La raquette magique

La raquette magique :

 

Robert Baer était étendu sur la plage de Copacabana, lézardant à souhait devant les vagues qui s’obstinaient.

Un grand noir avec des bonbonnes métalliques en bandoulière lui proposa un jus de maracuja bien glacé, ce que le français accepta bien volontiers. Sirotant avec plaisir son cocktail de vitamines naturelles, il s’intéressa un instant aux surfeurs qui tentaient de dominer les vagues à quelques dizaines de mètres de son emplacement.

Dans cette situation, Robert Baer aurait très bien pu apparaître comme un heureux touriste en vacances au Brésil, goûtant sans retenue aux saveurs épicées de ce pays envoûtant ; pourtant il n’en était rien. En réalité, Robert Baer avait entrepris ce voyage trois jours auparavant, au départ de Paris, afin de pratiquer son métier : joueur de tennis professionnel.

Dans son esprit déterminé de sportif, une seule idée : figurer le mieux possible au palmarès du tournoi challenger de Botafogo, et ainsi peut-être grapiller quelques points ATP supplémentaires afin de grimper, si peu cela soit-il, dans la hiérarchie de l’association des tennismen professionnels.

Malheureusement pour lui, la réalité n’en avait pas voulu ainsi, et le français s’était fait éliminer sèchement en deux sets au premier tour de la compétition par un brésilien parfaitement inconnu.

Pour l’instant, le classement du tennisman tricolore était bien modeste, mais à vingt et un ans, il faut un début à tout, et cette 612ième place mondiale obtenue grâce à plusieurs quarts de finale et deux demi-finales dans le cadre de tournois challengers européens, était malgré tout ce pied à l’étrier dont il avait besoin pour amorcer sa carrière au service de la petite balle jaune.

Evidemment sa défaite sous les cocotiers n’était pas de nature à faire progresser ses affaires, mais après tout : « L’on a perdu une bataille, mais pas la guerre… » se remémora-t-il en guise de consolation.

Son billet de retour ayant été prévu pour le dimanche,  au cas où il aurait atteint la finale, il restait donc quelques jours de vacances forcées à Robert Baer avant de regagner Paris.

Il lézarda donc sur la plage de Copacabana une petite heure, ne se privant pas au passage d’admirer les faveurs du string brésilien, puis, ayant atteint son quota de courbes féminines, il quitta les étreintes langoureuses du soleil couchant et se dirigea vers la ville dans le but de faire une ou deux emplettes.

La déception de son match perdu d’entrée n’allait tout de même pas l’empêcher de se dégoter quelques jolis souvenirs en provenance de ce pays magnifique.

Il marcha donc longuement dans Rio sans but précis, suivant le fil de son inspiration.

A un moment donné, il gravit une petite colline et c’est alors qu’il la vit :

La favela.

Elle couvrait tout le haut de la colline avec ses petites maisons basses et ses ruelles encaissées.

En s’approchant, il fut abordé par un groupe de dealers dont le plus âgé devait atteindre tout juste les quatorze ans. Ils avaient de la macogna, l’herbe du pays, mais, lorsque l’on se destine à une carrière de sportif de haut niveau…il est des paradis dont l’on ne saurait rêver, et le groupe de jeune n’insista pas.

En entrant dans la première ruelle venue, le français remarqua une échoppe avec une grande enseigne en bois qui indiquait : « Meo Amigo » et il s’approcha du commerce avec curiosité.

La boutique proposait une quantité considérable de bibelots, de statuettes artisanales, des instruments de musique brésilienne : cavaquinho, berimbau, pandeiro, cotoyaient une foultitude d’images pieuses avec des saints et des auréoles.

Fasciné par tout ce bric-à-brac, Robert entra dans le magasin et se mit à chiner à la parisienne.

Sur une petite table dans un coin de la pièce, un objet attira son attention.

Perdue au milieu de tout ce fatras : une raquette de tennis.

Robert s’approcha et saisit l’objet.

« A peu près le même poids que les miennes » se dit-il, en pensant à sa réserve de raquettes qui dormaient actuellement dans son sac de sport à son hôtel de Copacabana en attendant des jours meilleurs.

« C’est marrant, elle est en métal, je me demande qui peut bien fabriquer des raquettes dans un métal aussi léger. »

C’est alors qu’il remarqua le cordage.

« Quelle matière étrange, je n’ai jamais vu un truc pareil…Il n’y a pas de fibres et c’est transparent. En tout cas, cela a l’air d’une solidité à toute épreuve.

-Bienvenue dans ma modeste demeure…

Robert se retourna rapidement, la raquette en main.

En face de lui se trouvait un vieil homme noir qui lui souriait gentiment. Il était vraiment très âgé et le français remarqua que, par endroits, le blanc de ses yeux avait viré au jaune.

Mais le personnage d’Hemingway semblait devin :

-Eh oui, c’est la cachaça, avoua-t-il avec fatalité. Ce n’est pas très bon pour la santé, mais ça aide à vivre…Vous aimez cet objet ?

Le visage parcheminé s’exprimait dans un français tout à fait correct avec cet accent tellement typique qui nous rappellera toujours que, derrière chaque brésilien,  un musicien sommeille.

Mais le tennisman ne répondit pas à la question.

« Tiens je me demande bien où ce personnage de roman a appris ma langue ? » s’interrogeait-il en priorité.

Mais il était dit que le vieil homme allait avoir un coup d’avance tout au long de la conversation :

-J’ai vécu trois ans à Paris.

Je jouais des sambas sur ma guitare dans le métro.

C’est une ville maravillosa…

Et vous, vous êtes français ?

Vous faites quoi à Rio ?

Vous êtes monté sur le Corcovado ?

Robert confirma bien ses origines, puis, reposant la raquette, il expliqua en quelques mots les raisons de sa présence, son métier, son match perdu.

Au fur et à mesure qu’il racontait son histoire, le français nota que le regard du vieillard s’animait de plus en plus. A la fin, il crut même y voir miroiter comme la naissance d’une larme. En tout cas l’émotion était palpable quand à son tour il prit la parole :

-Français et joueur de tennis pofessionnel, il n’y a aucun doute, c’est le signe attendu…C’est à vous que je dois la remettre, annonça-t-il en se saisissant à son tour de la raquette.

-Tenez, prenez-la.

Elle est à vous.

Le visage buriné esquissa un sourire engageant :

- Allez…Elle est pour vous.

-Comment ça « pour moi » ?

-Ecoutez, je ne suis pas autorisé à vous fournir davantage d’explications. Disons que c’est ainsi.

Ne me posez donc pas de questions inutiles. Il se fait tard et les rues de la favela sont de moins en moins sûres à cette heure.

Acceptez cette raquette et rentrez à votre hôtel au plus vite et surtout prenez-en toujours bien soin.

-Mais, qu’a-t’elle donc de si particulier cette raquette à la fin ? demanda Robert avec insistance.

Le vieil homme fixa un instant son interlocuteur, puis dans un souffle mystérieux, il fit jouer son accent magnifique :

-C’est une raquette magique…

Robert Baer, qui avait passé le plus clair de sa courte existence à s’acharner contre la petite balle jaune, n’avait bien évidemment pas beaucoup d’expérience dans le domaine de l’humour absurde…Pourtant là, il se fendit la poire sans la moindre réserve.

-Une raquette magique ?!..

