Label Terre

Label Terre :

 

Il paraît très difficile d’imaginer que Dieu pourrait s’ennuyer.

En effet, si l’on se met à penser à toutes les opérations qu’Il doit mener en même temps dans l’univers, l’on a de la peine à L’envisager autrement que très occupé…

Par ailleurs, si l’on regarde tous les subalternes que Dieu n’a pas manqué de placer auprès de ces myriades de mondes qu’Il a créés et qui peuplent les galaxies ; si l’on se penche sur toutes ces planètes qui tournent dans le vide, mais avec la vie qui s’y développe, alors l’on ne peut manquer d’y observer cette armée de subalternes que Dieu envoie là-bas depuis l’aube de temps.

Ce sont des dieux ou déesses, des enchanteurs. Chacun investi d’une mission précise.

Et bien il se trouve que parfois certains d’entre-eux en viennent à s’ennuyer.

C’est ainsi.

Regardez par exemple cette jolie petite planète, là au milieu de ce petit système solaire.

Elle se nomme la Terre.

Et bien, elle se trouve sous la juridiction d’un groupe de déesses fort amusantes qui sont là afin d’aider les terriens dans plein de domaines.

Et justement en voici deux d’entre-elles :

La déesse de la musique et celle de la peinture.

Observez-les bien.

Elles sont en train de s’ennuyer.

Cela ce voit.

En réalité, personne ne connait la raison de ce sentiment chez elles, peut-être la fatigue ? Mais est-ce qu’un dieu peut se fatiguer ?

Après tout, peu importe, c’est un fait :

Il arrive que, sur Terre, certaines de ces divinités s’ennuyent.

Voilà tout.

Alors, ce qui se passe ensuite est finalement assez amusant :

Afin de tromper leur ennui lancinant, elles entreprennent de se livrer à une sorte de joute sentimentale.

Une bagarre à coups de mots et d’idées, qui commence invariablement de la même façon :

C’est la peinture qui ouvre les feux :

-       Moi, lorsque je suis exposée, je puis rester des mois au même endroit, 24h/24, et si quelqu’un a manqué l’occasion de venir me contempler un jour, il peut toujours se rattraper le lendemain.

En réalité, mon exposition est perpétuelle.

Je suis en représentation permanente depuis le moment où je suis achevée, tandis que toi, La Musique, si quelqu’auditeur laisse passer l’instant de venir t’entendre le seul jour ou tu es interprétée, et bien il t’a perdue à tout jamais !

Pendant des siècles, La Musique avait rétorqué :

-       Tu oublies que moi aussi, je suis représentée sur le papier. A n’importe quel moment, l’on peut me ressortir et me jouer, ou simplement me lire comme un livre.

-       D’accord, mais cela nécessite une culture. Il faut apprendre à te lire.

Dans mon cas, même les analphabètes peuvent m’aimer.

La Peinture était très fière de cet argument qui lui donnait un nouvel avantage, mais à cet instant le duel fut interrompu, car La Sculpture qui passait là ,comme par hasard, avait entendu la discussion.

-       Et moi, je vous bats toutes les deux car je suis en trois dimensions !…

Puis elle s’en alla rapidement.

Cela faisait également partie du jeu, mais La Peinture et La Musique détestaient l’attitude de La Sculpture qu’elles trouvaient d’une rare lâcheté.

La Musique adopta un ton supérieur.

-       Celle-là, elle n’oserait même pas rester et nous affronter.

Tiens, elle me fait penser à La Danse.

La Peinture qui n’avait que peu de jalousie à l’égard de La Danse écouta néanmoins sa rivale :

-       D’abord, La Danse n’est qu’une prétentieuse.

Il paraîtrait même qu’elle se vante parfois de pouvoir se passer de moi !

La Peinture afficha une petit air malicieux :

-         En effet, il existe de la danse sans musique.

-       Ce sont des exceptions ! Tu sais bien que sans moi, la danse n’existe même pas.

Je suis le support indispensable à son existence.

Enfin peut-on concevoir le moindre ballet sans ma présence ?!

Craignant que de par sa colère, La Musique ne prît trop d’assurance, La Peinture essaya une autre fléchette :

-       D’un autre côté, on est obligé d’admettre que la danse est une activitée sacrée, elle correspond à un besoin vital ; les premiers hommes dansaient…

-       Oui, mais sur de la musique ! Sans doute rudimentaire, mais ils dansaient sur de la musique !

-       Peut-être, mais qu’en reste-t-il aujourd’hui ?

La Peinture marqua une pause, puis elle poussa son avantage :

-       De très anciennes peintures sont toujours visibles sur les murs des cavernes préhistoriques…

Soudain une voix retentit coupant net l’orage de la discussion :

-       Encore votre éternelle querelle !

La Danse venait d’apparaître.

Elle se rapprocha lentement en décrivant un mouvement d’une telle grâce que La Musique ne put retenir un ensemble de sons qui se transforma spontanément en symphonie d’une harmonie parfaite.

