Les zorbariens

M’bo :   (Mini pièce de théâtre avec fond musical)

 

Voix de femme :

-       Non mais William, t’es juste en train de te payer ma tête, là en  moment…

Comment veux-tu que je puisse croire un truc pareil ?...

William :

-         Cécilia, ma Cécilia préférée, on avait pourtant fait un marché les deux :

Je t’avais prévenue au départ quand je t’ai dit :  « Veux-tu que je te raconte l’histoire la plus incroyable de toute ma vie ?!... »

Non ? Tu te souviens ?!

Cécilia :

      -Ouais bon, mais là quand même, lorsque tu dis…

William la coupant :

-       Ok, on va faire un truc très simple : Je recommence l’histoire depuis le début.  Tranquillement.

Cécilia :

-       D’accord : Alors, tu me racontais que tu avais fait la connaissance de ce gars-là…

William :

-       Oui, au bistrot le mois dernier.

Et donc nous sympathisons. Un mec super : intelligent, cultivé, rigolo, une tête sympa…

Cécilia :

-       Il était comment physiquement ?

William :

-       Dur à dire.

Un peu sud-américain, mais avec… comment dire…quelque chose d’autre… d’indéfinissable…

Mais bref.

On lève le coude ensemble toute la soirée…

Il s’appelait M’Bo…

Cécilia :

-       M’Bo ?

William :

-       Oui, moi aussi, j’ai trouvé ça un peu étrange, alors piqué par la curiosité, je lui fais : « C’est quoi tes origines » ?

Cécilia :

-       Et là il te dit…

William :

-       Oui, il me dit :

« Je viens de Zorbar ». Et voyant mon air étonné, il ajoute : « Je suis zorbarien » en fait.

-       Alors moi, soudain réaliste :

Pardonne mon inculture…Je lui fais, et l’autre :

« C’est vrai que c’est assez loin… » Et réalisant que j’avais deux points d’interrogation à la place des yeux, il se met à m’expliquer :

-       « C’est une petite planète, dans un petit système solaire à proximité d’Alpha du Centaure… »

Tu imagines la tête que je tire…

J’me rappelle, j’me suis dis :

« S’il  y a un seul givré dans le bistrot,  à tous les coups, il finit à ma table… »

Et M’Bo de continuer :

« C’est joli chez nous, il y a deux lunes la nuit… »

Bon, n’osant interrompre sa rêverie, je commande une dernière tournée pour la route, histoire de bien donner dans l’hospitalité helvétique, et un quart d’heure plus tard, j’étais sur mon vélo, volant sur la route en direction de mon plumard…

Cécilia :

-       Mais tu disais : le lendemain…

William :

-…Oui le lendemain, même endroit, même heure, même combat, je me retrouve dans le même bistrot, mais cette fois en compagnie d’une bande de potes à moi.

Cécilia :

-       Des collègues de travail…

William :

-       Exactement, mais avec une particularité qui était que ce groupe de copains était composé de représentants de pays fort différents, car, comme tu le sais, je bosse dans une organisation internationale. Il y avait donc :

Deux russes.

Un couple arabe.

Trois africains.

Des vietnamiennes.

Un italien et trois mongoles.

Quasiment la tour de Babel…

La soirée débute. On commande à manger quand soudain, qui débarque dans le bistrot tout sourire ?

Cécilia :

-M’Bo !...

William :

-       Exactement…M’Bo…

Alors, naturellement, je l’invite à se joindre à nous. Il s’assied, commande à manger, se fait adopter instantanément par l’ensemble de la tablée et se met à parler avec tout le monde.

Rien que de très normal jusque là, seulement petit à petit, je remarque un fait étrange :

D’abord il s’est entretenu avec mon pote italien.

Cécilia, tu le sais, je suis moi-même d’origine italienne, et je parle donc parfaitement la langue de Dante.

Alors en les écoutant converser, j’ai réalisé que M’Bo, quant à lui, s’exprimait parfaitement dans un italien sans accent, tout comme son français d’ailleurs, et qu’en plus il semblait parfaitement incollable pour tout ce qui est de la culture italienne.

Ne pouvant retenir mon admiration, je l’ai observé davantage.

A un moment donné, il s’est adressé en arabe au couple maghrébin dont je te parlais au début…

Je te jure, il parle cette langue de la même manière que les autres, sans accent…

Ensuite, il s’est adressé aux russes, puis aux vietnamiennes, mais le plus incroyable c’était les africains :

Figure-toi que mes potes black, ils viennent d’une tribue zoulou et s’expriment dans un dialecte fort rare, quand ils ne parlent pas français.