Le vieux bossa-noveur sourit à son tour :

-Oh oui, vous avez tout à fait le droit de penser que j’ai encore abusé de la cachaça aujourd’hui, pourtant, et là, il se fit soudain affirmatif :

-Vous allez tester cette raquette lors de votre prochain match.

Vous ferez cela.

Et là, je vous le dis, vous penserez à moi, mon ami, vous penserez à moi, après le match…

Ayant achevé son étrange prédiction, le vieil homme serra fortement la main de Robert Baer, puis il tourna les talons rapidement et disparut dans la nuit tombante, laissant mariner son interlocuteur dans une étrange perplexité.

Il ne resta plus alors au français qu’à regagner son hôtel en emportant son drôle de cadeau. Par chance, un taxi qui passait là par un fructueux hasard, rendit l’opération plus rapide.

On était samedi, et le retour vers Paris était donc fixé au lendemain.

Avant de se coucher, Robert examina longuement la raquette. Elle ne portait aucune marque ni le moindre numéro de série.

Fidèle à la réputation de tout sportif professionnel, le tennisman était parfaitement incollable dans le domaine du matériel sur le marché, des fabriquants, des dernières nouveautés. Pourtant malgré cette science, il finit par se rendre à une étrange évidence :

« Cette raquette ne ressemble à rien de connu à ce jour…Peut-être s’agit-il d’une toute nouvelle technologie, mais dans ce cas, qu’est-ce qu’un pareil objet futuriste faisait dans l’arrière boutique d’une vieille favela ? »

Par contre, en main elle était absolument parfaite.

Le sportif ne put s’empêcher de sortir une balle qu’il fit sautiller avec plaisir sur le tamis afin de tester le rebond.

La sensation était agréable.

Au bout de quelques instants, le français ressentit une douce sensation de chaleur envahir sa main droite pendant qu’il jouait.

« Ce doit être ma propre chaleur, »décida-t-il, puis il rangea la « raquette magique » avec ses sœurs mortelles dans le grand sac « Wilson » en cuir rouge.

Il dormit très mal cette nuit-là, car le sentiment de curiosité fait généralement très mauvais ménage avec le marchand de sable, mais, comme Air France n’avait pas trop mal fait les choses, il se rattrapa le lendemain en ronflant comme un bienheureux sur son siège, ce qui est finalement la meilleure manière de tromper le terrible ennui d’un Rio-Paris.

 

Une semaine plus tard, Robert Baer se rendit à Genève, car le lundi, débutait le tournoi challenger de Drizia-Miremont, et qu’il y était inscrit.

Consultant le tirage au sort, il réalisa qu’au premier tour, il était opposé à un jeune italien du nom de Benedetto Marcello.

Si Robert Baer avait passé un peu moins de temps à martyriser la petite balle jaune dans sa vie, peut-être aurait-il su que son adversaire était l’homonyme d’un prestigieux compositeur vénitien du 17ième siècle…

Par contre, ce qu’il savait le français, c’est que ce même Benedetto Marcello, le contemporain, était arrivé jusqu’en finale du tournoi de Botafogo, le tournoi précisément au cours duquel il avait, lui Robert Baer, perdu au premier tour, deux semaines auparavent au Brésil…

Sacré client le pseudo vénitien !..

Bon, il l’avait perdue cette finale l’italien, mais quand même pour un premier tour, cela n’avait rien d’une sinécure que d’affronter un tel adversaire…

A quatorze heure, le match débuta.

Robert Baer avait gagné le tirage au sort, et il décida de servir en premier.

Avec la raquette magique…

Après l’inévitable tralala en forme de gri-gri du tennisman qui consiste à faire rebondir la balle avant de servir pendant des temps immémoriaux, il lança finalement la balle.

A cet instant, Robert sentit une force incoercible l’envahir. Il réussit le geste parfait, habité soudain par une violence inouïe.

La balle fusa et toucha la ligne.

Ace !

15-0.

Le public, bien que clairsemé, réagissait en connaisseur.

Benedetto Marcello n’avait pas bougé.

Le français n’en revenait pas.

« Dommage qu’il n’y ait aucun systême pour mesurer la vitesse des balles dans un tournoi challenger… »

Il changea néanmoins de côté et, armant à nouveau sa mise en jeu, il envoya un véritable missile avec un effet tellement lifté que lorsque la balle toucha le carré de service adverse, elle fusa de manière irréelle jusque dans le public, et bien-sûr hors d’atteinte de son adversaire.

30-0.

Comme les spectateurs étaient essentiellement des genevois, l’on entendit nettement la foule :

-De bleu !..

A 40-0, la balle prit une trajectoire improbable :

C’était une sorte de « service amorti ».

D’abord, la balle partit plutôt lentement pour atterrir juste derrière le filet, dans le carré adverse, mais lorsqu’elle toucha le sol, elle possédait tellement d’effet, qu’elle repartit à une vitesse folle dans un angle parfaitement inattendu.

Ainsi donc, un nouveau service d’anthologie plus tard, Robert Baer menait 1-0 dans le premier set.

Au tour de l’italien de servir.

Après les lenteurs d’usage, le coup partit.

Benedetto Marcello avait visé le T, et sa ballistique était quasiment parfaite, l’ « ace » n’était pas loin…

Robert Baer se sentit à nouveau habité par cette force « venue d’ailleurs ».

Réduit presque au rôle de spectateur de ses propres actions, il se vit réaliser à nouveau le geste parfait, mais cette fois du défenseur.

Il plongea d’une manière que même un danseur de Béjart aurait envié à cet instant, puis en bout de course, il giffla la balle avec une telle violence que, dans le public, un vieillard en perdit son dentier…

Tel était pris qui croyait prendre.

0-15.

Le public était abasourdi.

Curieusement une voix s’éleva dans le silence avec un fort accent suisse-allemand :

-Oh mein Gott !

A 0-30, la raquette magique démontra tout son art dans le domaine du retour amorti.

A 0-40…

Mais, tandis qu’il enchaînait les coups gagnants les plus invraisemblables de l’histoire du tennis, le français réalisa soudain la nature de la raquette magique :

La raquette magique procure à son propriétaire l’assurance de ne réaliser que des « aces » lors du service, et que des retours gagnants à la réception…

L’invincibilité parfaite…

Et le match se termina dans une ambiance de fous, sur le seul score possible :6-0/6-0 en faveur du français !..

A moitié ivre de toutes les émotions qu’il venait de vivre, les spectateurs avaient déclenché une hola, Robert Baer se souvint alors de la prédiction du vieil homme dans la favela : « …Vous penserez à moi…après votre prochain match, vous penserez à moi… »

Alors bien évidemment, c’est dans l’étonnement général que  Robert Baer remporta son premier titre ici à Genève, en battant son adversaire 6-0/6-0 en finale du tournoi de Drizia-Miremont.

Comme les sportifs sont presque tous supersticieux, le français choisit le tournoi ATP de Bâle comme prochaine cible de la raquette magique, histoire de rester en Suisse.

Son classement ATP lui interdisant l’entrée en lice de ce genre de tournoi, beaucoup plus relevé que les petits challengers, il sollicita une « wild card » qu’il obtint facilement, car les organisateurs avaient eu vent de ses étranges faits d’arme.

Et donc cette année-là, Robert Baer battit Federer 6-0/6-0 en finale du tournoi de Bâle.

