La baronne et les prédictions

La baronne et les prédictions.

 

-Oôôh !

Sa voix était calme, avec juste la petite pointe d’autorité nécessaire, lorsque Nina von Burg demanda à sa monture d’interrompre le galop.

Parfaitement aux ordres, le holsteiner gris pommelé changea d’allure, et la paire cavalière-cheval passa au trot, dans un mouvement commun qui aurait étourdi le plus exigeant des amoureux de la beauté.

Le couple persista quelques foulées sur ce rythme, puis il adopta le pas, rênes longues.

Apparement satisfaite, Nina adressa quelques petites claques amicales sur la forte encolure du holsteiner. Même au pas, sa démarche était aussi noble qu’une fugue de Bach.

-Bonjour Madame la baronne !

C’était Paulette, le long de la route, vaquant à ses occupations avec son inévitable panier en osier.

-Bonjour Paulette ! Tout se passe bien ?

-A merveille Madame la baronne ! A merveille ! Je vous ai mitonné une de ces petites blanquettes de veau à l’ancienne…Vous m’en direz des nouvelles !

-Ma bonne Paulette, qu’est-ce que je ferais sans vous…Puis avec une élégance naturelle, la cavalière mit pied à terre, et la petite troupe se mit en route.

-Vous savez, et sans vouloir vous offenser Madame la baronne, mais…elle chercha un instant ses mots, je suis très heureuse d’être au service de Madame la baronne, ce n’est pas ça,  mais…mon attachement…moi…c’est surtout envers le domaine…avoua -t-elle avec une franchise toute paysanne, enfin, sans vouloir vous offenser !...

Magnanime, la baronne adoucit l’atmosphère :

-Oui, je sais, vous êtes née ici, et moi, je ne suis propriétaire du domaine que depuis une année…

Elle imposa quelques secondes de silence, puis, suzeraine, elle décida de changer de sujet sans préavis :

-Et le vin ?

Vous avez pensé à quoi pour la blanquette ?

Un vin de la région ?

Soudain Paulette s’arrêta net et tout le monde en fit de même.

-Un vin de la région…fit-elle comme navrée, les mains sur les hanches. Mais Madame la baronne, on est en Bourgogne, vous ne vouliez tout de même pas que je vous serve un bordeaux avec la blanquette de veau !

Juste à ce moment, le holsteiner, probablement occupé à se débarrasser de quelque parasite, choisit de secouer fortement son encolure à plusieurs reprises, en guise de réponse à sa manière.

Tout le monde rigola bien et le trio reprit son chemin pour atteindre finalement « l’allée aux peupliers », comme les gens de la région la nommaient, et qui servait d’accès au domaine.

La demeure qui datait du 18ième siècle était spacieuse et ressemblait à ce que l’on appellerait communément une maison de maître, avec ses écuries attenantes.

-Je vais raccompagner Marylin jusqu’à ses appartements, annonça Nina en tirant légèrement sur la bride de la jument, et je vous retrouve pour mes agapes ! lança-t-elle avec un plaisir non dissimulé.

Dans l’écurie, la baronne expédia les affaires courantes. Ainsi donc, le brossage, le curage des pieds, les carottes et quelques mamours plus tard, elle n’eut plus qu’à se hâter en direction de la salle à manger, car ses papilles gustatives commencaient à s’impatienter…

Comme de bien entendu, la blanquette était juste divine, quant au Vosne Romanée…

La baronne Nina von Burg eut droit à sa quarantaine de « Madame la baronne », que Paulette ne manqua pas de lui adresser au cours de son service.

Ce petit côté désuet n’était pas fait pour déplaire à la suzeraine qui s’en amusait parfois intérieurement : « Se faire encore appeler « Madame la baronne » au vingt et unième siècle…c’est quand même trop marrant !... » se disait-elle parfois in peto.

Sur la table, la Marie Brizard avait fait son entrée.

Nina admira un instant les reflets irisés dans la glace pilée, puis, anticipant les prémices d’une douce torpeur « post blanquettienne », elle se leva, le verre à la main, remercia abondamment l’auteur de ses récents délices, puis elle rejoignit le petit salon qui était contigu.

S’abîmant dans un grand canapé qui devait avoir connu de nombreuses générations, elle alluma la télévision, et le présentateur de l’émission, ne boudant pas son anachronisme, s’invita sans se faire prier dans le petit salon dix huitième :

« Oui, un détecteur de métaux… »

Dans le poste, le gars semblait aux anges.

« Comme vous pouvez le constater, c’est une simple tige de métal, avec une poignée en haut pour le maniement. En bas, il y a une plaque ovale qu’il faut diriger vers le sol.

Certains ressemblent à de petits aspirateurs, s’amusa-t-il.

Lorsque l’appareil détecte un objet métallique enfoui dans le sol, il émet un signal, et il n’y a plus qu’à creuser !...

