti de cet ensemble de pensées contradictoires, que Jonathan s’installa à table, ce soir-là, en face de son élue, ainsi que du minuscule filet de perche et ses trois légumes, dans le paraît-il « temple de la gastronomie » de la région.

Il participa tant bien que mal à la discussion, mais son esprit était ailleurs, de plus en plus préoccupé par une idée fixe :

Dire.

Dire à sa chérie qu’il n’avait pas assuré.

Dire que, oui, il avait trébuché sur la dive bouteille avec les copains l’autre soir, au risque de décevoir son amour…

Dire, pour au moins revendiquer la maigre consolation de la vérité, mais Dire.

Un instant, il crut trouver refuge dans l’absolu : «Mais, n’y a-t-il pas davantage de place au Royaume des Cieux pour un pécheur repenti que pour tout un paquet de justes ?... ». Malheureusement, l’incantation resta sans effet… « Peut-être que mon repentir n’est pas suffisamment fort…se lamenta-t-il en guise de consolation.

Un sentiment de tension lourde et incoercible prit possession de son humeur.

A cet instant, l’homme se sentit comme l’enfant, sur le plongeoir des trois mètres la première fois…

Et soudain, la peur au ventre, il sauta les yeux fermés…

De but en blanc, il avoua son parjure, d’un ton froid et laconique, et sans même fournir la moindre tentative d’explication.

La tablée se transforma naturellement en une bien sombre banquise jusqu’à la délivrance de l’addition, et le couple leva finalement le siège, confiant à la « Volvo » le soin de l’éloigner le plus vite possible du stupide champ de bataille, et la belle campagne genevoise fit place à nouveau à la ville.

La suite, la rupture dans la vieille cuisine aux parfums de confiture maison, tout cela, Jonathan ne le connaissait que trop bien…

 

Sur la jetée, le pêcheur décida de mettre un instant la liste de ses péchés entre parenthèses, car la nature lui offrait une petite pause, un petit oasis de beauté, qu’il s’accorda bien volontiers :

En face de son regard, le soleil se glissait langoureusement derrière le duvet du Jura, et le spectacle était à couper le souffle.

Machinalement, il reproduisit pour la xième fois le geste du lancer, tout en jouissant de la féérie.

Fidèlement, le « rapala » plongea à une vingtaine de mètres des rochers, et commença sa tromperie, mais, à peine eût-il touché l’eau, que la touche se fit sentir !

Jonathan émergea bien vite de sa torpeur, car l’attaque avait été d’une rare violence.

Un instant, le scion de la canne avait dessiné un C majuscule dans l’air du Léman, tant la secousse avait été brutale !

Encore égaré dans les brumes de ses pensées lancinantes, le pêcheur fit alors un faux raisonnement :

-       Nom de Bleu ! Ce brochet doit être un vrai monstre !

Mais, très vite, ses réflexes de chasseur patenté corrigèrent son estimation de la situation au toucher.

Les secousses imprimées sur la ligne par la prise étaient bien trop nombreuses et nerveuses, pour être celles d’un tel animal.

Le brochet, quant à lui, se bat avec puissance, soit, mais la défense qu’il oppose, est beaucoup plus lourde. En termes automobiles, disons que le brochet se comporte comme un gros camion, lorsqu’il est pris…tandis que, dans le Léman, se cache parfois la Reine des Ondes de cette merveilleuse région qui, elle, lorsque l’on parvient à la tenter au bout d’une ligne, fonce comme une « Formule 1 » ! : C’est la truite lacustre !

Le rêve absolu de tout pêcheur lémanique !

Une petite merveille de la nature, le « guépard d’eau douce » !

Une perfection de la création que seules quelques oeuvres comme le chat peuvent espérer égaler.

Une musculature surpuissante, dans une enveloppe argentée cachent néanmoins la férocité naturelle de la plupart des animaux à sang froid, puisque la truite, à l’image des  salmonidés dans leur ensemble, pratique volontiers le cannibalisme…

« Ce ne sont que des brutes qui dévorent leurs propres enfants !... » se disait parfois l’assassin, au moment de trucider l’une d’entre elles, en guise de justificatif…

Mais une truite du Léman meunière…

Comme pour souligner ses pensées, à une vingtaine de mètres des rochers, la prise fit un premier « soleil ».