C’est en cette période que les journalistes choisirent de se réveiller.

Toute la presse ne parlait que de tricherie. L’ATP emboitait le pas, bref, tout ce petit monde n’avait plus qu’une seule idée : Voir, toucher, expertiser cette mystérieuse raquette, comme autrefois le vélo de Cancellara, afin de voir si quelque mécanique perverse et non conforme à l’esprit sportif, ne lui procurait pas tous ses avantages.

Robert Baer n’eut donc aucune autre issue que de passer sous les fourches Caudines de la majorité.

Après avoir obtenu l’assurance qu’aucune déprédation ne serait commise à l’encontre de son bien, il le laissa partir à regret pour analyse auprès d’une prestigieuse université américaine.

Dans la pratique, la raquette fut observée, radiographiée, scannée par les technologies les plus sophistiquées du moment, mais au final, l’on ne put découvrir la moindre anomalie, ni encore moins la plus petite forme de supercherie.

Personne ne put identifier l’origine du métal, ni celle du cordage qui la composaient, mais comme il n’existait aucun règlement ATP contre l’utilisation de matériaux « non identifiables » dans la facture d’une raquette, le français put récupérer son bien ainsi que le droit de l’utiliser à souhait, ce dont il ne se priva pas :

En début de saison, il remporta la finale de l’Open d’Australie contre Djokovic 6-0/6-0/6-0.

A Roland Garros, il fit de même avec Nadal sur le même score immaculé, mais quand il trucida « Fedi » en finale de Wimbledon, plus personne ne suivait les matchs, et le tennis mondial menaça de tomber en désuétude. En effet, où était l’intérêt d’une  confrontation tennistique sans plus aucun suspense, avec au maximum deux échanges par point ?..

Pressentant la fin imminente de la petite balle jaune avec une angoisse grandissante, l’ATP et la WTA entrèrent en scène afin de renflouer les cinq compartiments étanches du «  Titatennis. »

Les deux associations convoquèrent donc un soir Robert Baer dans un luxueux hôtel parisien, et elles lui firent la proposition suivante :

Un chèque de 60 millions d’euros en échange de la promesse solennelle que, plus jamais, la raquette magique ne hanterait le moindre court de l’ATP et de la WTA pour toujours.

Robert Baer n’hésita pas un instant.

Quand on a vingt et un ans, que l’on vient d’empocher les gains de trois tournois du grand chelem, et qu’en prime l’on vous offre 60 millions d’euros sur un plateau…

Ainsi donc, quand arriva la période de l’Us Open, le tennis mondial put reprendre son cours normal, c’est-à-dire qu’il pouvait à nouveau y avoir des échanges de plus de deux coups…car le tennisman français, fidèle à ses engagements ne s’y inscrivit pas. Et le monde de la petite balle jaune respira de nouveau.

 

Robert Baer, quant à lui, s’occupa tranquillement à vivre de ses biens.

Il s’offrit un magnifique château en Sologne, au bord d’un étang, et  se mit à paresser en ces lieux idylliques, entouré de l’inévitable collection de jeunes naïades aux formes si joliment cambrées…

De temps à autres, Robert Baer se devait d’accorder un peu de son temps aux journalistes, car malgré tout, n’était-il pas le premier français à avoir gagné un tournoi du grand chelem depuis Yannick Noah ?…

 

Mais un jeune homme de vingt et un printemps, riche et mondialement connu n’est pas à l’abri des appels de la laideur et de l’inintelligence pour autant.

Ainsi donc, à l’image de l’immense majorité des êtres humains, Robert Baer n’échappait pas à l’inéluctable zone d’ombre qui caractérise presque toujours même l’âme la plus pure.

Chez le nouveau millionaire, sa noirceur intime résidait en une seule idée récurrente, un avis inaliénable, une certitude incontournable dans sa logique, qui pouvait se résumer en une phrase unique :

« La France, avant c’était mieux. »

Bien évidemment, il évitait scrupuleusement d’afficher pareille avis en société, car immanquablement son vis-à-vis lui demandait :

-Avant quoi ?

Et, à ce stade, Robert Baer n’avait plus d’autre solution que de se réfugier dans le mensonge :

-Ben oui, avant le chômage, la crise, ou encore avant la pollution, avant que l’on martyrise la planète, c’était mieux…Non ?

En réalité, il s’agissait là d’une réponse de façade car, à chaque fois qu’il trichait de la sorte avec lui-même pour les besoins de son image, la petite voix de sa vérité indubitable corrigeait son propos dans le silence de sa conscience :

« La France, c’était mieux avant l’arrivée des étrangers… »

Cette pensée monolithique ayant pris possesion de son esprit depuis belle lurette, il était tout à fait naturel que Robert Baer en devînt frontiste.

Oh, il ne claironnait pas trop ses avis politiques, car, le milieu sportif mondial étant devenu joyeusement métissé avec les années, nul doute que cela lui eût vallut une réputation de bien mauvais aloi pour la suite de sa carrière.

Les rares fois au cours desquelles il s’était donné la peine de remplir son rôle d’électeur, Robert Baer avait donc voté front national sans l’ombre d’une hésitation.

Il avait bien entendu cette bande de gauchistes tenter de lui faire croire « qu’il vaut mieux profiter de la différence plutôt que de la craindre… » mais cela n’avait guère ébranlé ses convictions, et il finit par s’accommoder de cette double identité mensongère dont il avait besoin afin de ne pas renoncer à ses convictions, sans pour autant perdre la considération de ses potes sur le circuit ATP.

Le français se souvenait avec amusement des débats télévisés qu’enfant, il regardait volontiers avec son père, lorsqu’à l’époque Monsieur Le Pen étrillait la plupart de ses adversaires en aboyant avec joie et bonheur devant les caméras.

A chaque fois, le petit Robert Baer avait la même impression amusante en écoutant le leader frontiste :

« On dirait Spike… »

Spike était le doberman de la famille, dans la petite ferme de Normandie qui avait vu grandir le futur tennisman. Robert adorait Spike, ainsi que tous les chiens d’ailleurs, et c’est peut-être en raison de cette étrange association d’idées qu’il ressentit alors une vraie sympathie pour Jean-Marie Le Pen…

 

On était mi-mars en Sologne.

La nature réveillait doucement les sèves de cette région sublime, et l’étang qui scintillait de mille promesses printanières, aurait pu guérir instantanément le dépressif le plus profond.

Robert Baer rêvassait, affalé dans une chaise longue en sirotant un Four Roses coca. N’étant plus tenu à aucune des disciplines spartiates d’un sportif de haut niveau, en raison de son désormais statut de rentier à vie, l’ex-joueur de tennis s’était mis à goûter petit à petit à des plaisirs fortement interdits par l’éthique du sport.

Ainsi donc, il prit un nouveau et réel plaisir à fréquenter Bacchus, de même que certains petits lutins que l’on trouve cachés, paraît-il, dans les volutes de fumées illégales pour quelques années encore…La légende raconte que c’est précisément au cours de l’une de ces « rêveries artificielles » qu’il eut cette idée invraisemblable, que même le plus malheureux des aliénés n’aurait pu concevoir :

En fait, Robert pensait à la raquette magique.

Elle dormait dans un coffre fort dernier cri qui avait été importé directement de Suisse en Sologne.