La baronne suivait avec amusement tout en sirotant sa liqueur.

-Qu’est-ce qu’ils n’inventent pas…

Mais déjà l’émission changeait d’angle en proposant un documentaire sur le sujet.

C’était l’histoire d’un couple qui, vivant dans un vieux manoir retapé, avait eu la curiosité de promener un jour un de ces détecteurs de métaux précisément, dans une vieille cave de l’édifice, et qui avait ainsi exhumé un véritable trésor : Des milliers d’écus en or de l’époque napoléonienne !

-Mein Gott !

La baronne von Burg était originaire de Hanovre.

« Là où l’on parle le meilleur allemand ! » se plaisait-elle à lâcher parfois dans la conversation.

Mais en Bourgogne, elle se devait bien évidemment de s’exprimer dans la langue de Molière, tâche dont elle semblait s’acquitter avec une facilité déconcertante d’ailleurs, tant son français, proche de la perfection, ravissait son auditoire.

Seule une pointe d’accent délicieusement indélébile trahissait néanmoins ses origines.

Dans la solitude que la châtelaine aimait à s’imposer régulièrement en ses murs, il lui arrivait de s’exprimer à voix haute, particulièrement quand elle séjournait dans le petit salon.

Il y avait là une peinture à l’huile représentant Mozart enfant, que la baronne avait acquise une joyeuse fortune lors d’une vente aux enchères.

Mais ce jour là, dans le salon douillet, Nina n’avait d’yeux que pour son téléviseur.

-Mein Gott !

Puis se souvenant qu’elle résidait au pays de Marianne :

-Moi aussi je vis jour et nuit sur de vieilles pierres !

Peut-être que,…

La baronne, comme tous les élus de sang bleu adorait le passé.

Elle se souvenait volontiers des anciennes légendes pleines de faunes que sa mère lui distillait le soir, pour la bercer, et de plus, elle vouait une admiration quasi religieuse à la musique de Wagner.

-…peut-être que je dors sur un trésor séculaire sans le savoir…

Et décision fut prise.

Sans hésitation, car l’hésitation est une invention de la démocratie…

« Demain, je me procure une de ces drôles de machines ! »

Puis elle éteignit le poste de la tentation, et, après une ultime Marie Brizard qu’elle dut bien se servir elle-même, car Paulette s’était éclipsée discrètement, elle monta retrouver son lit à baldaquin.

 

Le lendemain, Paulette se leva dès potron-minet, comme à son habitude, afin de mettre en route la journée, nourrir les chevaux, s’occuper du poulailler, et bien-sûr apprêter la table de la grande cuisine dans laquelle Madame la baronne aimait prendre son petit déjeûner.

Cela faisait un an, presque jour pour jour, que Paulette était entrée au service de la baronne Nina von Burg, après que cette dernière eût acquis à prix d’or le domaine de « la Bourguignonière ».

Dès le premier jour, leurs rapports avaient été empreints d’une cordialité naturelle.

Madame la baronne appelait Paulette « son intendante » pour le plus grand plaisir de son employée, particulièrement en présence de tierce personne.

Paulette, quant à elle, lorsqu’elle pensait à sa maîtresse, se disait parfois :

« Quelqu’un qui aime autant les chevaux ne peut pas être une mauvaise personne. Une baronne qui plus est… »

C’est donc en travailleuse contente de son état, que Paulette poussa la porte de la cuisine ce matin-là, et, quel ne fut pas son étonnement d’y trouver sa patronne déjà attablée devant son ordinateur portable.

-Madame la baronne est bien matinale…affirma l’intendante, mais il y avait comme un point d’interrogation suspendu à la fin de sa phrase qui fit lever les yeux de la châtelaine.

-Ma chère Paulette, je vais m’acheter un détecteur de métaux !

La noblesse était aux anges.

-Un détecteur de métaux ?

Cette fois le point d’interrogation était bien réel.

Paulette était pourtant accoutumée aux frasques de sa maîtresse. Tenez, le mois dernier, ne s’était-elle pas offert un hautbois d’amour, comme ça, sur un coup de tête, alors qu’elle n’avait jamais touché un instrument de musique de sa vie…C’est probablement pour cette raison d’ailleurs, qu’elle s’était sentie le devoir d’émettre une justification à son acquisition.

-C’est à cause du nom…Un hautbois d’amour…ça porte chance dans une demeure…augura donc la maîtresse des lieux.

Elle afficha un instant un petit air de sorcière et ses amulettes, pour les besoins du rôle.

Malheureusement, dans l’action de s’enlaidir un instant, la baronne, au cours du jeu, laissa apparaître un fait, qu’en réalité elle s’ingéniait habituellement à masquer scientifiquement : ses allègres quarante cinq printemps…

Réalisant sa bévue, elle dodelina de la tête, comme pour changer de chapitre, et quelques délicieuses mèches blondes, papillonnant autour des deux lacs verts de ses yeux, jouèrent les hypnotiseurs. Et tout rentra dans l’ordre.

