Comme une odeur de bémol

Comme une odeur de bémol :

 

Le 12 octobre 2022, l’évènement le plus important de l’humanité se produisit.

Il était un peu plus de 20 heures à Paris, lorsque le présentateur du journal télévisé interrompit son programme afin d’annoncer la nouvelle : une escouade d’objets volants non-identifiés venait d’être repérée en même temps par les téléscopes du monde entier !

Personne de comprit de quelle manière ils avaient pu arriver là instantanément, néanmoins un fait était perceptible à ce moment précis : une trentaine d’engins spaciaux de forte taille s’étaient matérialisée en orbite autour de la terre à 20 heures précises, heure de Paris. La seconde d’avant, le ciel était encore vide et maintenant ils se trouvaient là, mystérieusement suspendus dans le vide au-dessus de nos têtes…

Un invraisemblable branle-bas de combat médiatique et improvisé s’ensuivit, au cours duquel une série de duplex avec les principales capitales du monde confirma bel et bien la nouvelle : Des objets volants non-identifiés tournaient bel et bien  autour de notre planète !

Les amateurs de science-fiction en furent pour leurs frais, mais néamoins rassurés : Pas de « space odyssey », point de lasers destructeurs, et, d’une manière générale, aucune forme d’agressivité de la part des visiteurs lorsque, une heure après leur apparition, ils délivrèrent un premier message dont le texte, simultanément traduit dans toutes les langues disait exactement ceci :

« Habitants de la terre, nous venons d’une lointaine planète située près d’Alpha du Centaure.

Notre monde s’appelle Zorbar.

Notre apparence physique est proche de la vôtre.

Nous avons entrepris ce voyage dans le but de vous connaître et de nous entretenir avec vous.

Nos intentions sont entièrement pacifiques.

Nos vaisseaux vont rester en orbite autour de votre planète, le temps que nous fassions plus ample connaissance.

Les gouvernements des vos nations respectives auront par ailleurs bientôt l’occasion d’entrer en contact avec nous.

Que la paix et l’amitié soient avec vous. »

Les jours qui suivirent cette déclaration furent l’occasion d’une intense activité intellectuelle sur toute la surface du globe.

Globalement, deux avis opposés virent le jour :

Une partie de l’opinion croyait en la véracité du message, tandis qu’une portion importante de l’humanité se méfiait ouvertement, défendant l’idée selon laquelle il s’agissait en réalité d’une manœuvre extraterrestre destinée à endormir nos facultés de nous défendre afin de nous envahir plus facilement.

S’en doutaient-ils ?

Toujours fût-il que les zorbariens eurent vent de ces opinions très rapidement.

Dans le but d’amadouer les opposants, mais également de les séduire, ils interrompirent simultanément tous les programmes de télévision, remplaçant les images habituelles par d’incessants films publicitaires qui décrivaient la planète Zorbar, ses coutumes et la manière de vivre de ses habitants.

A l’aide d’un procédé technologique parfaitement inconnu, toutes les chaìnes de TV ne purent émettre d’autres images pendant les jours qui s’ensuivirent.

Le petit écran, quant à lui, était déjà envahi…

Bien évidemment, la curiosité gagna rapidement le monde entier et les terriens hallucinés ne quittèrent plus leur poste de télévision des heures durant.

Ils purent ainsi tout à loisir faire plus ample connaissance avec leurs visiteurs.

Les zorbariens avaient tout à fait l’apparence humaine.

Ils étaient composés de femmes et d’hommes, de races différentes qui communiquaient par la parole.

Les images de leur planète présentaient un monde végétal et animal fortement varié, à l’image de la vie sur terre.

Mue par une technologie avancée, la civilisation zorbarienne s’étendait harmonieusement dans la nature, construisant ça et là des villes à l’architecture savamment parfaite.

Le commerce, l’agriculture et, d’une manière générale toutes les activités semblaient s’organiser selon les règles d’une mosaïque sans défaut.

Mais ce qui frappait le plus la conscience terrienne en considérant ces images, c’était sans aucun doute la constatation du calme,et, d’une manière générale, du bonheur qui émanait de la société zorbarienne.