La trève fut de courte durée, car La Danse se mit à parler d’une voix sèche :

-       J’ai entendu votre vieille discussion et vous ne m’empêcherez pas d’y ajouter encore ceci :

Son discours prit un ton convaincu :

-       Un tableau est fait de matières non-vivantes :

De la peinture, des pinceaux, une toile.

La musique, quant à elle, doit passer par des instruments sans vie avant d’être entendue.

Tandis que moi, moi, mon pinceau, mes instruments, ils sont vivants : Ce sont des bras, des épaules, des jambes !

Quoi que vous pensiez à mon sujet, continua-t-elle, vous ne pourrez au moins jamais me contredire sur un point capital dans cette affaire :

Mon art à moi, la danse, est la plus pure expression de la vie, car tout simplement je le pratique avec des corps vivants !

-       Quelle bêtise, les musiciens aussi sont vivants !

-       Et les peintres également !

-       Oui, mais ils doivent passer par des objets intermédiaires pour pouvoir s’exprimer, tandis qu’un danseur, IL EST le mouvement, Il participe dans sa chair plus que personne à l’instant artistique !

Là-dessus, satisfaite de son effet, La Danse prit le parti de se retirer, probablement afin d’aller au plus vite rapporter ce nouvel acte de la pièce auprès de sa bonne amie La Sculpture.

Alors, quelque part dans le néant, il n’y eut plus que la déesse de la musique et celle de la peinture qui se chamaillaient encore et toujours afin de savoir laquelle était la plus belle.

En réalité, elles ignoraient même la raison profonde de leur dispute, ce qui fait qu’elles étaient comme obligées de se plier aux règles de ce jeu qu’elles avaient elles-même inventé, et qui consistait à trouver mille et un défauts dans l’art de l’autre.

A court d’arguments, les deux déesses parvinrent à leur seul terrain d’entente :

Il y avait une ultime déesse, que personne ni même La Sculpture et encore moins La Danse n’appréciait :

-       Figure-toi que l’autre jour, j’ai eu à nouveau une conversation avec La Littérature et, bien-sûr, cela n’a pas manqué : Il a fallu qu’elle enfourche son cheval de bataille favori !

Crescendo, La Musique s’emballait.

-       Elle me faisait entendre je ne sais quel poème en me disant : « Ecoute, on dirait de la musique ! »

-       Quelle horreur ! La Peinture semblait écoeurée.

-       Comment ose-t ‘on encore se prétendre déesse, et accepter de travailler avec des mots ?! La Musique était hors d’elle.

-       C’est carrément salissant !... appuya La Peinture.

-       Et tellement imprécis !... renchérit La Musique.

-       Par ailleurs, notre art à nous n’est-il pas d’exprimer justement toutes ces choses que les mots, ces sots, ne parviennent jamais à cerner !

L’indignation avait maintenant gagné les deux déesses, à tel point que La Peinture ressentit comme un désir de se défouler.

Instantanément, l’espace fut remplit de couleurs et de formes qui finirent par s’organiser en un tableau sublime décrivant un paysage automnal .

Touchée par la beauté de l’œuvre, La Musique ne put s’empêcher de décorer cette création à sa manière, et un lointain son de cor se mit à retentir.

 

-       C’est très beau.

 

La Peinture et La Musique sursautèrent, puis comme prises en défaut, elles dirent en même temps et sans le vouloir :

-       Tiens voilà La Littérature…

-       Je devrais vous en vouloir pour ce que vous racontez toujours à mon sujet, dit-elle avec tristesse, mais, elle eut un pâle sourire, il se trouve que j’ai beaucoup lu…et cela à dû me rendre plus sage que vous, alors écoutez-moi :

Ce qui vous échappe, lorsque vous me comparez à vous, c’est un élément qui devrait faire que, au lieu de me rejeter selon votre habitude, vous me preniez plutôt en amitié.

Réfléchissez donc et dites-moi :

Qui écrit tous ces livres sur les arts ?

Qui parle de vous aussi brillamment ?

Enfin, qui vous a fait connaître et vous a rendu célèbres ?

Un silence gênant fut la seule réponse à ces questions, car, une nouvelle fois, le jeu avait dépassé les limites de l’amitié qui liait malgré tout les déesses les unes aux autres.

La Musique, qui était fort sensible, fut la première à tenter de chasser le malaise à sa manière :

-       Tout ceci est la faute de La Peinture !

J’étais là, en train de rêver calmement à la beauté, lorsque tu es venue m’adresser tes sempiternels reproches !

Dans l’émotion, elle devint soudain agressive :

-       Comment, moi qui depuis le commencement des Temps, suis chargée de représenter l’harmonie…

 

-       ASSEZ !

 

Comme soudain figées par la crainte et le respect, les déesses se firent instantanément toutes petites, car L’Art venait de faire son entrée :

-       Par les fondations de l’Univers !

