Coquetteries

Coquetteries :

 

Depuis toujours, dans l’immensité de l’univers, les planètes suivent leur éternelle destinée de corps célestes, réunies en systêmes solaires et constellations, en route vers ce but lointain, inconnu…

Comme chacun le sait, une planète est un être vivant, intelligent, souvent sensible et donc capable de sentiments. Il arrive parfois que certaines d’entre elles tissent des relations d’amitié au fil du temps, et se parlent, échangeant ainsi des idées à travers l’éther.

Deux de ces entités avaient souvent de longues conversations dans un petit systême solaire :

La Terre et Mars.

Les lois de la gravitation les ayant placées sur une orbite proche l’une de l’autre, elles avaient eu tout le loisir de mettre à profit ce voisinage, en cultivant une véritable amitié que le temps renforçait méthodiquement.

Comme tous les êtres vivants de l’univers, elles se préoccupaient régulièrement de leur santé, mais également de leur apparence, car la plupart des planètes sont sensibles à la beauté.

 Afin d’honorer cette dernière, il arrive que certaines d’entre elles se parfument abondamment. Utilisant des moyens qui échappent à l’entendement de la plupart des créatures vivant sur leur sol, elles parviennent à sécréter des essences naturelles afin d’embaumer leur atmosphère, ce qui a toujours le pouvoir de les réjouir.

Mais elles emploient bien d’autres artifices pour se refaire une beauté, généralement tous les deux ou trois cent mille ans.

 

Un beau jour, Mars et la Terre entamèrent une nouvelle discussion.

Leurs palabres, souvent interminables, semblaient ne jamais devoir les lasser. Certains de leurs tête-à-têtes se prolongeaient volontiers pendant des siècles, voire des millénaires, suivant l’inspiration des deux astres, car les planètes ont le temps.

Elles n’ont pas tout le temps…mais elles ont quand même beaucoup de temps, ce qui fait qu’elles ne sont jamais pressées.

- De quand date notre dernière rencontre ? demanda Mars étourdiment. Ma mémoire me joue des tours, il me semble, crut-elle bon de s’excuser.

- De l’époque des dinosaures, la renseigna la Terre. Tu te souviens ?

- Attends !

Ton époque des dinosaures ? Ou la mienne ? s’enquit la planète rouge, mais n’importe quel astre aurait remarqué la pointe d’amertume qui s’était glissée dans son propos.

- Ben, la mienne évidemment ! la renseigna son amie, ce qui était d’une logique inattaquable, car la Terre était de loin la cadette.

Comme bon nombre de planètes, Mars avait eu droit à sa période dinosaures, elle aussi, mais cela s’était passé en des temps immémoriaux. A l’époque, l’enfant Terre était entièrement recouvert de glace, telle une boule de neige, et bien trop jeune pour se lier d’amitié avec son aînée… Le conflit des générations…

- Ah, mais bien-sûr !... Suis-je bête…crut bon de préciser Mars.

La Terre respectait énormément la planète rouge, comme l’on vénère les anciens, mais elle était au courant des affres et des douleurs de son amie mieux que personne dans le systême solaire.

Il fallait se rendre à l’évidence :

Mars commençait à ressentir les effets de l’âge.

Certains symplômes ne trompent pas. Elle évoquait de plus en plus souvent son lointain passé, lorsqu’elle possédait encore une atmosphère, des mers, une végétation grouillante de vie.

Puis il y avait eu cette série de catastrophes naturelles mais néanmoins inéluctables, et maintenant elle gravitait tristement dans le vide sidéral, avec son atmosphère raréfiée et tellement impropre à la vie…

Mars avait bien un scénario, une idée folle afin de remédier à sa situation, mais bon…

La Terre patienta quelques siècles, puis elle changea brusquement de sujet.

- Tu sais que j’ai entamé un drainage ?!

- Quoi, récemment ?!! La planète rouge faillit en modifier son orbite.

-Oui, oui ! Tout récemment, à peine un siècle !...La Terre était fière comme l’un de ses coqs.