Et bien, crois-moi ou non Cécilia, ce gars-là, M’Bo, parle couramment cette langue aussi…

Bien évidemment à la fin tout le monde est resté bouche bée, et lui, il faisait gentiment le modeste, en éludant les questions à propos de son intérêt pour les langues.

A la fin tout le monde est parti sauf M’bo et moi.

Il avait son petit sourire, tu sais chaque fois qu’il va sortir un truc incroyable :

« En fait, je parle absolument toutes les langues de la Terre. Je les ai apprises rapidement, avant d’entreprendre le voyage pour venir ici… »

Puis, après une pause :

« …pour mes vacances… »

Cécilia :

-       Ses vacances ?...

William :

-       Oui et il a ajouté :

« Invite-moi chez toi pour un dernier verre, et je te parlerai davantage de « mes vacances »…

Et c’est ce qu’on a fait.

C’était la nuit et on a traversé la ville à pieds pour aller chez moi.

C’est pendant le trajet qu’un nouveau truc hallucinant est arrivé :

On marchait dans la rue. Ecoute ça :

Arrivé  à un carrefour j’ai eu juste le temps de voir la scène, comme dans un rêve. :

Au passage piéton, un gars s’apprêtait à traverser la rue en marchant rapidement. Seulement, son champ de vision était restreint, en raison d’une camionnette mal garée. Tu vois ?

Cécilia :

-       Oui, oui…

William :

-       Et sur la droite il y avait une voiture de sport qui arrivait à fond la caisse !

La suite était inévitable…

J’ai failli fermer les yeux.

C’est alors que ce truc invraisemblable s’est passé :

Juste avant de percuter ce malheureux piéton, la voiture s’est élevée dans les airs…

Oh ! D’au moins trois mètres…

Elle a décrit un cercle au-dessus du type, et elle a atterri quelques mètres plus loin continuant sa course en zigzaguant, puis elle a disparu !…Tu imagines la tête du conducteur !…

Cécilia :

-       Tu imagines la tête du piéton !…

William :

       -     Alors je me suis tourné vers M’Bo, et ça n’a pas manqué :

Il avait son satané petit sourire…

Cécilia :

-       Non mais tu ne vas pas quand même prétendre…

William :

-       Je ne prétends rien du tout Cécilia. Je te dis juste ce que j’ai vu !

Cécilia :

-       T’es vraiment cinglé...Bon et après ?

William :

-       Après, on a débarqué chez moi.

Cécilia :

-       Et vous avez fait quoi ?

William :

-       D’abord un truc de fou :

M’Bo, quand il a vu mon piano, il s’est assis au clavier, et il a sorti la Toccata en ré mineur de Bach à deux cents à l’heure !

Cécilia :

-       Et les voisins au beau milieu de la nuit ?…

William :

-       Ouais, ils ont tapé et on arrêté…Alors M’Bo m’a expliqué :

« Avant de venir, j’ai vite appris tous les arts en vigueur sur Terre, c’est amusant… Mais il y a un compositeur que j’apprécie particulièrement . Oh, il n’est pas très connu.

Musicalement, il n’a rien inventé de réellement nouveau, mais sa musique est vraiment sympa, tu connais Alain Guyonnet ?

William :

-       Non, mais tu es vraiment incroyable… et, pendant que je lui verse un Fernet Branca, je lui demande :

Bon, alors Zorbar, c’est comment ?

M’Bo :

- C’est une planète ravissante de la taille de la Terre, mais                possèdant deux lunes. La nuit c’est féerique… 

Dans un domaine particulier, Zorbar est bien différente de la Terre.

C’est un aspect, qu’en tant que terrien, tu auras un peu de peine à appréhender. Cela touche à la physique.

Alors voilà, tiens toi bien, Zorbar est une planète sur laquelle il n’y a que des descentes…

Cécilia :

      -      Quoi ?

William, martelant ces mots :

- C’est ce qu’il a dit :

« Que des descentes » !

Puis il a ajouté :

Oui, pour un terrien c’est incompréhensible, mais je puis te le dire, moi qui adore voyager, la nature est diverse et variée dans la galaxie, je t’assure…

Bon, je vais essayer de t’expliquer.