Comme le montrait fort bien le commentaire du film, cet état de fait provenait de l’Histoire de Zorbar qui avait notamment conduit ce monde jusqu’à l’abandon définitif de l’idée-même de la guerre.

Par ailleurs, les terriens purent tout à loisir découvrir la subtilité de l’art zorbarien, ainsi que la toute puissance de ses habitants dans le domaine des sciences, ce dernier point ayant notamment permis de supprimer définitivement toute crainte de la maladie.

Chaque film durait une heure et était suivi d’un texte contenant invariablement le même message :

Dans un proche avenir, terriens et zorbariens allaient faire connaissance dans la paix et l’amitié.

Par la suite, et, sur ce point le message était très clair : Tous les habitants de la Terre allaient disposer de la possibilité de s’enrichir à volonté dans tous les domaines des connaissances zorbariennes. Ils allaient notamment pouvoir être rapidement inités aux voyages spaciaux, à la médecine zorbarienne, et, d’une manière générale à la formidable avance technologique de leurs visiteurs, sans que ne se précise, dans le discours extra-terrestre, la moindre idée de contre-partie.

Trois jours durant, l’orgie télévisuelle se poursuivit sur toutes les chaînes. Le quatrième, l’émission zorbarienne s’interrompit brusquement et tous les programmes TV habituelles purent reprendre leur cours.

Le lendemain, l’état-major zorbarien reprit contact avec l’ensemble des gouvernements du monde, se faisant alors tout à fait précis : L’instant de la rencontre était maintenant devenu imminent.

Avec d’infinies précautions de language, mais fermement, les visiteurs posaient clairement la question que chacun appréhendait : Où et quand cela devait-il se passer ?

Sur la question du lieu, ils n’avaient manifestement aucune préférence.

C’était à leurs hôtes d’en décider.

Pour ce qui était du délai, ils se montrèrent par contre beaucoup plus pressants.

Visiblement l’attente n’allait pas devoir se prolonger trop longtemps.

Dans leur language devenu presque familier, composé de phrases rigoureuses, mais tournées de manière infiniment délicate, les zorbariens indiquèrent très clairement qu’ils seraient très heureux que le lieu et la date de la rencontre soient fixés d’ici à une petite semaine.

Puis ils cessèrent d’émettre, se rappelant au bon souvenir des terriens par de courts spots télévisés, résumés des films précédents et vantant toujours les bienfaits de la civilisation zorbarienne.

S’il fut une période agitée sur la planète Terre, ce fut bien les jours qui s’ensuivirent.

Dans un premier temps, les gouvernements du monde entier se réunirent en catastrophe au siège de l’ONU à New York.

Alors, une discussion sans fin s’amorça : Quel pays allait accueillir la rencontre historique?

En réalité, chaque nation butait sur la même difficulté :

D’un côté, il y avait l’intérêt de recevoir les extraterrestres chez soi, afin de recueillir en premier les effets positifs de leurs promesses, si les zorbariens étaient réellement sincères.

D’un autre point de vue, il y avait la crainte lancinante de tous les dangers que les anti-zorbariens avaient mis en évidence depuis le début au sujet de l’invasion de la Terre.

Après trois jours entiers de laborieux palabres, une solution se dessinait enfin :

La rencontre allait se produire dans la seule partie de la planète qui appartient à tout le monde, l’unique terre du globe sans réel drapeau :

L’Antarctique.

Ainsi, personne n’allait pouvoir être favorisé en aucune façon, et les risques vis-à-vis d’une éventuelle agression étaient passablement réduits, en raison de l’aspect désertique du site et de son éloignement.

Le quatrième jour, le secrétaire général des Nations Unies fit une déclaration à la télévision afin d’informer le monde entier de la décision qui avait été prise.

Le lendemain, sous l’impulsion des nations les plus puissantes, une véritable armada d’ouvriers et de techniciens internationaux prit la direction de l’Antarctique sous forme de première intendance, afin de préparer l’accueil terrien à l’intention des visiteurs.