- Génial ! Un « drainage pétrolier » ! Mars était aux anges à cette évocation.

- Oui, oui ! Un « drainage pétrolier » dans la plus pure tradition ! La planète bleue jubilait.

- Et bien oui, c’est vrai, tu as l’âge idéal, c’est le bon moment ! réalisa Mars pleine d’enthousiasme. Et alors, ça se passe comment ? C ‘est agréable, non ? Puis à nouveu nostalgique : ça me rappelle le mien, il y a bien longtemps…C’était extraordinaire !

Une fois le drainage achevé, je me suis sentie tellement en forme, pendant…des millions d’années !...

- Oui, oui ! Chez moi, cela en devient chaque jour plus jouissif ! La Terre fanfaronnait.

- Et tu as employé le…la méthode habituelle ? Il y avait un brin d’amusement martien dans la question.

- Ben oui, comme d’hab : l’humanité ! Franchement ils sont trop marrants ! Bon, ils mettent pas mal de temps avant d’atteindre le niveau technologique nécessaire à l’extraction du pétrol, mais ensuite, plus rien ne les arrête ! Ils pompent jour et nuit !...s’amusa la Terre.

- Pas très malins, mais diablement efficaces… reconnut sa voisine.

La Terre ne put retenir un bel éclat de rire, ce qui provoqua un tsunami dans l’Océan Indien.

-Tu peux y aller ! Et les deux amies s’amusèrent comme des jouvencelles insouciantes.

Soudain, Mars retrouva son sérieux :

-Et tu vas procéder de quelle manière après…Je veux dire, avec l’humanité ? Qu’est-ce que tu vas faire quand ils en auront terminé ?

- Le jour où il n’y aura plus la moindre goutte de pétrol ?...La Terre avait son air coquin des grands jours. Mais sa compagne insistait :

- Oui, mais à ce moment , tu sais bien ce qui va se passer, si tu n’interviens pas, ils vont…

- … s’entredévorer…fatalement, j’en ai peur pour eux, avoua laTerre, d’autant plus qu’ils viennent de découvrir l’énergie atomique, ma belle Rouge ! Ils ont la bombe…enfin la bombe…des bombes, beaucoup de bombes…

Mars était horrifiée :

-Non, tu ne vas pas… Tu dois les en empècher !

Mais la planète bleue semblait fataliste :

- Qu’est-ce que tu veux que je fasse ? Mes braves terriens sont face à une équation impossible à résoudre dans leur logique primitive : Pénurie de pétrol égale crise économique mondiale, égale guerre planétaire… Je voudrais les arrêter que je n’y parviendrais même pas !...Mais, il faut que je t’avoue une chose, dit-elle soudain canaille : Ils ont commencé à faire exploser quelques-unes de leurs machines infernales…Mars ma chérie, tu n’imagines pas la sensation !… C’est incroyable ! La première fois à Iroshima…Le pied géant !... Je n’en revenais pas… C’était…la Terre cherchait ses mots, …comme une chatouille extraordinaire !!... Au moment où la bombe explose…on ressent…une caresse sublime !!...

C’est trop bon ! : Une longue chatouille, délicieusement sensuelle, parcourt ma surface!!...

Puis soudain visionnaire :

- Tu imagines l’effet, le jour où ils vont toutes les envoyer en même temps !!!...La Terre exultait. Nom d’une comète ! Je m’en réjouis à l’avance !...

Mars était atterrée, si l’on peut dire…

- Mais, tu ne dois pas faire une chose pareille !

Emergeant de ses douces pensées lascives, la Terre finit par rejoindre la réalité. Reprenant son sérieux, elle demanda :

- Mais pourquoi veux-tu me priver de ce petit plaisir tellement innocent ?...Après tout c’est le cycle éternel de la vie, plaida-t-elle. Il y a eu les dinosaures, maintenant c’est l’heure de l’homme, et demain matin, il y aura « autre chose » sur moi, tu le sais bien…Nous n’y pouvons rien ! Moi, j’ai juste laissé le processus suivre son cours, ni plus, ni moins…

- Mais enfin, mille trous noirs ! J’en avais besoin de ton humanité !!! cria la planète rouge qui, assurément, n’avait jamais aussi bien porté son surnom.

