Au bar du paradis

Au Bar du Paradis :

 

S’il est un sujet auquel j’ai consacré bon nombre de battements de cœur au cours de mon existence, c’est bien la question de notre sort dans l’au-delà.

A l’occasion de ces réflexions, j’ai ruminé toutes sortes d’hypothèses plus farfelues, mais néanmoins empruntes de l’idée d’absolu, les unes que les autres.

L’une d’entre elle m’amuse tendrement, c’est l’histoire du «  Bar du Paradis ».

Imaginons :

Vous êtes au soir de votre dernier soir et, après quelques instants généralement désagréables au cours desquels votre principe conscient quitte son enveloppe charnelle, et ouf, soudain libéré des contraintes du corps, vous débarquez enfin au paradis !

Et là, qu’elle n’est pas votre surprise de découvrir la scène :

Vous vous trouvez aux abords d’un immense bar en cercle dont les arcs semblent se perdre à l’horizon.

Un nombre incalculable de femmes et d’hommes de toutes les races sont accoudés au bar, et la rumeur de leur conversation ressemble à l’accordage d’un orchestre symphonique avant un concert.

Toute cette joyeuse compagnie semble faire la fête en permanence par petits groupes.

Dans le lointain, vous devinez un second puis un troisième bar en arc de cercle, comme suspendus dans le ciel avec autant de fêtards en action.

Le bleu et le vert sont les couleurs dominantes, mais, ça et là, les tenues rouges ou jaune vif d’un convive offrent des contrastes atténués ensuite par les teintes pastels du ciel.

Alors, tout en vous approchant du bar, vous remarquez une particularité : certaines personnes sont entièrement habillées, d’autres à moitié vêtues et quelques-unes nues comme au jour de leur naissance.

Immanquablement à cet instant vous aurez le réflexe de vous regarder.

« Oh, mais je suis nu(e) comme un ver ! » vous direz-vous peut-être, mais très vite ce sentiment terrestre s’envolera car, au bar du paradis, la pudeur n’existe plus.

Vous vous approchez donc un peu au hasard de cette foule en ébullition jusqu’au moment ou quelqu’un finit par remarquer votre présence.

« Eh tiens un nouveau ! » dit-il en s’approchant de vous d’un air engageant.

Les présentations terminées, vous vous dirigez vers le bar, mais une voix lance :

« Garçon, un Saint-Pierre ! » et, à la seconde, une coupe remplie d’un breuvage mauve et pétillant apparaît devant vous.

« C’est le cocktail à la mode ces derniers temps au bar du paradis », vous apprend une voix non-identifiée.

Une fois ces quelques politesses échangées, vos hôtes entreprennent de vous informer davantage sur le lieu et ses habitudes.

Comme vous êtes là pour l’éternité, il faut vous occuper, et l’un des meilleurs moyens afin d’y parvenir est naturellement d’entrer en contact avec quelques-uns des milliards d’esprits qui se trouvent là, au bar du paradis, depuis l’aube des temps à faire la fête.

Le réflexe premier de toute âme nouvellement arrivée, semble en premier lieu de retrouver ses parents ou ses grands-parents ainsi qu’éventuellement des êtres chers disparus.

Vous pouvez ainsi remonter jusqu’à de lointains ancêtres, vous entretenir avec eux longuement, histoire d’appréhender les cheminements de votre sang, ceux qui ont fait que, de votre vivant, vous étiez qui vous étiez.

J’ai un pote juif, et je sais exactement ce qu’il va faire, quant à lui, lorsque son âme arrivera à ce stade :

Partant de sa propre identité, il entreprendra de remonter le temps scientifiquement, ancêtre après ancêtre, pour en arriver à l’issue d’une quête de 5000 ans à son arrière-arrière-puissance-arrière-arrière-grand-père : Abraham !

Arrivé à ce but ultime, sans la moindre fatigue d’ailleurs, car l’esprit, au contraire du corps ne peut connaître la moindre lassitude, il s’accoudera satisfait au bar du paradis et il commandera un double Saint-Pierre !