Le « soleil » est une expression des pêcheurs genevois pour désigner une figure de défense que certaines truites adoptent, lorsqu’elles sont trompées par leur principal prédateur.

L’animal tente alors une série de sauts hors de l’eau, en secouant la tête afin de se débarrasser de l’hameçon, en donnant parfois l’impression puissante et irréelle de « marcher sur l’eau », dans l’action.

En mer, et dans les mêmes circonstances, l’espadon pratique exactement de la sorte.

Sur la jetée, Jonathan abaissa instinctivement sa canne au niveau de l’eau, afin de contrer la manœuvre, et la bataille reprit de plus belle, quand tout soudain, un événement improbable se produisit néanmoins :

Eve débarquait sur la jetée !...

 

En pleine bagarre contre le  « monstre du Loch Léman », le preux Jonath ne remarqua même pas l’arrivée de son inspiratrice, qui s’arrêta à quelques mètres de son valeureux héros en train de ferrailler.

-       Coucou, mon cœur, j’étais certaine de vous trouver là !... Je vois avec plaisir que vous allez bien…déclara-t-elle avec satisfaction.

La surprise était telle que le pêcheur faillit en lâcher sa canne, ce dont, le ressentant peut-être, la truite profita instantanément :

-       Nom de Jazz ! Elle vient de me reprendre au moins quinze mètres de fil !

Mais Eve semblait ne pas éprouver la moindre cure de pareils soucis :

-       En fait, je suis venue t’annoncer une grande nouvelle !

-       Pardon ?...réussit à articuler le malheureux, en jugulant comme il le pouvait de nouvelles tentatives vitales de la part de sa proie.

-       En fait, je suis venue te dire … que… je t’accepte, tel que tu es…Voilà…

La belle laissa couler quelques secondes qui ressemblaient à une éternité…

Bon…je prends le lot… fit-elle en affichant une moue tellement ravissante, que même Aphrodite en eût été jalouse…TOUT le lot… parce que ton lot… elle abandonna son discours au sablier à nouveau quelques instants… même s’il contient encore un wagon de vieux trucs, que tu serais bien inspiré de foutre à la poubelle !…Ton lot…je l’adore finalement !…Et je ne veux surtout pas m’en passer…Voilà… J’ai envie… j’ai besoin de te revoir…

Alors, ça te fait quel effet ? s’enquit-elle soudain, avec une candeur qui aurait trompé Louis Jouvet en personne.

Dans un éclair de conscience, le pauvre hère réalisa que sa propre espèce était profondément « monoactive », néanmoins, au prix d’un effort remarquable, il se lança dans une périlleuse polyphonie :

-       Je ne suis probablement pas très démonstratif, juste là maintenant…mais, je t’assure que cela me fait rudement plaisir, ce que tu me dis là…Non, c’est vrai, je trouve cela vraiment super !... Inespéré !... Mais… comme tu peux le constater, juste à cette minute,…je suis encore aux prises avec une monstrueuse truite lacustre !...

Elle doit faire…au bas mot dans les dix à douze livres…C’est un truc qui arrive une fois dans la vie d’un pêcheur ! Est-ce qu’on ne pourrait pas…

-       Que nenni non point ! Cela ne doit pas attendre ! décida la belle d’un ton de premier ministre, c’est bien trop important ! Puis, d’autorité, elle enchaîna :

-       A l’avenir,donc, je te prendrai tel que tu es, OK , car si je ne ne prévois pas cette concession, j’ai le sentiment que je risque de te perdre…et cela je n’y tiens pas du tout, mon Jonath, c’est vrai, je n’y tiens pour rien au monde…

Par contre, si j’agis de la sorte, c’est que j’ai le secret espoir que cela provoque en toi, enfin, un peu de stimulation… mon amoureux… afin de « mettre de l’ordre dans ton grenier », une bonne fois pour toutes, si tu vois ce que je veux dire…sa voix avait adopté un léger ton professoral.

Mais l’esprit de Jonathan, bien trop occupé à ressentir de vieux atavismes, n’était plus du tout apte à saisir les subtilités d’une allusion, néanmoins, il tenta de faire bonne figure :

-        Mon grenier ?...