Il fallait construire une piste d’atterrissage capable d’accueillir les vaisseaux zorbariens, mais également mettre en place une infrastructure importante susceptible de recevoir tout un monde : Les extraterrestres bien sûr, mais également tous les chefs d’états de la planète qui n’allaient pas manquer d’assister à ce que tout le monde appelait déjà : « Le plus grand événement de tous les temps ».

Et, bien évidemment la télévision, la presse, qui allaient devoir retransmettre scrupuleusement chaque instant de cette journée historique.

Voyant peut-être la formidable agitation provoquée par leurs exigences et probablement désireux de calmer le jeu, le sixième jour les zorbariens firent savoir qu’ils étaient tout à fait d’accord de patienter le temps nécessaire à l’organisation de la rencontre.

Les terriens pouvaient souffler.

Néanmoins, ils s’attelèrent à la tâche avec célérité, chaque pays apportant son écho.

Les américains, les russes et les chinois fournirent l’effort principal. Pourtant, même de petits pays comme la Suisse, qui dépêcha un groupe de saint-bernard participèrent. Une dizaine de jours plus tard, tout était fin prêt.

Les équipes techniques avaient fait du beau travail : Une large piste d’atterrissage balisée avait été mise en place.

Neige et glace avaient été déblayées.

Ça et là des baraquements métalliques avaient poussé, tandis qu’une gigantesque esplanade avait été disposée à proximité de la piste d’atterrissage accueillant les chefs d’états du monde entier.

Ils étaient là les dirigeants.

Emmaillotés dans de sérieux vêtements d’hiver, les yeux fixés au ciel.

Des systêmes de chauffages latéraux luttaient sans grand succès contre les rigueurs du climat, et ils attendaient dans le ronronnement des caméras de télévision.

En retrait, et volontairement invisible, mais prête à toute éventualité : l’armée.

Une armée étrangement hybride, composée de militaires américains, européens, asiatiques ou encore africains.

Le rendez-vous était fixé à midi.

A midi moins une, un point apparut dans le ciel.

Rapidement le point se mit à grossir pour ensuite prendre la forme d’une sphère d’aspect métallique et irisé.

L’engin, d’un diamètre d’une vingtaine de mètres apparemment arrêta sa course à quelques centimètres du sol et resta là, suspendu.

S’il y avait des mouches en Antarctique, nul doute qu’à cet instant l’on aurait pu entendre voler la moindre d’entre-elles.

Les terriens étaient fascinés.

A un moment donné, le président américain rompit le silence :

-       Oh my God !...

Tout le monde regardait le vaisseau, essayant d’apercevoir quelque chose qui ressemblât à une porte.

C’est alors qu’un événement improbable se produisit néanmoins :

Un groupe d’humanoïdes vint à se matérialiser à une dizaine de mètres de l’esplanade !...

L’instant d’avant il n’y avait personne, et tout à coup ils étaient là, comme sortis de nulle part.

Douze zorbariens.

Et ils marchaient tranquillement en direction des terriens, le visage avenant, souriant.

Une rumeur d’étonnement traversa la foule incrédule et doutant de ses sens.

Le premier des zorbariens qui avait la peau noire et qui semblait être le chef, s’arrêtant devant l’esplanade, s’adressa soudain à la délégation humaine :

« Habitants de cette belle planète, la Terre, merci de nous y accueillir, et recevez ce message de paix de la part de Zorbar, notre monde, et des zorbariens ! »

Tous les visiteurs décrivirent un triangle avec leur main droite dans l’air glacé, en signe de paix vraisemblablement.

L’étonnement était tel que les terriens ne remarquèrent pas un fait étrange.

Tout le monde avait compris le discours.

Des russes aux japonais, en passant par les australiens, tous les terriens avaient perçu le même message sans avoir besoin de la moindre traduction…

Cet instant de joyeuse confusion une fois passé, le président américain, probablement soucieux de rappeler à l’assemblée le rang de première puissance mondiale de son pays prit la parole :

-       Au nom des peuples de la Terre, soyez les bienvenus sur la planète bleue !