Paulette admirait secrètement la baronne pour son maintien, son allure, son originalité, également son français tellement choisi, mais alors là, le « détecteur de métaux », il sonnait presque comme un gros mot dans sa bouche. Mais elle parvint néanmoins à retenir courageusement ses remontrances formelles, d’autant plus que la baronne s’anima soudain devant son écran.

-Voilà !

Verdun-sur-le-Doubs !

C’est là que se trouve le concessionnaire le plus proche !

C’est au confluent du Doubs et de la Saône, à environ une petite cinquantaine de kilomètres du domaine. Je serai de retour entre chiens et loups au plus tard !

Puis elle se leva et saisit sa veste, ce que réalisant, Paulette s’exclama :

-Mais, Madame la baronne ne prend pas son petit déjeûner ?!...

-Pas le temps, mon intendante, pas le temps !

Il faut que je ramène cet appareil le plus vite possible, car ce soir, ma chère Paulette, ce soir, je vous entraîne visiter les catacombes…dit-elle sur un ton volontairement sibyllin.

-Les catacombes ?...Mais…puis de guerre lasse, elle se résigna : Tenez, emportez au moins les croissants au beurre, ils sont encore chauds !

Soudain autoritaire, Paulette mit le sachet et ses croissants dans les mains de sa maîtresse.

-A ce soir Paulette ! lança la baronne en soufflant un baiser imaginaire en direction de son intendante, et finalement elle s’éclipsa.

Dehors, Nina était lancée.

D’un pas volontaire, elle se rendit au garage et monta rapidement dans son 4/4 dernier modèle, au mépris, il est vrai, d’une écologie élémentaire, car le sang bleu trône souvent bien au-dessus des obligations et autres vicissitudes du monde temporel.

C’est donc sans arrière-pensée, qu’une fois sur la route, Nina von Burg appuya joyeusement sur l’accélérateur, et le char d’assaut disparut rapidement à l’horizon.

 

L’après-midi, Paulette s’activa avec entrain en astiquant consciencieusement la maison, et les huit grandes pièces de la demeure eurent droit à la visite de ses plumeaux.

Aux alentours des 17 heures, elle s’octroya une petite pause.

Elle se prépara donc un thé vert au miel de bruyère qu’elle emporta dans le petit salon, puis elle alluma la télévision.

Elle regardait encore « Des chiffres et des lettres » quand soudain les trois notes joyeuses du klaxon de la Mercédès la firent sursauter.

-Madame la baronne !

Machinalement, Paulette consulta sa montre : 18 heures pile !

-Elle est dans les temps !

Puis elle sortit et se rendit au garage.

Devant celui-ci, la baronne tentait déjà d’extraire un grand carton rectangulaire du coffre de la voiture.

-Attendez Madame la baronne ! Je vais vous aider !

Paulette s’affairait diligemment.

-Ce n’est pas bien lourd, juste un petit peu encombrant, la rassura sa maîtresse.

Et les deux femmes, chacune à une extrémité du colis, mirent rapidement la précieuse cargaison à l’abri, dans le grand porche  de la demeure, sans un regard pour les beautés du lierre qui ornait les façades de sa parure.

-Et voilà le travail ! décréta Paulette avec satisfaction. Mais déjà la maîtresse de céans s’attaquait aux systèmes de fermeture de l’emballage avec empressement.

-Je vais vous présenter « l’animal »… dit-elle en arrachant l’ultime ruban adhésif. Vous allez voir !

En effet, le carton venait de livrer son secret, et le détecteur de métaux apparut dans la lumière de cette fin d’après-midi bourguignonne.

Paulette, qui avait pourtant l’humour discret, ne put retenir une petite blague :

- Ça  marche aussi comme aspirateur ?

La baronne se fendit d’un petit sourire bienveillant :

-Si vous voulez, sauf que cette machine aspire SOUS le sol !...ma chère Paulette, sous le sol, mais avant que nous ne l’utilisions, il serait bon, au préalable, que je vous donne un petit cours d’Histoire de la région, si vous le voulez bien. Puis sous l’impulsion de l’un de ses coqs à l’âne favoris :

-Vous n’avez rien contre une petite Marie Brizard en ma compagnie ? Cela nous donnera du courage…et, sans attendre le moindre assentiment, elle légiféra :

-Allons dans la cuisine, on y sera bien, la fenêtre ouverte. La nature est si belle, au mois de mai, dans votre merveilleuse région.

Et la loi entra en vigueur.

-C’est moi qui vais faire le service aujourd’hui ! décréta la baronne en entrant dans la cuisine. J’adore jouer les échansons !