- Comment ça besoin ?...

La Terre se perdait en années lumières de conjectures.

Redevenue un instant patiente, en raison de son âge canonique, Mars parvint à se maîtriser et avança finalement son expliquation :

- Je savais qu’un jour tu finirais bien par t’offrir un « drainage pétrolier », toutes les planètes le font, ce n’est pas très original… Maintenant écoute-moi bien, petite sotte : L’humanité, TON humanité… Elle marqua une pause stratégique… Je comptais te demander de bien vouloir me laisser l’utiliser afin de me refaire une nouvelle atmosphère ! Voilà !!

- Une nouvelle atmosphère ?!...La Terre avait encore toutes les peines de la voie lactée à quitter ses rêveries voluptueuses.

-Mais oui ! Mars était vraiment fâchée. Avec le temps et les progrès de leur technologie, ils auraient bien fini par construire des vaisseaux spatiaux pour me rendre visite ; je suis la plus proche de toi ! Et arrivés chez moi, ils auraient fatalement entrepris de me recréer une atmosphère, c’est évident, j’ai encore passablement d’eau dans la région de mes pôles !...Ils n’auraient pas été stupides au point de passer à côté d’une possibilité aussi évidente de me renaturer, de me revitaliser ! Ils en auraient eu les moyens, j’en suis sûre ! Tandis que maintenant, c’est foutu…regretta-t-elle d’un ton morne.

Mais les planètes sont volontiers égoïstes :

- Et mon « drainage pètrolier » dans tout ça ? revendiqua la Terre.

- Tu n’aurais eu qu’à le retarder, insista son amie, Je ne sais pas, tu n’aurais eu qu’à…

Mais, soudain péremptoire, la Terre l’interrompit :

-Regarde ! Ils ont terminé ! Ils ont pompé jusqu’à la dernière goutte de mon pétrol !

-Par la beauté d’Andromède ! Ma chérie, je ne me suis jamais sentie aussi bien !

C’est le pied !!

La Terre ne pouvait retenir une délectaction inénarable.

Réalisant l’imminence du dénouement, Mars crut bon de prédire l’apothéose :

-Par tous les vents solaires ! Cela ne devrait plus tarder maintenant…Elle semblait horrifiée.

A court d’arguments valables, la Terre tenta néanmoins de se justifier une dernière fois :

- Oh ! Et toutes ces villes qui n’en finissent pas de s’étendre en saccageant la perfection de ma belle nature…Franchement, tu trouves cela esthétique toi ?

Du haut de sa sagesse ancestrale, la planète rouge le concéda :

-C’est vrai que là...

Réalisant qu’elle venait peut-être de marquer un point, la Terre poussa son avantage :

- Tu verras, juste après l’extinction, ma surface aura droit à une véritable cure de jouvence, car, tu sais, les radiations… ça nettoie…

Mais, il était dit que Mars allait ombrager la discussion jusqu’au bout.

-Pourtant…s’il devait y avoir des survivants après l’holocauste… Tu sais, cela se reproduit à toute allure, ces petites bêtes-là… insista-t-elle.

- Aucun risque ! assura la planète bleue. J’ai prévu quelques bons virus particulièrement agressifs ! Combinés au taux de radioactivité ambiant, cela devrait faire l’affaire…Non, crois-moi. C’est garanti ! Quant à moi, et bien moi, cela me procurera l’occasion d’un « grand nettoyage » ! Voilà tout ! De toute manière, il était grand temps pour moi de changer de faune, je trouve ! Puis soudain curieuse : Tiens, je me demande bien à quoi ressemblera ma prochaine faune…De toute façon, la nature trouve toujours son chemin, philosopha-t-elle en guise de conclusion.