-       C’est une bien belle expression pour décrire un endroit si merveilleux en effet !

Une zorbarienne venait de parler.

Son étrange et magnifique chevelure dorée composait des formes chatoyantes autour de son visage aux traits parfaits.

Le président italien en soupirait d’admiration.

Les caméras de télévision s’attardèrent un instant afin de capter l’étrange beauté de la zorbarienne, puis les terriens invitèrent leurs hôtes à les suivre.

Alors, un cortège improbable composé de la plupart des chefs d’états du monde et d’un groupe d’extraterrestres se mit donc en marche en direction d’une sorte de hangar préfabriqué qui surplombait l’ère d’accueil.

Tant bien que mal, et un peu à la manière d’une foule de spectateurs à l’entrée d’une salle de cinéma, tout ce petit monde finit par arriver à l’intérieur de la construction.

L’accueil avait été organisé avec soin et l’on y avait mis les grands moyens.

Dûment chauffée, la grande salle avait été décorée avec des ensembles floraux extrêmement variés.

Diffusée par les lampes aux formes futuristes d’un designer italien, une lumière agréable baignait la scène.

De grandes tables aux nappes blanches avaient été disposées et tout un personnel français de haut vol s’affairait afin d’organiser un festin.

Caché dans un coin de la salle, presque invisible, un petit orchestre jouait une bossa-nova, tandis qu’une escouade de jeunes thaïlandaises, dans de grandes robes de soirée noires savamment échancrées, ondulaient entre les tables servant du champagne.

C’est cet instant que choisit le président français pour tenter, pensait-il, de détendre l’étrange atmosphère de cette réunion.

-       Il paraît que pour le repas, ils ont prévu du Château-Latour 63…

N’est-ce pas merveilleux de déguster un Château-Latour au beau milieu de l’Antarctique ?

Et c’est alors que l’étincelle se produisit. C’est le président russe qui commença.

-       Mais c’est incroyable, je parle français maintenant ?!...

Puis en rigolant :

-       Je ne savais pas que je parlais français !...

Et soudain sérieux :

-       Mais comment est-ce possible ?

Le président chinois :

- Mais…moi aussi j’ai compris…

Le portugais :

-       Oh meu Deus !

Et à ce moment le président allemand qui se trouvait à côté du portugais s’exclama :

-       Mais bon sang, je parle portugais maintenant ?

Un silence irréel plana quelques instants sur l’assemblée, le temps qu’elle réalise l’incroyable : Tout le monde comprenait tout le monde, et cela en gardant le sentiment pour chacun de continuer à parler dans sa propre langue…

Ce fut le président israélien qui le premier trouva le mot juste :

-       Mes amis, la Tour de Babel vient de s’effondrer, dit il sententieusement !

Heureusement les zorbariens venaient de faire leur entrée, et toute l’attention se reporta naturellement sur eux.

Les maîtres d’hôtel en livrée d’apparat invitaient les convives à s’installer à table, tandis que la télévision immortalisait chaque instant.

Les zorbariens s’assirent et tout le monde fit de même.

Avant de prendre place, le président chinois déclara pompeusement et d’une voix forte :

-Que cet instant reste gravé à jamais dans la mémoire de l’humanité…A jamais !

Un joyeux assentiment lui répondit sous la forme d’un brouhaha qui se prolongea quelques instants, puis un zorbarien se leva et prit la parole :

-       Quel accueil chaleureux de la part de nos nouveaux amis et futurs partenaires !

L’extraterrestre leva sa coupe de champagne, puis il se rassit.

Le plus prompte à réagir fut le président brésilien :

-       Il n’y a pas de plus grand honneur, mais également de plaisir plus délicieux que de se faire de nouveaux amis, mais...il laissa filer quelques secondes… vous avez dit « partenaires ?... »

Ce fut la belle zorbarienne qui répondit :

-       Oui, si vous le voulez bien.

Mais avant, amis terriens, festoyons !