Paulette, qui n’en était plus à un étonnement près, laissa la vie suivre son cours avec fatalité, et quelques instants plus tard, les deux nouveaux complices faisaient tinter joyeusement une première verrée de Marie Brizard.

La fenêtre ouverte laissait pénétrer les doux bruits de la vie à la ferme, tandis qu’à l’horizon, le soleil semblait, comme à son habitude, devoir toujours s’excuser de son départ.

D’un accord tacite, les deux femmes respectèrent quelques instants de silence, afin de goûter au spectacle, puis la baronne, souscrivant aux lois de sa nature profonde, reprit la direction des débats :

-Vous savez Paulette, j’ai passé des nuits entières à étudier l’histoire de nos vieux murs, depuis que je suis ici.

C’est passionnant !

Vous vous en souvenez peut-être, mais la « Bourguignonière » fut érigée en 1712 par Guy de la Guyonière, un noble de vieille souche, dans la région. Mais, ce que l’on sait  moins de nos jours, c’est qu’à l’époque, elle le fut sur les fondations d’une très ancienne abbaye, datant du onzième siècle, fondations qui sont toujours là aujourd’hui, et qui nous servent de cave, notamment afin d’y accueillir notre merveilleuse réserve des grands crus de la région, et c’est là, chère Paulette, que je vous inviterai à me suivre tout à l’heure.

Pourtant je vous rassure : Non pour y honorer Bacchus, mais plutôt afin de voir ce que ce détecteur de métaux a dans le ventre !

Paulette, qui avait adopté le silence pour ne pas déranger son cours d’Histoire, s’octroya pourtant une réplique minimale :

-Ah oui ?...

Mais la baronne reprenait déjà le flambeau :

-Auparavant, je dois en terminer avec mon petit exposé historique.

Cette abbaye donc, baptisée « L’abbaye de la Vérité », fut érigée au début du onzième siècle par un moine, l’abbé Albin de la Guyonière.

Les écrits de l’époque le décrivent comme une sorte d’illuminé qui prétendait avoir des visions divines, souvent à caractère prémonitoire.

Albin de la Guyonière était en fait une sorte de moine subversif qui avait rejeté sa congrégation en compagnie d’une quinzaine de fidèles de son ordre, et était arrivé en Bourgogne pour finalement y édifier « l’Abbaye de la Vérité » en un peu plus d’une année.

La baronne prit soudain un petit air malicieux :

-Et c’est précisement là, ma chère Paulette, que vous élevez, que vous « couvez », j’ai presque envie de dire, les délices du Seigneur Aloxe Corton, dans une ancienne abbaye… ma bonne Paulette…c’est probablement pour cette raison, d’ailleurs, que son nectar est aussi divin…

Mais Paulette ne releva même pas, tant elle se sentait si simplement heureuse de l’honneur qui lui était fait de devenir, pour un temps, la complice de l’une des histoires extraordinaires de la baronne Nina von Burg.

Et l’actrice principale de reprendre son rôle :

-En fait, cet Albin de la Guyonière et ses quelques fidèles n’avaient qu’une seule idée en tête, mais surtout dans l’âme : retrouver les vraies valeurs des Saintes Ecritures à l’intérieur des murs de « La Vérité ».

C’était leur croisade, et c’est ce à quoi ils s’astreignirent, mais loin, selon eux, des errements de la papauté de l’époque qui prenait, il est vrai, pas mal de libertés à l’égard du vœu de chasteté, notamment, à ce qu’il paraît… les coquins, s’amusa la baronne.

Paulette ne boudait pas son plaisir.

-Ah oui ?

-Eh oui, ma bonne Paulette, même saints, les hommes resteront toujours des hommes…

Mais laissons là toutes ces histoires à propos de la morale.

J’aimerais beaucoup maintenant que vous nous dénichiez du matériel pour creuser le sol. Je vais, quant à moi, m’occuper du détecteur de métaux, et l’on se retrouve dans une poignée de minutes devant la cave à vin.

La campagne était lancée.

Quelques instants plus tard, à pied d’œuvre, les deux « archéologues » passèrent sans un regard pour les rangées de nectar qui patientait sagement sous son manteau de poussière.

La baronne tenait son détecteur de trésors, tandis que Paulette traînait une grande pelle.

-Commençons ici ! décréta la baronne en se figeant devant une pancarte qui annonçait fièrement « Clos Vougeot », puis elle mit le détecteur de métaux en position de travail au sol, appuya sur un bouton qui s’alluma, et un léger ronronnement se fit entendre.

-C’est parti…

Nina se remémorait les lointaines légendes teutonnes de son enfance, le soir dans son lit, et ce fut un bien étrange duo qui se présenta, composé d’une baronne en train de passer un curieux aspirateur sur le sol d’un vieux cellier, et son intendante, trottinant à ses côtés.