Quant à moi, lorsque mon heure sonnera, après m’être entretenu avec certains de mes ancêtres, histoire de leur faire connaître ma façon de penser… je chercherai sûrement à rencontrer Claude Debussy, Duke Elington et bien-sûr Jean-Sébastien Bach ainsi que plein d’autres ; d’abord pour leur manifester enfin mon admiration, mais également afin de leur poser une question précise, moi qui ai consacré tant de nuits à composer de la musique au cours de mon existence:

« Qu’est-ce qui a bien pu manquer à mes propres muses pour les égaler ? »

A côté de quoi suis-je passé dans mes recherches, et qui m’aurait permis de me rapprocher des sommets musicaux que ces grands génies, eux, ont atteint.

Comme tout est possible au bar du paradis, il me répondra Jean-Sébastien, j’en suis sûr, et ma boucle sera bouclée. Il ne me restera plus alors qu’à rejoindre mon pote juif au bar, pour un triple Saint-Pierre !!

Mais revenons à vous et à votre toute récente arrivée au bar du paradis.

Vous contemplez votre Saint-Pierre qui se remplit au fur et à mesure que vous le consommez, et vous venez d’avoir une longue conversation avec votre arrière grand-mère quand vous remarquez soudain un groupe d’âmes en train de s’approcher.

Ils sont une douzaine, tous vêtus de gris et arborant une expression de grande tristesse, ils s’avancent comme un peu  perdus.

Remarquant votre perplexité, l’un des convives se sent l’obligation de vous informer :

-       Ah ne fais pas attention, eux, ce sont « les gris ».

Ils passent régulièrement.

-       Les gris ? répétez-vous sans comprendre.

-       Oui, sur terre, ces gars-là, ont fait plein de trucs inacceptables comme : dictateur, assassin, violeur et maintenant, ils sont là, au bar du paradis à se balader un peu tristement car, tout simplement, personne n’a envie de parler avec eux.

T’en  aurais envie toi ?

Et votre nouvel ami d’ajouter :

-       D’ailleurs personne ne leur fait le moindre mal, ben tout simplement parce que la notion-même du mal n’a plus cours au bar du paradis. Alors forcément, ils se sentent un peu désarmés les pauves bougres…

Mais tu verras, bientôt tu ne les remarqueras même plus.

Un instant vous contemplez le triste défilé.

En queue de peloton, les deux derniers attirent votre attention.

Ils se tiennent par la main en avançant doucement.

C’est alors que vous les reconnaissez.

Saddam Hussein et George W. Bush…

Mais votre ami avait raison car déjà, effaçant la scène, une nouvelle image se fait jour devant vous par enchantement.

C’est cette jeune femme merveilleuse, mythique et tellement belle que, rien que pour elle, il eût fallut inventer un autre mot le jour de sa naissance.

Lolita.

Vous vous souvenez ?

La fille de l’épicier espagnol au coin de la rue en bas de chez vous. Rappelez-vous.

Vous la reluquiez langoureusement chaque matin en allant au lycée, elle qui devait rester dans l’épicerie familiale pour bosser.

Deux ans, il a duré votre petit manège.

Deux ans sans même que vous n’osiez lui adresser la parole à Lolita, tant sa grâce et sa beauté vous paralysaient.

Puis ils sont repartis dans leur Andalousie natale, vos bons épiciers, et avec eux, la belle Lolita.

Mais, bougre d’abruti ! Si vous saviez ce qu’elle pensait votre tendre andalouse chaque fois que vous passiez devant son épicerie avec votre cartable…Sacré nom de jazz, cela vous en aurait donné du courage !

Heureusement, « Au bar du paradis, tout se répare », comme le prétend un très ancien proverbe là-bas, et effectivement la belle se dirige vers vous.

Elle a ce petit sourire qui vous faisait tant chavirer autrefois derrière le comptoir, vous savez celui qui provoque ces deux petites fossettes aux commissures de ses lèvres, lorqu’elle vous accueille avec son accent magnifique :

- Bienvenou au bar dell paradiso »…

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Commentaires

11.03 | 23:43

Baume de beaux mots : peu de mots, peu de maux....

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03.03 | 17:50

coucou j'addore martina stoessel je suis allee la voir au REX a Paris c'était genial

...
03.12 | 20:15

Salut

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12.02 | 09:07

Bravo !! très jolie histoire La Pignata J'y vais de ce pas !!

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