Cela tombait à point nommé, car les majordomes venaient de servir l’entrée.

Et toute cette invraisemblable réunion se mit à ripailler dans une ambiance irréelle.

Les zorbariens posaient plein de questions à propos de la nourriture, et ils recevaient une foule de réponses empressées de la part de leurs hôtes.

Cette forme d’amabilité une fois épuisée, le chef zorbarien s’adressa au reste du monde :

        - Chers amis terriens, notre but en venant ici était bien évidemment de vous connaître, mais également et surtout de vous faire partager nos connaissances dans tous les domaines.

        -Nous souhaitons vous initier aux voyages interstellaires afin que vous puissiez nous rendre visite si vous le souhaitiez, mais également dans le but que, grâce à ce moyen, vous parveniez à découvrir les nombreuses autres civilisations intelligentes qui peuplent la galaxie depuis l’aube des temps.

 Nous avons l’intention par ailleurs de vous laisser profiter de l’ensemble des découvertes de notre civilisation, dans des domaines aussi variés que les sciences, la médecine ou encore l’art zorbarien.

A ce moment le président français ayant probablement légèrement abusé du Châteaau Latour, commit ce que tous les historiens appelèrent par la suite : « la gaffe du siècle ».

      -Tant de bontés à l’égard de l’humanité ont-elles donc une raison ? Demanda-t-il emphatique.

        Peut-être, grâce à votre formidable technologie, nous avez-vous observés et peut-être avez-vous admiré l’un où l’autre de nos grands hommes ? Un chercheur ? Un artiste ?

Mais les zorbariens avaient abandonné la pratique du mensonge depuis des millénaires .Ils ne savaient même plus ce que pouvait bien signifier le mot cachotterie, car ils évoluaient depuis trop longtemps dans un univers sans duplicité.

Alors la réponse tomba.

Logique et innocemment juste pour un zorbarien.

Cinglante pour un terrien :

              -Oh non rien de tout ça.

Prenez votre Albert Einstein ou votre Léonard de Vinci :

               Ces gens-là avaient le QI d’un enfant en bas-âge sur Zorbar…

Non, cela n’a rien à voir.

                Pourtant, il est vrai que nous avons une sorte de faveur à vous demander en contrepartie de tous ces trésors, que nous souhaitons volontiers vous faire partager.

                Le zorbarien prenant soudain conscience de la gêne causée par certains de ses récents propos s’arrêta, s’abîmant dans la contemplation de son dessert.

                Ce fut la belle aux cheveux d’or qui enchaîna :

              -   Vous devez savoir que, sur Zorbar, nous pratiquons une forme de plaisir tout particulier.

                  Vous devez également comprendre que nos sens sont très développés, en particulier notre odorat.

                  Quoi de plus naturel, dès lors, que nous soyions passés maîtres dans l’art de confectionner des parfums extrêmement subtils.

                  Les terriens buvaient chaque mot, comme s’il était la dernière goutte d’eau d’une oasis.

                -Les zorbariens se parfument donc abondamment, continua-t-elle.

                 Leur parfum préféré s’appelle « Fleur de mer », du nom de la plante qui sert à sa préparation.

Les télévisions ne le montrèrent pas, mais le président russe qui avait fortement levé le coude au cours du repas, était maintenant joyeusement pompette.

Néanmoins la belle continuait :

             -Malheureusement, la fleur de mer, qui est fragile par ailleurs, pousse bien plus lentement que l’engouement des zorbariens pour le parfum qui porte son nom.

              Eh oui, même un zorbarien ne peut aller plus vite que la nature…

              Ce qui fait que nous sommes, comme qui dirait, actuellement en rupture de stock et que donc, nous cherchons à nous approvisionner… ailleurs.

              D’où notre présence aujourd’hui, car nous savons que, sur la Terre vous avez un…produit…(le président suédois remarqua que c’était la première fois qu’il y avait une hésitation dans un discours zorbarien. )…un…produit parfaitement équivalent d’un point de vue olfactif, mais qui n’est pas une fleur.