Les deux amies se réfugièrent quelques années dans le silence afin d’échapper au sentiment de malaise provoqué par la tournure de leurs propos, puis, revenant à la charge, Mars décréta sur un ton de reproche :

- Tout de même, tu aurais pu penser à mon atmosphère…

Par chance pour elle, la Terre économisa facilement l’effort d’une réplique, car l’événement historique qu’elle attendait impatiemment était précisément en train de voir le jour sur l’ensemble de sa surface.

Enfin !

- Regarde ! annonça-t-elle à son amie, cela vient juste de commencer !

Le regard d’une planète n’est pas illimité, néanmoins, il peut balayer aisément l’ensemble de son systême solaire, ce qui fait que Mars distinguait sa voisine la plus proche sans aucune difficulté.

- Oh non ! fit-elle navrée.

Sur la Terre, l’holocauste atomique planétaire avait débuté, mettant en mouvement sa mécanique inéluctable.

Du nord au sud, d’est en ouest, des milliers d’ogives nucléaires prenaient leur essor afin d’accomplir leur destin. Mars vit nettement certaines d’entre elles se croiser dans la stratosphère, comme dans un ballet magnifique.

Finalement, tous ces missionnaires atteignirent leur but, les uns après les autres, provoquant une apocalypse planétaire qui s’amplifia d’heure en heure.

Plusieurs hasards absurdes contribuèrent à emballer davantage la machine :

Un missile frappa la région de Yellow Stone aux Etats Unis, atteignant la chambre de magma du plus dangereux volcan de la planète, et libérant ainsi la plus formidable éruption volcanique depuis cent mille ans.

La faille de San Andréas ne résista pas non plus à la violence des explosions, et la belle Californie dut se vautrer tristement dans l’océan.

La Terre, quant à elle était au paradis !

La multiplication des explosions atomiques provoquait en elle un tsunami de sensations nouvelles. Se laissant engloutir avec un plaisir si indécent, qu’il en eût choqué même la  la plus libertine des planète, au bord de la pamoison, elle sussura :

- C’est donc ça, un « orgasme planétaire »…

Alors, en proie à l’émotion des grandes circonstances, laTerre déclara, non sans une certaine grandiloquence :

- 2050 ! L’année de mon « orgasme planétaire » !!!

Mars contemplait la scène, hypnotisée.

Les planètes ont presque toutes l’esprit voyeur, et Madame Rouge n’échappait pas à la règle. Détaillant, comme envoûtée, chaque facette de l’orgasme terrestre qui s’offrait sans la moindre gêne à son regard, un lointain souvenir remonta à la surface de sa conscience : Son propre orgasme passé…

Oh, c’était il y a bien longtemps, à l’époque de sa splendeur, quand elle disposait encore d’une atmosphère, et que la vie palpitait encore à sa surface.

- C’est vrai, dans les mêmes circonstances que la Terre, j’ai fait exactement la même chose : Un « drainage pétrolier » et, tout comme elle, j’ai eu droit à sa conclusion logique : Une guerre nucléaire totale…

La vieille Dame Rouge se remémora les délices de son « orgasme planétaire ». Elle revit ses explosions nucléaires et les conséquences tellement sensuelles qu’elles avaient engendré aux tréfonds de son enveloppe planétaire, quand parvenant enfin à quitter ses douces rêveries, elle pensa à nouveau à sa chère amie, la Terre.

Regrettant néanmoins toujours ses projets de renaturation de son atmosphère, après un dernier regard en direction de son amie et de ses ébats solitaires, elle finit tout de même par avouer :

- C’est vrai, je ne peux pas lui en vouloir…

 

 

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Commentaires

11.03 | 23:43

Baume de beaux mots : peu de mots, peu de maux....

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03.03 | 17:50

coucou j'addore martina stoessel je suis allee la voir au REX a Paris c'était genial

...
03.12 | 20:15

Salut

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12.02 | 09:07

Bravo !! très jolie histoire La Pignata J'y vais de ce pas !!

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