Paulette appartenait à cette catégorie de personnes à propos de laquelle il est difficile d’avancer un âge.

La nature lui avait accordé un joli minois légèrement rubicond, mais si le hasard vous fait naître au royaume de Bacchus, ceci explique peut-être cela…

Par ailleurs, elle ne prêtait aucune attention particulière à son apparence, à son habillement, un peu comme si elle ne croyait pas au pouvoir de ses atours, pourtant, n’importe quel homme au bénéfice du moindre « regard pastoral » n’aurait pas manqué d’être touché par son naturel et son charme de paysanne effarouchée.

Soudain, le détecteur de métaux émit une petite musique à la sonorité synthétique. C’était les trois premières notes de la chanson « Satisfaction » que l’appareil ânonnait maintenant en boucle. Un instant, la baronne imagina l’animalité à fleur de peau de Mick Jagger, puis elle éteignit le système.

-Voilà ! C’est le signal !

Il y a un objet métallique dans le sol ! Il faut creuser Paulette !

Mais déjà l’intendante s’affairait.

Le sol, qui était en terre battue, se laissa facilement convaincre par les arguments de la pelle que Paulette avait apportée.

Ne tenant plus en place, la baronne s’éclipsa quelques instants, pour revenir armée d’une bêche dont, abandonnant toute notion de préséance, elle se servit afin de seconder sa désormais complice dans ses efforts.

Les deux femmes creusaient maintenant en silence, quand tout à coup, un des outils émit un son métallique.

-Vous avez entendu ?

Il y a quelque chose !

La baronne, qui avait laissé choir sa bêche sans ménagement, était à quatre pattes sur la terre battue à gratter le sol de ses blanches mains, pour le plus grand déplaisir de la flanelle de ses pantalons d’intérieur.

Finalement, elle exhuma sa trouvaille : Un vieux clou rouillé d’une douzaine de centimètres…

La déception était palpable.

Mais les deux fouilleuses avaient encore bien de la curiosité à revendre, et la quête reprit de plus belle.

Une heure plus tard, et après avoir déterré les restes d’un antique râteau, un second clou identique au premier ainsi que le fantôme d’une vieille épée qui s’était brisée lors de son extraction, l’ambiance était nettement retombée.

Afin de s’oxygéner le moral, les deux femmes s’offrirent les grâces d’un petit Sancerre bienvenu, mais la magie de sa robe dorée n’y suffisant pas, elles décidèrent d’abandonner leur quête pour l’instant.

Ce soir-là, Paulette eut à cœur de consoler sa maîtresse en lui mijotant une gentille fricassée de poulet au vinaigre de Xérès, ce que réalisant, la baronne invita son intendante à partager à sa table spontanément.

Ce nouveau rapprochement, ainsi que le Chassagne Montrachet, réchauffèrent le cœur de l’intendante.

-Madame la baronne, il faut y retourner !

Les caves sont vastes et nous n’avons pas tout exploré !

Et c’est en effet ce qui occupa les deux aventurières au cours des jours qui s’ensuivirent.

Malgré un engouement toujours intact, plus les tentatives se soldaient par un échec, plus la baronne Indiana Jones accumulait de la lassitude en son âme.

Elle, qui avait pour coutume de voir la plupart de ses rêves devenir réalité sur un simple claquement de doigts, se mettait à ressentir l’étreinte de l’un de ses pires ennemis : l’ennui, si bien qu’un beau matin, elle décida qu’il était temps pour elle de changer de rêve, et, comme de droit divin, elle en avait la possibilité :

-J’ai un ami qui vend un pur sang arabe ! Une vraie merveille, nerveuse à souhait ! Cela me changera de ma jument holsteiner, annonça-t-elle en touillant son café.

Dans la cuisine, les rayons du soleil de ce début d’été faisaient valoir leurs droits avec plaisir, et bien que les aiguilles du vieux morbier n’avouassent que huit heures, il faisait déjà bien chaud sur la Bourgogne.

Paulette pressentait facilement la volonté de nouvelles conquêtes de la part de la baronne, néanmoins, en vraie professionnelle toujours soucieuse de terminer ce qui a été entrepris, elle demanda des nouvelles de leur récente campagne :

          - Et notre chasse aux trésors ?...

-Basta, ma chère Paulette ! Basta ! espagnolisa la baronne avec sa pointe d’accent d’origine, mais ce métissage ne fit même pas sourciller l’intendante qui était maintenant rompue aux règles d’un nouveau sport à la mode au domaine : le changement de direction.

Et le détecteur de métaux dut se résoudre à des vacances anticipées dans le cellier de « la Bourguignonière ».

 

L’été s’étira langoureusement jusqu’à l’automne en Bourgogne, période au cours de laquelle la baronne organisa plusieurs fêtes en ses murs, histoire de faire admirer Ben Laden à ses connaissances. C’était le nom de la nouvelle merveille arabe qu’elle montait dorénavant, non sans fierté, devant sa cour d’amis à particule.