Dans la pratique, cela se passe comme ça :

Alors avec ses mains, il a indiqué deux niveaux .

Tu vois ma main droite qui se situe actuellement au-dessus de ma main gauche ?

Et bien ma main droite, c’est ma maison, ma main gauche, c’est celle de mon voisin du dessous (Et bien oui, sur Zorbar, on ne peut avoir QUE des voisins du dessous…)

Imagine :

Le soir, je décide donc de rendre visite à mon voisin du dessous.

J’ouvre la porte de chez moi et qu’est ce que je vois ? Je vois le chemin qui DESCEND chez mon voisin en serpentant (Eh oui, sur Zorbar, il n’y a que des descentes, mais nous avons quand même des virages…)

Ensuite, je descends la pente, je sonne chez mon voisin. Il m’invite à boire un verre. J’y reste un moment et pour finir je prends congé, j’ouvre sa porte pour rentrer chez moi, et qu’ est- ce que je vois ?

Cécila :

- Il voit le chemin qui DESCEND jusqu’à sa maison…

William :

- Exactement ! C’est ce qu’il a dit…

Cécilia :

- C’est une histoire de fous…

-Tu peux y aller, mais attends ça continue, il a dit :

« Il y a un truc très pratique sur Zorbar c’est que, comme il n’y a que des descentes, les véhicules n’ont pas besoin de moteur…Ben oui, y’a qu’à laisser aller…Par contre, il faut de bons freins sur Zorbar, sinon, bonjour les dégâts !

La hantise du zorbarien, ce sont les freins qui lâchent …

Tu comprends, après plus rien ne peut les arrêter…

Le crash est inévitable…

Pourtant, il paraît que certains conducteurs, particulièrement chevronés, arrivent à tenir longtemps. On raconte que certains d’entre eux parviennent à faire plusieurs fois le tour du globe avant de se crasher. C’est terrible…

Mais c’est une planète magnifique Zorbar. ».

Alors, comme il commençait à se faire vraiment tard, on a pris congé, il a commandé un taxi, mais non sans avoir décidé  de nous revoir le lendemain.

Cécilia :

-       Et c’est ce que vous avez fait ?

William :

-       Tu parles ! J’avais trop envie d’en apprendre davantage à propos de ce personnage hors du commun.

-       Cécilia :

-       Et alors le lendemain ?

William :

-       D’abord, il a passé une heure sur mon ordinateur, s’informant à propos de mille trucs sur Google et à un moment donné il a fait :

« Quoi ? »

« C’est pas vrai, je rêve :

Enfin, si je comprends bien, dans le domaine des déchets en société, vous avez l’habitude, sur Terre, de jeter vos résidus dans la mer ?!... »

William :

- « Ben oui… » j’lui fais bêtement.

Et il me rétorque : « Mais la mer c’est votre garde-manger, oui ou non ?!... »

Moi, comme un âne : « Heu….oui… »

Lui, me regardant droit dans les yeux avec son satané petit sourire :

« Et toi, tu jettes tes déchets dans ton garde manger ? Avec le beurre et la sauce tomate ?... »

Cécilia :

- Ouà, ils sont trop forts ces zorbariens…

Mais, William alors…après ?

William :

- Attends…

Et là, il tombe sur un article dans Google,

Son visage s’assombrit.

« Ah oui, vous, vous avez toujours la guerre… »

« Quelle tristesse…Nous sur Zorbar on avait la guerre, mais c’était il y a bien longtemps, et puis un beau jour, cette maladie s’est éteinte à ce qu’il paraît.

Les historiens divergent quant à l’origine du phénomène, néanmoins, ils sont tous d’accord sur un point :

La guerre a cessé à partir du moment où le mensonge à disparu des mœurs zorbariennes.

Les spécialistes pensent que ce n’est pas venu d’un coup, que cela est arrivé progressivement. Ils estiment la transition à plusieurs années, mais que finalement, un beau jour, le mensonge à cessé son action définitivement sur l’ensemble de la planète ».

Cécilia :

-Trop fort ces zorbariens…

William :

- Et puis il a continué :

« Tu comprends William, l’abolition du mensonge a provoqué une cascade de conséquences pratiques immédiatement :

Tous les enfants du mensonge : Le vol, le meurtre et toutes ces vilenies, Pfuit ! Envolés…

La méfiance, cette maladie chronique sur terre :

Envolée…

Conséquence pratique :

Sur Zorbar, plus besoin de serrures et autre cadenas sur les portes, car l’idée-même du vol ne fait plus partie des schémas mentaux des zorbariens.