Jamais, sous peine d’avoir tous les avocats de la planète sur le dos, il n’allait pouvoir utiliser l’incroyable objet à nouveau.

Encore que…

« Le contrat d’honneur que j’ai signé ne concerne que le monde du tennis, mais rien ne m’empêche d’utiliser la raquette magique…ailleurs…Et le jeune tennisman à la retraite se mit à rechercher dans quel domaine la magie de son incroyable talisman pourrait bien opérer.

Il élimina d’emblée tous les sports, se souvenant de son invincibilité qui avait bien failli trucider son sport préféré à l’époque.

« Avec les sports, cela ne donnera rien de bon » anticipa-t-il et il se mit alors à imaginer une discipline qui, à l’instar du tennis, comporterait un aspect d’affrontement entre deux adversaires, avec des échanges parfois violents et tendus, et soudain il en eut la révélation :

La politique !

« Il faut utiliser la puissance magique de cet objet dans le cadre de l’affrontement politique, et son détenteur, au cours d’un duel télévisé par exemple, se sentira alors immanquablement animé d’une telle force, qu’il ridiculisera n’importe lequel de ses détracteurs, lui infligeant un sévère 6-0/6-0 devant le pays tout entier ! »

Jamais au cours de son histoire, le THC n’a fait d’un abruti le moindre génie, c’est bien connu : « Donne du haschich à un berger et il verra des moutons… » Pourtant la nature, qui aime parfois se montrer farçeuse, décida de s’offrir une petite exception ce jour-là.

L’on était donc mi-mars, et tout l’hexagone fourmillait des attentes du mois de mai, période qui allait marquer la fin du premier quinquennat de Monsieur Sarkozy et donc la tenue de nouvelles élections.

La classe politique française humait avec délectation l’habituelle diarrhée de vilenies, d’affaires indignes et de mensonges en usage dans toute bonne démocratie moderne.

Pour Robert Baer, c’était l’instant idéal et le lendemain il prit rendez-vous avec Marine Le Pen, sans difficulté d’ailleurs, car les ténors politiques ne dédaignent jamais la fréquentation d’un people ou d’un artiste.

Dans le bureau de la présidente frontiste, il n’y alla pas par quatre chemins. S’adressant à son idole politique, Robert Baer lui tint à peu près le petit raisonnement que voici :

-Chère Madame, je vous ai apporté aujourd’hui ma raquette de tennis. Peut-être vous en souvenez-vous. La presse en avait abondamment parlé, lors de ma victoire éclair à Roland Garros. Ma raquette magique…celle avec laquelle l’un de mes « aces » a été chronomètré à 320 kilomètres/heure…

Tel que je le conçois, cet objet possède le pouvoir de transformer une petite lumière en une brillante étoile !…

Madame le Pen regardait son interlocuteur avec amusement. L’acier trempé de son caractère ne tolérait pas la moindre brume d’irrationnel, lorsque la brillante machine de son esprit était en  marche. Les histoires de superstitions lui apparaissaient donc toutes comme de gentilles forfanteries, juste bonnes à secourir de pauvres esprits perdus, en mal des repaires de la raison.

Mais le tennisman déchu continuait sa démonstration :

-Ecoutez, on va tenter une expérience. Prenez la raquette et tenez-la par le manche. Vous voulez bien ? Vous ne courez aucun risque. Vous allez ressentir une chaleur étrange…

Piquée par la curiosité, Marine le Pen se prêta volontiers au jeu.

Elle se saisit de l’instrument, et effectivement elle remarqua une chaleur agréable en provenance de l’intérieur du manche. Charmée par la sensation, la jeune femme poursuivit l’expérience, quand soudain le monde de l’étrange s’empara d’elle sans crier gare :

Elle venait d’avoir une véritable hallucination.

Le texte.

Le texte qu’elle avait tapé sus son Mac le soir d’avant.

Le texte des interventions qu’elle avait prévu de mener contre François Hollande, le lendemain soir sur France 2 lors du débat télévisé. Ce texte venait d’apparaître devant ses yeux dans l’air de la pièce avec les caractères de son imprimante…

Elle pouvait le lire comme un sous-titre sur un écran, sauf que là, il n’y avait pas d’écran…

Soudain en bas de page, elle vit apparaître de nouveaux caractères. Un nouveau texte naissait sous ses yeux ébahis avec une rapidité déconcertante.

Et Marine le lut.

Il s’agissait d’une série de nouveaux arguments à l’encontre de son adversaire du lendemain auxquels elle n’avait même pas pensé, tous plus machiavéliques les uns que les autres.

Ventre-Saint-Gris, mais c’est bien-sûr ! réalisa-t-elle avec délices.

Puis elle reposa la raquette et les images disparurent.

Robert Baer la regardait, un demi-sourire presque coquin aux lèvres.

-Alors ?!..

La présidente du FN avait toutes les peines du monde à réintégrer son état normal, pourtant ayant laissé mourir quelques secondes, elle avoua :

-C’est vrai que là…vous ébranlez mes convictions les plus profondes, je dois dire…Mais, vous m’apportez cet objet fascinant…et moi, je vous dois quoi en échange ? Ou peut-être combien ?

-Rien du tout ! Je suis, quant à moi, tout sauf démuni.

Non, c’est pour la cause, NOTRE cause ! que je suis venu vous faire ce petit cadeau.

Et là il s’offrit les délices d’un authentique petit discours frontiste :

-Vous ne vouliez tout de même pas que je laisse ce trésor fabuleux tomber dans les mains de l’un de ces types qui ont laissé la France en arriver au point où elle se trouve aujourd’hui ?..

-En effet, confirma la bienheureuse Marine, en effet mon cher Robert… Mais, vous ne refuserez pas néanmoins un bon dîner à Saint-Cloud, un de ces prochains soirs ; j’aimerais beaucoup vous présenter à mon père !

Le visage du donnateur ne put retenir une légère roseur de bonheur à cette idée, et les deux nouveaux amis n’eurent plus d’autre solution que de prendre congé à regret.

 

Le lendemain soir, Marine Le Pen se rendit aux studios de France 2 pour son duel contre François Hollande avec une avance considérable.

Elle voulait s’assurer qu’elle disposait bien d’une loge personnelle comportant un verrou intérieur, puis elle appela l’un de ses deux gardes du corps.

-Sam, dans cinq minutes, je vais m’enfermer dans ma loge en compagnie d’un objet, il est vrai plutôt inattendu, une raquette de tennis…quoi ?.. mais non pas pour jouer… tu délires !?

Toi, tu montes la garde devant la porte et tu ne laisses personne m’emmerder. Personne, pas même mon père ! OK ?

-OK Boss !

Sam qui aimait bien se la jouer à l’américaine, mâchait son éternel bubble-gum.

-« All right »patron !

-Environ cinq minutes avant le débat, je vais sortir pour aller au charbon, mais sans la raquette évidemment !

-Yes Boss !

-Toi à ce moment, tu entres dans ma loge. Tu t’enfermes et tu surveilles cette raquette. Mais attention ! Je t’interdis formellement de jouer les petits Tsonga ! Tu entends ? Tu ne TOUCHES pas à ce truc ! C’est bien compris ?! Même pas du bout du doigt !..

-Vous en faites pas Boss tout est OK pour moi, « no sushi » !

Mais l’heure avançait, et les lepennistes durent appliquer leur plan à la lettre.