Malheureusement, l’hiver venant, Ben Laden connut des problèmes de santé, peut-être en raison du climat, et l’étalon dut affronter plusieurs coliques toujours préoccupantes.

La baronne, qui nourrissait une authentique passion pour sa plus noble conquête, se fit beaucoup de sang bleu pour elle en cette période.

Heureusement, le vétérinaire se montrait optimiste.

Contrainte à l’inactivité en raison de ses soucis équestres, un beau soir, son esprit d’entreprise reprit néanmoins le dessus, et elle repensa au détecteur de métaux.

-Il y a pourtant un endroit que nous avons évité en prospectant les fondations du domaine, regretta-t-elle, la crypte…

En effet, juste à côté de la cave à vin, se trouvait encore les restes d’une petite crypte en pierres de taille qui pouvait avoir servi de chapelle aux moines du onzième siècle.

Lors de leurs précédentes recherches, les deux aventurières avaient volontairement contourné l’endroit, tant actuellement il était envahi par un tel bric-à-brac : des vieux meubles, un clavecin, les montants d’un antique ciel de lit.

-Paulette !

Le maréchal avait récupéré son bâton, et l’intendante, qui n’était jamais bien loin, rappliquait déjà.

-Madame la baronne ?

-Demain, il faudra débarrasser la crypte, c’est un vrai capharnaüm !

Faites vous donc aider par le père Latombe, et n’oubliez pas de lui offrir quelques bonnes bouteilles pour sa peine, commanda-t-elle.

-Demain après-midi cela sera fait, Madame la baronne ! assura l’intendante, puis elle retourna fidèlement à ses chiffons.

 

Le lendemain dans la matinée, la baronne assista au nettoyage de la crypte, opération à laquelle elle participa activement de la voix, histoire d’accélérer le mouvement.

Une fois le travail terminé, elle remercia tout le monde, sélectionna elle-même plusieurs bonnes bouteilles à l’intention du père Latombe, et finalement n’y tenant plus, elle alla récupérer le détecteur de métaux dans le cellier.

De retour dans la crypte, elle mit l’appareil en marche, sous le regard étonné du père Latombe, et commença à prospecter.

A peine eût-elle fait quelques pas que soudain les rolling stones se mirent à hanter les vieux murs !

-Le signal ! Il y a un objet métallique sous la crypte !

Paulette, la pelle !

Sous son béret basque, le père Latombe affichait un air incrédule :

-Il y a quoi ?

Mais la suzeraine ne daigna pas répondre, car Paulette était de retour avec une grande pelle et une pioche.

-Creusons ! décida la maîtresse de céans et, comme un ordre bien donné sait toujours produire son effet, Paulette et le vieil homme se mirent à l’œuvre d’un commun effort.

La terre battue, cédant de plus en plus aux travaux de terrassement qu’on lui imposait, n’offrit qu’une piètre résistance à la volonté conjointe des deux forçats.

Au bout de quelques minutes, les deux mineurs improvisés s’arrêtèrent pile entre les deux monticules de terre qu’ils venaient de créer, car la pioche du père Latombe semblait rencontrer un obstacle.

-On dirait qu’on arrive sur quelque chose de dur, annonça-t-il perplexe.

En effet, l’outil avait atteint une surface métallique qui, une fois dégagée, se révéla être un petit coffre d’une trentaine de centimètres sur vingt, enfoui dans le sol.

Armée d’infinies précautions, la baronne s’en empara et, l’instant d’après, les ordres fusèrent :

-Tous dans la cuisine, mes amis !

Monsieur Latombe, j’espère que vous savez ouvrir un coffre-fort !

Et la joyeuse troupe de filer bon train à son maréchal !

Dehors, l’hiver avait pleinement déployé son étreinte, mais ce ne furent pas les quelques centimètres de la belle neige de décembre qui allaient parvenir à réfreiner l’ardeur de la troupe, et tout le régiment se retrouva rapidement au chaud dans la cuisine.

Paulette activa le feu dans la cheminée, tandis que la baronne, ayant déposé son trésor sur la table, sortait la Marie Brizard.

D’autorité, elle versa une sérieuse rasade à la compagnie, puis elle se concentra sur sa trouvaille.

Le coffre de métal, qui avait résisté brillamment aux injures du temps, quasiment une dizaine de siècles, semblait toutefois donner des signes de lassitude.

La rouille, qui le rongeait sans pitié depuis si longtemps, arrivait de toute évidence à ses fins.

A la surprise générale, l’objet n’offrit aucune opposition particulière aux sollicitations délicates de la baronne, et s’ouvrit sans rechigner, offrant ainsi son contenu au regard, aussi facilement qu’une vierge sa fleur, le soir de ses noces.

