Les petites fées d'Aldebert

Les petites fées d’Aldebert :

                                                        

Aldebert était un homme qui avait l’habitude de passer beaucoup de temps avec lui-même. Une sorte de sport intime qu’il entretenait régulièrement.

Un jour, alors qu’il était en train de rêver à son image, il en vint à se poser une question :

« Mais pourquoi suis-je comme je suis ? » se dit-il, faisant bien évidemment allusion à cette foule d’exemples de sa vie passée, au cours desquels il avait joyeusement manifesté son principal défaut : l’autodestruction, ou, cette manière incompréhensible qu’il avait, en chaque occasion de scier la branche sur laquelle il se trouvait assis.

C’était aussi le moment qu’avait choisi l’une de ses petites fées intimes, la fée grise, pour entrer en scène.

Elle était née grise parce que moralisatrice, ce qui ne l’empêchait pas d’exercer son métier avec talent.

Elle n’avait pas son pareil pour s’immiscer dans l’esprit d’Aldebert afin de le martyriser, en lui rappellant sans cesse les évènements peu glorieux de son passé,  les erreurs d’aiguillage qu’il avait commises, ses mauvaises décisions, et dans certains cas, son inintelligence.

D’un autre côté, Aldebert était bien obligé d’avouer qu’il y avait des effets positifs à l’action de la fée grise.

C’est vrai, comment reconnaître ses erreurs si personne ne vous les montre? C’est à cela qu’elles servent les fées.

Heureusement pour Aldebert, il avait encore d’autres fées en réserve dans son esprit.

Et justement l’une d’elles ne tarda pas à se manifester.

C’était la fée rose.

Un vrai petit bijou de fée.

Toujours de bonne humeur et tellement ravissante !

En plus, elle possédait un sens pour toutes les choses de la vie.

L’air inspiré, elle lui tint à peu près ce language :

« Aldebert mon cher,

                           Regarde ton existence.

                           Que vois-tu ?

                           Tu es né beau comme un blues !

                           Tu vis bien, dans un pays en paix.

                           Tu es bon dans ton job.

                           Tu n’es pas le meilleur mari du monde, loin s’en faut, et pourtant tu es aimé par une femme délicieuse !

                           Espèce de sacré veinard !...

La fée rose fit une pause, puis elle ajouta songeuse :

« Oui bien-sûr, il y a la liste de tes défauts, celle de tes…incompétences… »

Elle semblait accélérer comme pour passer un cap.

« Enfin bref, tu sais tout ça, ce que je voulais te dire Aldebert, c’est plutôt ceci : »

Elle commença lentement :.

« Toutes ces bonnes et belles choses qui sont arrivées dans ta vie depuis le jour de ta naissance. Cette chance, parfois insolente aux yeux de tes semblables qui te poursuit et qui arrive chaque matin comme un billet doux dans la boîte aux lettres de ton existence… »

La voix de la fée s’animait.

« …toutes ces choses sont des cadeaux de la nature.

Le sais-tu ?

Le vois-tu ? »

Sa voix monta d’un ton.

« Et pour qui ces cadeaux ?

Ils sont pour qui ? »

Elle marqua une pause, puis elle attaqua sèchement :

« Pour un mécréant !

Juste un pauvre mécréant juste capable de rien d’autre que de se contempler le nombril à longueur de soirée ! »

Elle était carrément fâchée.

« Et ce goût épouvantable pour la « house music !... »

Elle vomissait intérieurement, car la fée rose était réputée pour son goût musical qui était très sûr.

Etait-ce l’allusion à sa passion musicale, toujours fût-il que l’humeur de la fée rose réussit à s’adoucir.

« Non, moi ce qui me sidère le plus chez toi Aldebert, c’est que tu ne ressens jamais le désir de remercier.

Ça te manque et c’est dommage POUR TOI essentiellement.

Alors, remercier qui, remercier quoi, je n’en ai rien à cirer !

La fée s’emportait à nouveau.

Son joli minois s’empourprait :

« Choisis d’y mettre l’identité qu’il te plaira.

Appelle cela Dieu ou la nature.

Invente un nom si ça te chante, quelle différence ?

Brandis un drapeau ou un autre, si ça peut t’aider, mais REMERCIE ! Quelqu’un ou même quelque chose ; tiens, tu peux remercier une feuille au pied d’un arbre, mais re-mer-cie !

D’être là et ,dans ton cas, bien vivant et performant.

Au lieu de te lamenter sans cesse sur tes défauts de fonctionnement, tu ne voudrais pas en plus, être parfait ?!...

Bouge ton joli fessier, si tu veux modifier des choses en toi : Arrête de te faire des cadeaux !(Les trucs qui t’arrivent, c’est jamais de ta faute…) Mais surtout, arrête de pleurnicher !...

                                                     

 

                                                           

 

_ Aldebert ! Aldebert !

-…

Aldebert ouvrit les yeux.

-Mais qu’est ce que tu as ? Tu es en sueur !...

L’homme regarda un instant la femme qu’il aimait et un peu de paix commença à l’habiter.

-       Tu parlais dans ton sommeil, lui apprit la femme. Des histoires de fées, il me semble…La fée rouge…

Aldebert :

-       Non rose !

-       Oui rose, je ne sais plus…

Aldebert s’étira langoureusement.

Oh, ce n’était rien d’autre qu’un mauvais rêve, éluda-t-il en baillant.

-On s’fait un p’tit café ?...Ou un p’tit câlin ?...

                                                       

 

En réalité, Aldebert avait été fortement impressionné par son rêve étrange.

Plusieurs nuits durant, il y pensa et repensa longuement avant de s’endormir, tentant d’y trouver une interprétation, puis en désespoir de cause, il se souvint qu’il était un homme d’honneur et, à tout hasard, il décida de faire un vœu :

« Pendant vingt-quatre heures, montre en main, je ne penserai plus à moi .»

Et il y réussit brillamment.

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Commentaires

11.03 | 23:43

Baume de beaux mots : peu de mots, peu de maux....

...
03.03 | 17:50

coucou j'addore martina stoessel je suis allee la voir au REX a Paris c'était genial

...
03.12 | 20:15

Salut

...
12.02 | 09:07

Bravo !! très jolie histoire La Pignata J'y vais de ce pas !!

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