Madame Le Pen s’isola longuement dans sa loge, en tenant la raquette dans ses deux mains, et l’objet magique se mit à lui transmettre une nouvelle vague d’arguments d’une logique et d’une intelligence tellement inattaquables, qu’ils en auraient rendu jaloux le plus rusé des jésuites.

Elle mémorisa le tout en un éclair.

Cinq minutes plus tard, gonflée à bloc, mentalement survitaminée, elle déverrouilla la porte et quitta sa loge, avec l’assurance d’un boxeur invaincu à l’orée d’un championnat.

-Sam, on fait comme on a dit !

-No trouble Boss ! rassura le cerbère.

-C’est bien. « Toi y en a bon nègre » mon grand…Puis elle gagna le plateau de télévision d’un pas de conquérante et quelques minutes plus tard, le débat prit son envol dans un silence de cathédrale,

Dans la pratique, ce qui s’ensuivit pétrifia des millions de français devant leur poste de télévision.

François Hollande, qui normalement savait porter le verbe haut, se fit pourtant atomiser dès les premiers échanges. Et la France entière assista médusée à une véritable correction qui se transforma, au fil des minutes, en une bien triste exécution capitale.

Chaque fois que Madame Le Pen attaquait, le malheureux socialiste prenait un « ace » et, quand les rôles étaient inversés, le pauvre François Hollande avait droit à son « retour gagnant sur la ligne de fond de court » !…

Toutes les vieilles rengaines du front national reçurent une formidable cure de jouvence : L’innoccuité de l’Europe, le retour au franc, et bien évidemment l’insécurité, l’immigration, ressortirent de ce débat parés des atours d’une nouvelle jeunesse.

Les démonstrations de Marine Le Pen étaient auréolées d’une nouvelle lumière immaculée. Même BHL, le lendemain sur TF1 en perdit son latin…

Quand finalement le chronomètre libéra le malheureux socialiste de son rôle de punching ball, Marine Le Pen se leva, puis dessinant le V de la victoire avec les doigts de sa main droite, elle dit avec force :

-Vive la République ! Vive la France ! Puis elle quitta le plateau sous un tonnerre d’applaudissements.

Le lendemain, la cote de popularité de la présidente frontiste avait effectué un formidable bond en avant, tandis que l’ensemble de la classe politique restait sonné, prostré devant l’ampleur du désastre. Mais Marine pensait déjà à son prochain adversaire dans une semaine : François Bayrou.

«  Je vais le bouffer à la sauce béarnaise » se pourlécha-t-elle les babines… Et c’est exactement ce qu’elle fit.

Le pauvre ex-ministre de l’éducation se vit renvoyé à ses études sans la moindre gloire, car la Panzerdivision ne lui accorda pas l’ombre d’une pitié.

A la fin, il péta un plomb, le béarnais et, en désespoir de cause, il se mit à fredonner doucement : « Ainsi font font font les petites marionettes »… sous l’œil amusé de sa tortionnaire.

La semaine d’après, les Monty Python furent largement détrônés par Eva Joly, face à Marine Le Pen, lorsque l’écologiste en vint à déclarer textuellement devant les caméras que « le nucléaire c’est la faute à Voltaire »…

 

Lorsque, tout doucettement, le joli mois de mai fit son entrée, la popularité de Marine Le Pen atteignait des sommets. Les permanences du FN croûlaient sous les nouvelles demandes d’adhésion.

« Bon à Sarko maintenant… » se dit alors Miss Bombardier, avec un plaisir non dissimulé.

« Je le pendrai à un crochet de boucher !.. » singea- t-elle.

Mais le président Sarkozy, se réfugiant derrière les malices de la constitution de la 5ième république, déclina l’invitation au duel.

« Si je dois affronter Madame Le Pen, je le ferai lors du second tour de l’élection, si tant est qu’elle parvienne à ce stade de la compétition… » fanfaronna-t-il imprudemment.

Heureusement pour lui, le déshonneur de se faire mettre en pièces par la raquette magique lui fut épargné, car Madame Le Pen se fit élire présidente de la République Française au premier tour avec une avance improbable, et donc, un beau matin ensoleillé, la famille Le Pen au grand complet investit l’Elysée avec armes et bagages.

Les premiers jours, l’on vit papy Jean-Marie déambuler de longues heures dans les appartements magnifiques, tel un vieux lion enfin victorieux, en proie à une satisfaction presque indécente.

 Quelques jours plus tard, la nouvelle présidente organisa une grande fête dans les jardins de l’Elysée, pour célébrer dignement ce jour tant attendu.

Les organisateurs avaient vu les choses en grand, et tout un parterre de célébrités faisait joyeusement bombance, dans un décors fastueux, sous un beau soleil de printemps, en cette fin d’après-midi élyséenne.

Le petit orchestre de circonstance décorait la scène en abreuvant les oreilles des convives de ses rythmes stupidement mécaniques.

A un moment donné, personne ne fut étonné de voir débarquer Doc Ginéco.

« Quand l’inspiration d’un artiste se résorbe, il ne lui reste plus qu’à faire de la politique…Il paraît qu’au départ, le Doc avait été socialiste, puis à l’avénement de Sarko, il était soudain devenu sarkoziste, « écrivant » même un bouquin à ce propos : Quoi donc de plus naturel pour cette girouette, que de se retrouver à l’Elysée pour le couronnement de Marine Le Pen… »

Ayant constaté l’arrivée du Doc, c’est à peu près en ces termes qu’Emma Tulipe, la journaliste, que Libération avait dépêchée, analysait la situation.

« Si ça se trouve, dans six mois, il va sortir un bouquin : Marine et moi… » imagina-t-elle sans aménité.

Mademoiselle Tulipe était une brillante intellectuelle dont l’esprit crépitait loin de toutes ces fadaises sur l’astrologie, pourtant Madame Tessier aurait pu envier l’intuition de la journaliste en l’occurrence, car la présidente de la république et le chanteur ne se quittèrent pas un instant, tout au long de la fête.

Après le repas, l’orchestre mécanique fit place à un ensemble à cordes, et l’ambiance se transforma en d’agréables viennoiseries musicales. L’on y vit même le Doc risquer quelques entrechats bien peu académiques sur le « Beau Danube Bleu ».

La soirée avançait, et certains convives commençaient à prendre congé.

La maîtresse de soirée, dans sa flamboyante robe d’apparats raccompagnait un à un ses prestigieux invités.

Alain Delon et Charles Aznavour choisirent de s’en aller ensemble et, après quelques banalités, le duo disparut dans la nuit sous les éclairs des photographes.

François Bayrou, l’un des rares hommes politiques ayant accepté l’invitation, termina sa coupe de champagne, puis il salua à la cantonade et s’enfuit en fredonnant toujours : « Ainsi font font font les petites marionnettes »…

Noël Mamère, qui n’était venu là que dans le but avoué de semer la zizanie, n’était pas parvenu à ses fins, en raison des bulles de champagne, et ronflait donc comme un bienheureux sur un canapé Louis XV. Très élégamment, la présidente indiqua à l’intendance qu’il fallait diligemment préparer une chambre pour le député de la Gironde, puis, ayant constaté qu’il ne restait plus qu’un seul invité, arborant un vrai sourire coquin, elle invita Doc Gynéco à la suivre jusqu’à ses appartements, sous le regard neutre du personnel qui s’affairait.