-Aber Mensch !

Nina von Burg en retrouvait toutes ses racines.

A l’intérieur, plusieurs parchemins, miraculeusement préservés, dormaient encore d’un sommeil séculaire, lorsqu’ils apparurent enfin sous le pâle soleil de décembre.

Dans un premier temps, les chercheurs de trésor furent un peu déçus : Pas la moindre pièce d’or, ni le plus petit bijou…

Mais, la fée Curiosité ayant fini par agiter ses ailes, la baronne se reconcentra sur sa découverte.

S’approchant, elle réalisa que le premier parchemin portait un titre à l’encre noire.

L’écriture était de fort belle facture, et la baronne lut le titre à haute voix :

« LES PREDICTIONS D’ALBIN », puis calligraphié en plus petits caractères, un sous-titre :

« Sous le regard de Dieu ».

-Par les « Walkyries » ! s’exclama la baronne, je crois savoir ce que c’est !

Puis, redevenue professeur d’Histoire pour les besoins de la cause, elle remonta en chaire :

-Vous souvient-il Paulette, l’autre jour, quand je vous parlais de ce moine fou, là, Albin de la Guyonière, au onzième siècle, à propos duquel la légende rapporte qu’il avait des visions prémonitoires, vous vous en souvenez ?

-Je m’en rappelle très bien ! acquiesca l’intendante.

-Et bien, je me demande si nous ne sommes pas tombés sur l’une de ses fameuses prédictions, au moine, mes bons amis !

Quelle découverte !

Regardez, c’est indiqué : « Les Prédictions d’Albin » !

Le père Latombe s’approcha.

« Sous le regard de Dieu » lut-il à son tour.

Mais déjà la baronne ramenait tout le monde à l’ordre :

-Je vais vous les lire !

Le décret était sans appel, et l’auditoire réunit tous ses esprits.

Après s’être éclairci la voix, la baronne commença sa lecture :

« Lorsque viendra l’an Deux Mil Douze, le vingt et unième jour de décembre, à l’instant précis de l’alignement des planètes du système solaire, un grand chambardement surviendra, et à jamais la vie des hommes bouleversera. »

« La terreur les cœurs désertera. »

« La joie de la fraternité enfin embrassée lui fera place, et l’humanité organisera la Grande Fête de la Curiosité, qui sera célébrée dorénavant chaque année à la même période, dans tous les royaumes du monde, et qui permettra aux bannières et aux oriflammes de se mélanger. »

« La fête en sera si belle, que même le cœur le plus rempli de peine en pleurera de joie ».

-Mais qu’est-ce que cela peut bien signifier ?

Paulette s’était transformée en un vivant point d’interrogation.

-Probablement quelque chose de vraiment étonnant dans la bouche d’un moine du onzième siècle, expliqua la baronne, car, telle que je la conçois, la phrase «  la Grande Fête de la Curiosité » qui permettra que « toutes les bannières et les oriflammmes » se mélangent enfin, est tout simplement la prédiction d’un phénomène qui est justement en train de se réaliser actuellement dans le monde : En fait, il s’agit là d’une image pour décrire la mondialisation, mais également la diversité !

Le père Latombe décida de se manifester :

-       Ben dites donc, Madame la baronne, si ce que vous avancez est vrai, il avait tout de même du nez, votre vieil illuminé, là, le moine…

-       Comme vous dites Monsieur Latombe, comme vous dites ! Mais regardez, nous arrivons à un nouveau paragraphe !

La châtelaine ne tenait plus en place, néanmoins, maîtrisant son émotion, elle reprit sa lecture :

« L’organisme humain se modifiera alors, si bien que, celui qui le souhaitera, pourra s’abstenir de manger ou de boire. Et la faim sera à jamais vaincue ».

-Quoi ?!

Paulette n’en revenait pas :

-Les gens n’auront plus besoin de manger et de boire ?!...Quelle drôle d’idée !

-Mais non Paulette ! corrigea la baronne, seuls ceux qui le souhaiteront pourront s’en abstenir. Les autres continueront à consommer de la nourriture ou des boissons de temps à autre, selon leur bon vouloir, juste pour le plaisir du goût !

En tout cas, comme arme contre la famine, c’est plutôt bienvenu !

-Mais, si les gens cessent de s’alimenter…Un corps a besoin d’énergie pour fonctionner normalement…Non ?...Madame la baronne…Le père latombe ne cachait pas son incrédulité paysanne.

-Mais, est-ce que je sais moi…se défendit la baronne. Peut-être que les rayons du soleil… De toute façon, le vieux cinglé qui a commis ce texte nous a quittés il y a pratiquement un millénaire !... Mais regardez, cela continue :

« Le cerveau humain, transformé par la puissance cosmique de l’alignement planétaire, se montrera dès lors capable d’émettre à volonté de grandes quantités d’une énergie invisible, même aux yeux d’un chevalier, et cette force que le regard ne saurait appréhender, aura le pouvoir de chauffer la maison, car elle remplacera le bois dans la cheminée ».