              En conséquence, nous aimerions vous demander de bien vouloir nous autoriser à venir prendre livraison de ce produit régulièrement sur Terre, afin de l’utiliser pour la confection de notre fameux parfum.

              Dans la pratique, et toujours avec votre plein accord, nos cargos lourds n’auront plus qu’à se poser sur votre belle planète pour la livraison.

              Ce sont d’énormes astronefs dont certains peuvent mesurer jusqu’à plusieurs centaines de mètres.

              Le président russe était maintenant saoul comme un polonais, mais la zorbarienne faisait toujours onduler ses mèches dorées :

-       Et une fois le produit chargé, nous repartirons immédiatement.

              N’en pouvant plus, la présidente égyptienne l’interrompit.

-       Le produit…mais de quel produit voulez-vous parler ? demanda-t-elle comme un petit enfant.

Regardant son interlocutrice droit dans les yeux, la beauté lui dit :

-       Vous devez comprendre que parfois la nature est farçeuse…

Les onze autres zorbariens rirent discrètement, mais les mèches dorées continuaient d’hypnotiser :

-       Les terriens et les zorbariens se ressemblent énormément, comme vous pouvez le constater, dit-elle, mais dans le domaine de l’odorat, nous sommes très différents…

Mais la présidente égyptienne qui désirait secrètement entrer dans l’Histoire insista :

-       …Mais ce produit ?...

Alors le chef zorbarien, peut-être soucieux de venir en aide au sexe faible, prit le relai :

-       C’est une denrée que vous possédez en très grande quantité sur votre planète :

Et il dit le plus sérieusement du monde :

-       Les excréments humains.

     La fiente humaine.

Vos déjections en fait.

Il avait asséné ces trois propositions de manière régulière, presque mécanique.

L’instant qui s’en suivit fut considéré par la suite comme l’instant le plus comique de toute l’Histoire de l’humanité.

Le président russe, malgré sa constitution robuste, arrivait au bout d’une vaillante résistance contre Bacchus.

Soudain, il cria très fort :

-       Tovaritch !

C’est génial ce plan !

Les zorbariens, ils nous filent mille ou deux mille ans d’avance sur l’Histoire, … et nous en échange on leur file la merde !!!

Puis, glissant sur un baba au rhum qu’il avait lui-même laissé tomber auparavant, il s’écroula sur la table, arrachant la blanche nappe au passage.

Ivre mort.

 

                                             *         *         *

 

              Depuis, la Terre se porte merveilleusement bien.

              En quelques années, les immenses connaissances zorbariennes remodelèrent la planète.

              D’énormes richesses se dégagèrent des transformations ainsi opérées pour le plus grand bien de tous.

              L’espérance de vie tripla.

              Les terriens se lancèrent dans le voyage spacial, tissant des relations nouvelles avec des mondes lointains, faisant parfois commerce avec eux.

              Des colonies d’aventuriers modernes s’installèrent de plus en plus aux confins de la galaxie, tandis qu’une douceur de vivre inhabituelle s’installait enfin sur la planète bleue.

              Mais il y a tout de même une plaisanterie de plus en plus répandue, quelque part dans ces mondes lointains.

              C’est une blague à propos des terriens.

              On peut l’entendre parfois au bar d’une station spaciale, ou dans une salle d’attente, juste avant de glisser dans l’hyperespace.

              Même si l’on ne la raconte pas trop, en vacances dans les environs de la Terre, tout le monde l’aime bien cette blague car elle est à la mode dans la galaxie.

              Oh ! Ce n’est pas bien méchant, mais elle dit à peu près ceci :

           « Quand un terrien est assis sur le trône et qu’il y dépose son offrande, à chaque fois il doit dire : merci Zorbar ! »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Commentaires

11.03 | 23:43

Baume de beaux mots : peu de mots, peu de maux....

...
03.03 | 17:50

coucou j'addore martina stoessel je suis allee la voir au REX a Paris c'était genial

...
03.12 | 20:15

Salut

...
12.02 | 09:07

Bravo !! très jolie histoire La Pignata J'y vais de ce pas !!

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