Bien évidemment, la nouvelle de l’idylle présidentielle faisait la une de tous les journaux du matin.

C’était un quinquennat qui débutait comme on les aime au pays de Marianne : tambour battant !

 

Etait-ce le fait d’atteindre enfin le but ultime, ce que certains sportifs nomment « la peur de gagner », toujours fût-il que Marine Le Pen eut une crise de démence. Peut-être y avait-il eu des effets secondaires inconnus à l’emploi de la raquette magique ?

Le surlendemain, elle fit apprêter en urgence le jet présidentiel que son prédécesseur avait eu la bonté de mettre à sa disposition, et, sans crier gare, elle donna l’ordre au pilote de mettre le cap sur Washington dans les plus brefs délais.

Pendant le trajet, elle téléphona au président des Etats-Unis, en lui demandant instamment un rendez-vous pour le lendemain, ce que bien évidemment la Maison Blanche se vit dans l’obligation d’agender en catastrophe.

Après une nuit de quasi insomnie, de gai matin, la présidente de la république française entra donc tout sourire dans le bureau de Barack Obama. Elle portait un grand sac de sport en bandoulière et marchait à grandes enjambées.

-Mon cher Barack, commença la française un brin familière, ne perdons plus une minute.

Si j’ai fait ce voyage afin de vous rencontrer, c’est tout simplement dans le but de vous proposer l’acquisition du Graal…

Le président américain contemplait son hôte avec une expression de la plus parfaite incompréhension. A tout hasard, il risqua une petite mimique de séduction :

-Oui…

Apparemment sans remarquer l’effet que ses propos venaient de provoquer, Madame Le Pen fixa son interlocuteur :

-J’ai apporté un bien étrange…objet, que je souhaiterais beaucoup vous montrer, dit-elle en ouvrant le grand sac de sport et en exhibant la raquette magique.

Barack Obama se perdit quelques instants en conjectures à propos de la santé mentale de la présidente française.

-Cela ressemble à s’y méprendre à une raquette de tennis, poursuivit-elle, mais cette…chose possède des… vertus que vous n’imaginez même pas !...

Le regard de la française s’illuminait étrangement à tel point que son vis-à-vis en conçut soudain comme un léger malaise.

-Disons que je lui dois un peu mon élection, là-bas en France…avoua-t-elle d’un air sibyllin.

-Votre élection ?!.

Quand l’on ne sait que répondre, il faut toujours répéter la dernière phrase de son interlocuteur, mais la française balaya l’intervention d’un revers de la main énergique.

-Tout ceci n’a pas la moindre importance.

Monsieur le président, puis-je vous demander de bien vouloir m’accorder un petit plaisir ?

Barack se demanda un instant s’il ne devait pas appeler la sécurité, malgré tout l’homme intelligent qu’il était ne put échapper à la fée Curiosité.

-Mais…de quoi s’agit-il ?

-Prenez cet objet quelques instants dans vos mains. S’il vous plait, je vous assure que vous n’allez pas le regretter !

L’américain hésita quelques secondes. Madame Le Pen lui tendait la raquette d’un air engageant, puis le vaillant conquérant qui sommeillait aux tréfonds de son âme prit le dessus, et il s’exécuta.

Marine Le Pen observa le président un instant, mais elle n’eut pas à attendre longtemps car tout à coup, le regard de l’homme prit l’expression de la plus parfaite incrédulité, transformant les traits de son visage.

-Oh my God ! décréta-t-il avec à propos.

La séance d’initiation dura plusieurs minutes, enfin le président reposa la raquette magique.

Marine dégustait les effets de son petit jeu avec un plaisir évident.

-Alors ?!.. demanda-t-elle en se souvenant avec amusement de Robert Baer, mais Barack avait besoin de sa minute de répit, puis en bon américain pragmatique, il posa une question :

-Combien ?

-Alors vous au moins, vous comprenez vite…

La française était admirative, mais l’oncle Sam insistait :

-Combien ?

Marine savoura le miel de cet instant, puis elle dit d’une voix neutre :

-250…

250 millions…

250 millions de dollars sur un compte en Suisse…et elle est à vous !

L’américain n’eut aucune expression particulière quand une seconde et demi plus tard il affirma :

-Marché conclu !

Voyons immédiatement les modalités pratiques avec mon secrétaire afin de gagner du temps ! Puis, sans se soucier de la moindre formule de politesse, il se leva, enjoignant la présidente de la République Française à faire de même, et le duo quitta la pièce rapidement.

Lorsque toutes les affaires sonnantes et trébuchantes furent réglées, Marine Le Pen regagna l’hexagone aussi vite que les réacteurs de son jet privé le lui permirent, et, de retour à l’Elysée, poursuivant dans la logique de sa crise de démence, elle convoqua une conférence de presse pour le lendemain.

Ce fut la conférence de presse la plus courte de l’histoire de la cinquième république.

A l’heure dite, la présidente débarqua en compagnie de Doc Gynéco. Il avait sa mine des grands jours, le Doc, sa « mine ganja »…

Alors, arborant un petit air farceur, Marine Le Pen prit le micro et annonça :

-En fait, je suis juste venue vous avertir que je démissione de ma fonction de présidente de la République Française à partir de maintenant !...

Elle marqua une pause dans l’ambiance d’effarement qu’elle venait de composer, quand enfin elle ajouta :

-En fait, j’me casse avec le Doc !.. Et le couple éclata d’un rire généreux, puis le Doc, tel un prestidigitateur, sortit un énorme pétard de nulle part qu’il alluma avec dextérité, et, humant les volutes de fumée avec un plaisir non dissimulé, les deux amoureux quittèrent la pièce, bras dessus,bras dessous, dans un silence glacial, meublé par l’unique ronronnement des caméras de télévision…

Mais, comme il restait un brin de responsabilité à la redevenue présidente du front national, elle appela son nouvel ami François Bayrou :

-François, j’arrête la politique et j’me tire avec le Doc !

On va acheter une île dans les Seychelles et faire la fête toute la sainte journée ! Ventre-Saint-Gris mon gars, ça va être le pied !

J’t’inviterai pour les vacances !

Mais auparavant, faut qu’tu fasses un truc pour moi : Je te file les clés du front national !

Voilà !

Politiquement, t’es un homme mort. C’est l’idéal pour toi : un nouveau départ aux commandes d’une belle machine bien huilée !

T’es un mec bien. T’arriveras sûrement à faire bouger cette bande d’empotés !..

Alors t’en penses quoi ?

Et le béarnais de chantonner gentiment : « Ainsi font font font les petites marionnettes… »  C’est donc l’âme en paix que Marine Le Pen et le Doc, le couple du siècle, après un simple téléphone auprès d’une banque zürichoise, s’installa définitivement sur son île privée des Seychelles, et une fiesta d’enfer fit raisonner toute la région pour longtemps.

 

Dès qu’il eut pris possession de la fameuse raquette magique, Barack Obama ne perdit pas son temps et se rendit en Afghanistan, en compagnie de l’état major de l’armée au grand complet.

Sous la protection d’une imposante armada d’engins blindés, ainsi que d’une forte couverture aérienne, le président se rapprocha le plus possible du théâtre des opérations, manipulant la précieuse raquette magique sous l’œil incrédule des militaires.

Le résultat ne se fit pas attendre : Au cours des heures qui suivirent les incantations présidentielles, les premiers talibans se rendirent, abandonnant leurs armes le long de la route. Ils arboraient tous une attitude calme et souriante.