La baronne s’animait de plus en plus.

-Mais, je rêve…

Que je sois changée en palefrenière à l’instant, si ce n’est pas de l’électricité dont il parle, le vieux toqué !

-Vous croyez ?!

Les deux cerfs s’étaient exclamés à l’unisson.

-C’est évident ! « Une énergie invisible… »

Mais le plus incroyable, c’est quand il affirme que cette énergie proviendra alors du cerveau de chaque être humain, en raison, dit-il, de ce fameux alignement planétaire en 2012.

Bonjour l’énergie entièrement gratuite !

Je connais personnellement un patron d’EDF qui va faire sa grise mine…

Et le trio s’adjugea une nouvelle tournée de liqueur dans une ambiance irréelle, avant de reprendre sa quête du fantastique.

-Je continue, mes amis !

La baronne faisait plaisir à voir, tant elle vivait intensément chaque instant.

« Cette énergie fera avancer des myriades de chariots plus rapides qu’un pur sang, tandis que le ciel sera parcouru par des oiseaux habités, volant plus vite que l’éclair afin de porter la Bonne Parole ».

Mais on était arrivé au bas du premier parchemin, et il fallait maintenant prendre le risque de tourner la page séculaire.

Avec les précautions d’un chirurgien, mais non sans mal, car la relique menaçait de partir en lambeaux à tout moment, la baronne parvint à ses fins, et la page de garde fut retirée.

Le second parchemin, était décoré à l’identique par la belle écriture soignée, et la prédiction continuait :

« Par ailleurs, la volonté grandira. »

« Le corps aura la faculté s’endormir à tout moment par la simple force du bon vouloir. »

« Tous les maux de l’esprit ne seront plus qu’un mauvais souvenir, car l’âme, enfin libérée des entraves de la contradiction, saura envisager l’avenir avec sérénité. »

«En amour, la femme, quant à elle enfin débarrassée des mille et une chaînes de son esclavage, pourra donner libre cours à son art naturel de l’amour, car son compagnon ne sera plus que douceur et délicatesse dans ses bras ».

-Oh mon Dieu…murmura Paulette.

Son visage montrait encore plus de couleur que d’habitude, mais la baronne restait intraitable :

« L’immense énergie, dépensée par l’homme afin de guerroyer, sera convertie en des activités consacrées uniquement aux plaisirs des sens ».

La baronne commençait à ressentir un bien étrange sentiment d’attirance à l’égard de ce lointain abbé, qui s’adressait à elle depuis le fond des temps .

Chassant pourtant les coupables rêveries d’un revers de pensée, elle poursuivit :

« Les guerres, quant à elles, ne se feront plus qu’à l’aide des mots, pour le simple plaisir esthétique de croiser le verbe en société, car le cerveau de l’homme, étant devenu sept fois plus intelligent, la haine, la brutalité, ainsi que le désir de s’emparer de la richesse d’un autre cesseront naturellement de hanter son âme ».

Mais les aventuriers de la crypte arrivaient au bas du fascinant document :

« Aucun cataclysme ne surviendra ce vingt et unième jour de décembre Deux Mil Douze, comme le prétendront certains esprits chagrins, perdus dans le monde de la contradiction. »

« Au contraire. »

« Car il sera enfin venu pour l’homme,

Le temps de la Paix, dans la Jouissance sans le moindre Remord. »

 

Et, au bas du vieux parchemin, une signature, précédée de l’inscription suivante :

 

« Fait à l’abbaye de la Vérité, sous le regard de Dieu, en l’An de Grâce Mil Soixante et Neuf, le douze du mois d’octobre, par Albin de la Guyonière, humble serviteur de l’Eternel. »

 

La baronne n’entretenait qu’une relation lointaine avec les calendriers, se souvenant volontiers des événements, mais ne prenant jamais la peine de les classer dans le temps.

En réalité, elle avait pris l’habitude d’organiser sa vie selon le fil de son inspiration du moment, ce qui fait qu’un « calendrier » lui semblait un mot appartenant à une langue parfaitement étrangère…

Néanmoins, émergeant un instant des brumes dorées de son existence, elle parvint à réaliser :

-Morbleu !

Mais, le 21 décembre 2012, c’est après-demain !

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Commentaires

11.03 | 23:43

Baume de beaux mots : peu de mots, peu de maux....

...
03.03 | 17:50

coucou j'addore martina stoessel je suis allee la voir au REX a Paris c'était genial

...
03.12 | 20:15

Salut

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12.02 | 09:07

Bravo !! très jolie histoire La Pignata J'y vais de ce pas !!

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