Je donnerais bien sept Eternités, et même davantage, pour ne plus jamais avoir à entendre pareilles sornettes !

Se peut-il qu’une déesse puisse devenir aussi sotte !

Par une espèce de solidarité mutuelle, les cinq déesses étaient maintenant réunies, écoutant respectueusement la voix de leur père.

-       Lorsque votre mère La Vie et moi nous vous avons conçues, le monde était jeune.

Votre mère y avait déjà travaillé depuis longtemps, mais les êtres qui peuplaient la Terre étaient simples.

Afin de raffiner leur esprit, je fus envoyé dans le but de leur communiquer la connaissance que procure dans l’esprit humain la pratique d’un art.

J’ai rencontré votre mère La Vie et de notre union, vous êtes nées.

Les déesses écoutaient religieusement.

-       Chacune d’entre vous se vit assigner la responsabilité d’un art, ainsi bien-sûr, que les moyens de le répandre dans la conscience de l’humanité naissante.

Et votre tâche commença.

Très lentement, les graines que vous aviez fait germer dans l’esprit des hommes commençèrent à se développer, et, petit à petit, la conscience des habitants de la Terre se perfectionna à travers la pratique des arts.

Ainsi, à leur insu, votre travail communiqua aux hommes les valeurs dont ils avaient besoin afin d’élever leur esprit vers une meilleure compréhension de leur propre monde, mais également d’eux-même.

Cette connaissance se répercuta dans toutes les activités humaines, en particulier dans le domaine des sciences qui permettent aux êtres de chair de surmonter les difficultés matérielles propres aux créatures de cette espèce.

Néanmoins, après les nombreux millénaires au cours desquels cet enrichissement s’est opéré, les hommes se montrent à ce jour encore incapables de tirer le profit essentiel du savoir qu’ils ont reçu.

 

Cet événement était prévisible.

 

Ils possèdent maintenant la connaissance que nous leur avons apportée, mais ils ne savent pas encore l’utiliser dans de bien trop nombreux cas, hélas pour eux.

Ils doivent encore apprendre à déchiffrer les messages d’harmonie qui se trouvent dans les arts pour ensuite parvenir à les transposer dans leur propre vie.

Malheureusement, ce dernier effort, il vont devoir l’envisager seuls.

En effet, nous ne pouvons plus rien pour eux.

Notre rôle est terminé.

Nous sommes des jardiniers, notre travail était de déposer la semence.

C’est aujourd’hui chose faite.

L’art marquait une pose, le temps d’afficher ce petit air malicieux qu’il affectionnait parfois.

-       Et puis, il y a d’autres mondes…

La Littérature fut la première à réagir :

-       Qu’est-ce que tu veux dire ?

-       Rien, disons que nous sommes en vacances, à partir d’aujourd’hui sur la Terre.

L’Art souriait doucement.

-       Comment ça en vacances ?!

Elles avaient chanté en chœur.

-       Oui, on va rester là encore quelques temps, à observer notre travail, tranquillement.

Vous verrez, ce n’est pas désagréable.

Oh, pas trop longtemps, ça je vous le dis tout de suite, parce que bientôt, nous allons partir…

-       Partir ? Mais où ?!

Le quintette était à l’unisson, ce qui ne manqua pas d’amuser leur père.

-       Nous allons non loin de la Constellation du Cygne.

Il y a là une jolie petite planète qui ressemble un peu à la Terre, avec plein d’une nouvelle vie qui frémit, paraît-il, que ç’en est un vrai bonheur…

On y sera bien vous verrez.

-       Chouette alors ! dit La Musique, et comment s’appelle cette planète ?

-       Elle n’a pas encore de nom, mais, L’Art arbora son petit air coquin, il va nous falloir la baptiser…

-       Bon très bien, continua La Musique, alors comment allons-nous l’appeler ?

 

-       La Terre… dit L’Art en souriant.

 

-       Comment ça la Terre ? C’est une autre planète, il nous faut un autre nom !...

-       Que nenni !

L’Art insistait :

-       Et les suivantes également, on les appellera toutes ainsi :

La Terre. Cela sera notre marque de fabrique, voilà tout.

D’ailleurs, j’ai plein de collègues qui font la même chose…

-       Mais, vous n’avez pas peur de créer des confusions ?demanda La Sculpture.

-       Mais non voyons, ce sont des distances phénoménales,   l’univers est bien trop grand… Et, de toute façon, personne ne remarquera…

 

Écrire un nouveau commentaire: (Cliquez ici)

123website.ch
Caractères restants : 160
OK Envoi...
Voir tous les commentaires

Commentaires

11.03 | 23:43

Baume de beaux mots : peu de mots, peu de maux....

...
03.03 | 17:50

coucou j'addore martina stoessel je suis allee la voir au REX a Paris c'était genial

...
03.12 | 20:15

Salut

...
12.02 | 09:07

Bravo !! très jolie histoire La Pignata J'y vais de ce pas !!

...
Vous aimez cette page