Certains avaient le visage déjà glabre, tandis que d’autres étaient occupés à se raser en marchant.

Quelques-uns chantaient des mélodies populaires afghannes avec un entrain contagieux.

Intrigué par cette démonstration musicale spontanée, Barack Obama fit venir un interprète afin de traduire un refrain qui semblait revenir en boucle dans la chanson. Fidèlement, l’homme s’exécuta et traduisit devant l’assemblée incrédule :

-C’est un refrain qui signifie exactement ceci : « Finies les violences, vive la différence !.. » Ou encore une variante sur la même mélodie qui dit : « Buvons du coca avec Obama !.. »

L’état major américain halluciné contemplait maintenant la joyeuse troupe de ses ennemis d’hier défiler devant lui, dans une véritable ambiance de carnaval, sous l’œil attentif de CNN.

Selon les consignes présidentielles, l’armée désarmée des talibans put s’évanouir dans la nature, se mêler à la population locale et personne n’entendit plus jamais parler de ces gens-là.

Ainsi donc, de cette manière parfaitement surréaliste, la région se trouva pacifiée d’un seul coup, sans que ne soit plus tiré le moindre coup de feu !..

Animé d’une authentique foi de missionnaire, la semaine suivante, Barack Obama se rendit à Jérusalem avec le précieux talisman et , taumaturge moderne, il se planta devant le mur des lamentations afin d’y pratiquer son office.

A la suite de cette nouvelle action magique, dans le mois qui s’ensuivit, israéliens et palestiniens se partagèrent équitablement la terre de cette région mythique comme par enchantement, dans une ambiance de fête et de fraternité indescriptible…

Lorsqu’il réalisa pleinement l’étendue du pouvoir qu’il détenait dorénavant, Barack Obama vécut une violente crise de messianisme. Il abandonna les affaires intérieures de son pays pour se consacrer uniquement à son nouvel idéal : pacifier entièrement le monde !

« Je suis l’Elu !... » se répétait-il à journée faite.

Dans la pratique, il se rendit avec diligence au chevet de toutes les nations malades d’une guerre et, pris d’une soudaine frénésie pacificatrice, il se fit un devoir d’éteindre les conflits de la planète les uns après les autres.

En bon enfant de l’oncle Sam qui connaît mieux que personne l’importance d’un bel emballage, le président mit en place un formidable show à l’américaine, à chacune de ses interventions salvatrices.

L’instant pacificateur était maintenant précédé d’un formidable concert, avec en première partie : Elton John qui débarquait en chantant son dernier tube composé spécialement pour l’occasion, et qui s’intitulait : « War is dead ». Le chanteur et son piano blanc étaient juchés sur un engin blindé doré et scintillant dont les armes avaient été enlevées et remplacées par des statues de marbre blanc représentant les colombes de la paix, le tout enveloppé par les fastes d’un spectacle pyrotechnique à rendre jalouses les fêtes les plus somptueuses de la planête, puis arrivait le clou du show :

Un orchestre symphonique de plusieurs centaines de musiciens en smoking rose se mettait en place sur une énorme scène, l’ensemble dessinant un gigantesque cœur.

La musique commençait alors à retentir, en guise de prélude à l’arrivée d’une autre vedette : Prince qui, quant à lui, arrivait par les airs en aile delta, la guitare en mains, improvisant à chaque fois un solo d’anthologie, puis dans un crescendo savamment orchestré, c’était l’entrée en scêne de Barack Obama !

Tout sourire et vêtu d’un costume incrusté de mille et une pierres précieuses, scintillant à la manière d’un vivant feu d’artifice, le président du monde arrivait sous un tonnerre d’applaudissements.

Il tenait la raquette magique comme si elle était une guitare, en mimant avec brio le solo de Prince, dans une apothéose musicale à faire frémir ! Mais, cette nouvelle utilisation spectaculaire de l’objet magique ne modifiait en rien le résultat de l’opération car, au final, la conclusion restait miraculeusement inchangée : les bélligérants abandonnaient immanquablement leurs vélléités agressives et se réconciliaient en festoyant abondamment, comme des amis de longue date.

Barack Obama parcourut ainsi le monde en usant sans retenue de sa formidable machine de paix, et la popularité de cet homme atteignit des sommets inégalés dans l’Histoire de l’humanité, si bien qu’environ une année après ses premières interventions, la planète se retrouva littéralement lavée des conflits militaires qui l’ensanglantaient depuis l’aube des temps, au grand étonnement de tous les observateurs.

Par ailleurs, ces mêmes observateurs ne tardèrent pas à diagnostiquer un bien étrange syndrome qui courait maintenant sur l’ensemble de la planète.

La violence, et d’une manière générale toutes les formes d’agressivité étaient en perte de vitesse dans toutes les sociétés.

Les inégalités sociétales persistaient, mais elles semblaient ne plus provoquer les réactions violentes d’autrefois. Les chiffres de la délinquance tombaient en chute libre, et par conséquent, la police se retrouvait les bras ballants, tant les raisons même de sa présence : le maintien de l’ordre, la lutte contre la criminalité,

 avaient perdu jusqu’à la moindre nécessité.

Un à un, les loubards et autres voyous rentraient dans le rang, comme si l’énergie qui les avait animé par le passé s’était soudain tarie, asséchée, voire convertie en gentillesse…

Cette nouvelle mentalité humaine eut une série de conséquences inévitables, positives pour certaines, comme la tranquillité et la douceur de vivre qui résultait de l’arrêt de la violence dans la collectivité.

Dans un autre domaine, l’humanité devint petit à petit végétarienne, car le simple principe de nuire à un animal était devenu insupportable à la conscience humaine, pour le plus grand bien de l’écologie planétaire par ailleurs.

Mais d’autres conséquences bien étranges apparurent aux esprits les mieux aiguisés :

Les artistes ne créaient plus… En effet, la quantité d’angoisse ayant chuté brutalement, ils avaient de moins en moins de causes à défendre !..L’on ne peut rien inventer dans une morne indifférence, et seuls quelques rares esthètes attardés continuèrent-ils à pratiquer leur art comme si de rien n’était…

En fait, l’action de la raquette magique avait tout bonnement réussi à éliminer, à assassiner l’instinct primordial de l’homo sapiens, sa raison de vivre, son but : le désir de prédation…Et l’humanité, cahin-caha, se transforma donc en des milliards de mollassons, vivant au jour le jour et n’ayant plus goût à rien…

 

Le vaisseau mordalien entreprit sa phase de décélération, car l’astronef arrivait dans les faubourgs du systême solaire.

Zarbulion enclencha le pilote automatique d’un geste sec.

-Ah, voilà Pluton ! Dis donc Abraxador, il ne doit pas faire très chaud dans la région ?!.. Mon gars, tu voudrais habiter un tel patelin toi ?

Le mordalien contempla la planète qui grossissait à vue d’œil sur l’écran vidéo.

-Sans façon ! décréta Abraxador, Trop besoin de chaleur…

Les mordaliens ont, en gros, une sorte d’apparence humaine à pas mal de détails près : D’abord, ils disposent d’une longue queue qu’ils agitent volontiers dans tous les sens en parlant.