Autre conséquence profitable :

Toute cette formidable énergie que nous développions du temps du mensonge, afin de nous protéger contre les effets de ce sentiment ( la peur, la jalousie, les menaces imaginées…) toutes ces pensées si négatives ; tous cela, un jour, à viré dans le positif, pour faire place à des sentiments universels : la compassion, la solidarité.

Alors dans la pratique, les historiens racontent que l’on a assisté à une période invraisemblable pour l’époque :

Ecoute bien William :

Les riches.

Tous ces gens, dont certains possédaient des fortunes incommensurables, touchés par cet état de compassion ambiante et de solidarité, naturellement, et sans le moindre état d’âme, ces gars-là ont simplement entrepris de redistribuer leur fortune aux moins bien nantis.

Voilà.

Et quand l’un d’entre eux, moins fortuné, arrivait au bout de son capital, un autre plus riche prenait le relais, ce qui fait qu’au bout de quelques années, les richesses de la planète finirent par être équitablement partagées, nivelées…

Enfin… »

Cécilia :

-       Sacré nom de jazz ! Trop forts ces zorbariens…

-       William :

Attends ! Il m’en a encore sorti une bien bonne :

A un moment donné je le vois s’esclaffer, le mec, il riait comme une baleine sans pouvoir s’arrêter…

J’ai eu la trouille, il ne parvenait plus à se récupérer.

Non Cécilia, tu me vois appelant les urgences de nuit :

Oui allô, mon nom est William.

Il y a un type qui est en train de mourir de rire là chez moi…

Comment ?

Oui, il  s’appelle M’Bo et il vient de Zorbar, une petite planète non loin d’Alpha de Centaure…

C’est un coup à finir à « Belle idée… »

Bon, au bout d’un moment, il se remet, des larmes de rire plein les yeux.

Ça va j’ lui fais ?

« Oui, oui, mais je viens de lire un truc tellement incroyable sur ton ordi… »

Et il continue :

« Bon, si je comprends bien…et là, il repart pour quelques spasmes de rigolade :

Si je comprends bien…

Vos essais nucléaires…

Refou rire.

Vos essais nucléaires…

Vous faites ça sur votre PROPRE planète ?!!...

Nouvelle crise de rire

Puis il enchaîne :

Y’a un truc que j’pige pas :

Si vous voulez absolument faire sauter ces engins absurdes, pourquoi ne pratiquez-vous pas ces essais SUR LA LUNE ??!!...

Vous y êtes allés en 1969 !...

Là au moins, cela ne nuirait à personne… »

Dernière crise de rire.

Cécilia :

-       Mais ils sont trop forts ces zorbariens…

William :

-       La fin est un peu triste je le crains.

Cécilia :

-       Triste ?

William :

-       Oui, je l’ai raccompagné à son taxi, juste avant que nous nous quittions, et il m’a avoué avec un peu de tristesse dans la voix :

« Adieu William, prends bien soin de toi.

Malheureusement on ne se reverra plus, je rentre sur Zorbar demain, c’est ainsi.

Mais avant, que je te dise encore une chose :

Le 12 octobre prochain au soir, regarde le ciel… Je te réserve une surprise… »

Et il est parti.

-       Cécilia :

-       Le 12 octobre ? Mais c’est aujourd’hui !

William :

-       T’as raison et c’est le soir…

Cécilia :

      -   Le 12 octobre c’est le jour où l’on a découvert l’Amérique…

William :

-       Oui…

Les deux comédiens se dirigent vers la fenêtre.

Ils l’ouvrent et regardent le ciel.

(Une musique étrange survient)

William :

-       J’y crois pas…

Cécilia :

-       William pince-moi…

William :

-       Deux lunes !…

Cécilia :

-       Il y a deux lunes dans le ciel maintenant !...

Les comédiens continuent à s’extasier devant la fenêtre.

La musique étrange se poursuit, puis enfin s’arrête.

FIN

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Commentaires

11.03 | 23:43

Baume de beaux mots : peu de mots, peu de maux....

...
03.03 | 17:50

coucou j'addore martina stoessel je suis allee la voir au REX a Paris c'était genial

...
03.12 | 20:15

Salut

...
12.02 | 09:07

Bravo !! très jolie histoire La Pignata J'y vais de ce pas !!

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