 Dans l’eau, la truite tentait une diversion en s’enfuyant le long de la jetée, en direction du club de « La Nautique », et toute la troupe fut bien obligée de suivre cette nouvelle orientation.

Jonathan faisait tout ce qui était en son pouvoir pour réfreiner les desseins de l’animal.

-       Je suis monté sur du 25 centièmes…c’est un fil bien trop fin pour un pareil bestiau !

-       Moi, j’trouve que tu es très bien monté, tu sais ?... coquina la belle.

Là encore, l’image ne put atteindre sa cible…

Mais, contente d’elle, la déesse continuait déjà:

-       Le soir de notre rupture, au restaurant…tu te rappelles…

La truite, qui s’était rapprochée de la jetée exécuta un nouveau « soleil », et les curieux qui commençaient à rappliquer, purent l’admirer facilement : son corps aux écailles argentées n’en finissait pas de sortir de l’eau…Elle devait faire un bon mètre…

-       Elle semble infatiguable…constata le pêcheur.

Mais, imperturbable, la douce reprenait déjà le flambeau :

-       Je disais donc : le soir de notre rupture, au resto, quand tu m’as balancé ton truc en pleine poire, là, l’histoire avec tes potes, et tes promesses non tenues…tu sais…

-       Oui,oui… Le pauvre garçon se sentait irrémédiablement devenir bicéphale.

-       Mais enfin, mon vieux Jonath, est-ce que tu réalises que tu t’es comporté comme…un vrai mufle, sur ce coup-là, ou quoi ? ! Un malappris irréverencieux, voilà tout !

Est-ce que tu t’en rends au moins compte…Franchement, parfois, je me le demande…

-       Si, si, je m’en suis parfaitement rendu compte, ce soir–là ! Je t’assure ! plaida le fils du lac, dans un élan de survie admirable…

Mais, tu ne préfères pas que je t’explique tout ça devant un « Sinalco », tout à l’heure, quand j’en aurai fini avec cette créature ?!…

Juste à cet instant, la truite redoubla d’efforts afin de sauver sa vie, et Jonathan sentit qu’il devait à nouveau lui rendre de la ligne.

-       Bon sang, ça n’en finira donc jamais…

Alors, Eve passa une main dans la forêt de ses boucles brunes, dans un geste qui eût pu rendre la joie au regard du plus désabusé, puis elle dit d’une voix forte :

-       Mais enfin Jonath !

Cela fait maintenant un bon quart d’heure que je te demande de m’embrasser !...

Alors, je ne vais pas te le seriner encore longtemps :

S’il-te-plaît, est ce que tu veux bien laisser cette truite une minute, et me prendre dans tes bras ?! Là, maintenant, tout de suite, car c’est très urgent, tu comprends, mon amour ?!… TRES urgent !!!...

A ce moment de l’histoire, toutes les actions se déroulent au ralenti.

 En continuant la bataille, l’homme regarde avec bonheur la mie de ses rêves qui lui sourit maintenant avec le 22bis (Il est génial le 22bis !), puis son regard se porte sur son moulinet, l’antique, mais néanmoins increvable « Mitchell », marié avec sa « Carbonex », pour le meilleur et le pire de la pêche à la ligne, et, dans un geste sans appel, il balance soudain son matériel de pêche dans le lac, en éclatant d’un rire généreux !

Ensuite, mimant Belmondo au bord de la piscine, dans « Le Magnifique », il roule les mécaniques en direction de sa belle et se plante devant l’objet de ses attentes, un mi-sourire aux lèvres , puis, d’une voix exagérément grave, il déclame, un brin canaille :

-       Encore une qui a de la chance…

Alors, ultime « coda » de la symphonie, il prend enfin sa femme dans ses bras, et il ne reste plus sur cette jetée mythique, que deux âmes follement entrelacées, le soleil couchant, sous le regard étonné de quelques badauds.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Commentaires

11.03 | 23:43

Baume de beaux mots : peu de mots, peu de maux....

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03.03 | 17:50

coucou j'addore martina stoessel je suis allee la voir au REX a Paris c'était genial

...
03.12 | 20:15

Salut

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12.02 | 09:07

Bravo !! très jolie histoire La Pignata J'y vais de ce pas !!

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