Leur peau, qui est à rapprocher de celle du lézard terrestre, est froide et légèrement visqueuse, tandis qu’une grosse tête de fouine ahurie surmonte un corps étrangement dégingandé fait de membres finement articulés.

Mais la caractèristique principale d’un mordalien est son extrême agressivité naturelle. Fondamentalement, c’est un tueur, ce qui fait de Mordal une planète maudite dans la galaxie. Tout le monde craint l’Empire de Mordal, car sa soif de conquêtes est parfaitement inextinguible et la froideur de sa cruauté légendaire.

Zarbulion dessina un 8 avec sa queue dans l’air de la cabine :

-Ça ne sera plus très long maintenant…

Abraxador émit un petit sifflement. Sa langue de reptile sortit et rentra plusieurs fois de sa bouche.

-Bientôt, la Terre fera partie de l’Empire…jubila-t-il .

-C’est une bien jolie planète, concéda Zarbulion d’un ton étrangement rêveur pour un mordalien.

-La beauté, la beauté…Abraxador prit un air moqueur,…Laissons ce genre de bêtises à tous ces peuples sous-développés !…La seule beauté qui vaille, c’est celle de la puissance de Mordal ! dit-il, le fiel aux lèvres.

Zarbulion acquiesca en faisant tournoyer sa longue queue.

Soudain un voyant lumineux clignota sur l’écran principal.

-Ah les ordres du QG ! dirent les deux compères dans un ensemble saisissant.

Un visage mordalien apparut sur l’écran.

-Bonjour colonel Gorniaf ! Cette fois l’unisson était parfait.

-Bonjour mes amis, répondit le colonel. J’ai ici votre ordre de mission sur la planète Terre.

Je serai bref, car vous arrivez bientôt.

Une fois débarqué,vous devrez rapidement mettre en esclavage un grand nombre de terriens sur les cinq continents. Le nombre exact est dans le rapport.

Ceux qui auront échappé à votre loterie pourront continuer à vivre normalement.

Vous savez qu’ils ont été « raquettisés »récemment, et que donc ils se montreront parfaitement innoffensifs et vous obéiront.

Veillez à vacciner immédiatement les esclaves contre les nombreuses maladies qui les guettent (les terriens sont de faible constitution) de cette manière, vous pourrez les exploiter plus longtemps.

Ensuite, tous ces travailleurs enrôlés s’attèleront régulièrement à leur nouvelle tâche : Transformés en une armée de jardiniers, ils devront cultiver d’énormes quantités « d’azuralia », cette fleur mordalienne extraordinaire que vous connaissez et qui contient la substance active nécessaire à la fabriquation du « stimulinax ».

Comme vous le savez, poursuivit le colonel Gorniaf un brin professoral, le « stimulinax »est une sorte de complément alimentaire particulièrement apprécié par les mordaliens qui en font une énorme consommation, car il augmente sensiblement l’agressivité, voire la méchanceté chez le sujet, ce qui est toujours  très utile et agréable pour un mordalien…

Zarbulion ressentit naturellement une mauvaise jouissance à cette évoquation, mais déjà le colonel continuait :

Par ailleurs, vous veillerez à faire construire les usines destinées à transformer « l’azuralia » en « stimulinax » sur place bien évidemment, et, dans une année environ, l’on devrait voir la première récolte !

Messieurs, des questions ?

Devant leur écran, Abraxador et Zarbulion remarquèrent que le colonel Gorniaf venait de former un triangle isocèle avec sa queue, ce qui était généralement de bonne augure.

-Non, pas de question colonel, répondit Zarbulion, puis se ravisant soudain : Ah si ! Une question tout de même, une question de curiosité : C’est quoi déjà cette histoire de « raquettisation » ? J’en ai entendu parler.

-La « raquettisation » est procédé ultra moderne destiné à faire perdre son instinct de prédation à la population entière d’une planète, afin de l’envahir plus facilement par la suite.

Pratiquement, l’on dispose une sorte de piège, sous la forme d’une raquette de tennis en l’occurrence, (le tennis est un jeu de balle terrien), et il n’y a plus qu’à attendre que cela mûrisse…

Prenez ces braves terriens justement, malgré leur technologie ridicule et balbutiante, s’ils n’avaient pas été « raquettisés » au préalable, ils se seraient défendus à notre arrivée !..Il paraît qu’ils étaient particulièrement agressifs autrefois…

Non ! Vous imaginez les efforts militaires que nous aurions dû consentir avant de les dominer, les pertes que nous aurions eu immanquablement à subir dans l’action…Tandis que là, vous débarquez à deux, et vous prenez possession de la planète en un jour !...Quelle économie d’énergie !..

Les deux mordaliens étaient admiratifs.

Wàà ! Incroyable ! Mais, c’est qui l’inventeur de ce procédé extraordinaire ?

Finalement on le connaît ?

Le colonnel Gorniaf se gratta doucement l’occiput avec la queue :

-Attendez, ça va me revenir…Le gars a été élu scientifique de l’année sur Mordal pour cette invention…Il porte un nom typiquement mordalien…Ah j’y suis ! :

Tennoyug…

Niala Tennoyug !

Zarbulion et Abraxador n’en revenaient pas.

-Bonjour le cerveau ! s’extasia Zarbulion.

Soudain la communiquation fut interrompue, car l’ordinnateur de bord avait sélectionné une image en priorité.

La Terre apparaissait sur l’écran.

-Bienvenue sur la planète bleue ! annonça Abraxador avec une certaine jubilation, mais une colère contenue était perceptible dans le ton de sa voix car, comme tout bon mordalien, son taux d’adrénaline augmentait à l’approche de l’action.

Les deux prédateurs étaient à pied d’œuvre.

-Tu veux que l’on se pose où ? demanda Zarbulion, New-York ? Moscou ? Rome ? Paris ?

-Paris ! La ville lumière ! décida Abraxador, puis, coupant le pilote automatique, il reprit le contrôle manuel de l’astronef.

Zarbulion était un grand professionnel.

Il jouissait d’une réputation sans égal auprès des membres de sa section, véhiculant l’image-même du militaire mordalien idéal.

Sa particularité était l’extrême préparation qu’il mettait en place avant chaque mission. Pour ce faire, il passait un temps fou à potasser l’Histoire et les coutumes des planètes qu’il se préparait à envahir, et il amassait ainsi une foule de connaissances fort utiles avant de passer à l’offensive.

Cette fois-çi encore, il s’offrit un gentil petit plaisir en surprenant son compagnon :

-Mon cher Abra, je vais te chanter une chanson terrienne !...

Abraxador écartilla ses petits yeux de fouine tout en corrigeant la trajectoire du vaisseau.

-Non, ?!...Zarbu, tu m’étonneras toujours !...

-Si, si…Et Zarbulion se mit à chanter en français avec un accent inoubliable, d’une étrange voix chevrotante qui ne ressemblait à rien de connu sur Terre ; pourtant les notes de la mélodie étaient rigoureusement justes lorsqu’il entonna :

« Allons z’enfants de la patri-i-e

Le jour de gloire est arrivé… »

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Commentaires

11.03 | 23:43

Baume de beaux mots : peu de mots, peu de maux....

...
03.03 | 17:50

coucou j'addore martina stoessel je suis allee la voir au REX a Paris c'était genial

...
03.12 | 20:15

Salut

...
12.02 | 09:07

Bravo !! très jolie histoire La Pignata J'y vais de ce pas !!

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