Billet d'où?...

Billet d’où ?

 

Un beau jour Dieu en eut assez.

 

Il venait de contempler la Terre, et ce qu’Il avait vu confirmait Ses craintes.

Bien-sûr, l’intelligence qu’Il avait distribuée dans l’esprit humain avait fait son œuvre, et Ses créatures, profitant naturellement de cette manne, avaient progressé rapidement.

Elles étaient en train d’expérimenter ce qu’elles nommaient les débuts de l’ère industrielle.

Elles venaient de découvrir l’usage de la vapeur et de l’électricité et leurs connaissances progressaient rapidement dans tous les domaines du monde matériel.

Pourtant Dieu sut, en les observant, qu’un certain nombre d’erreurs s’était glissé dans leur mode de pensée, de sorte que, s’Il n’intervenait pas, les hommes risquaient fort, un jour, de s’anéantir... C’est pourquoi Il décida de les aider.

 

Et Dieu inventa le jazz.

 

Au début, ce n’était qu’une minorité d’êtres en esclavage qui faisait de la musique avec des instruments de fortune, et nul n’eût pu imaginer alors l’impact de ce moyen d’expression sur l’avenir de l’humanité.

Le temps passait et, parfois, Dieu regardait de quelle manière Son « remède » faisait tache d’huile sur la planète bleue.

Petit à petit, les femmes et les hommes qu’Il avait désignés pour être les premiers apôtres de cette musique, quittaient la vie terrestre et Dieu les accueillait au paradis.

Ainsi l’Eternel se prit-Il d’amitié pour l’un des plus grands d’entre eux, Duke Ellington, dont Il appréciait le sens de l’humour, à tel point qu’un jour, Il lui délégua certains de Ses pouvoirs : l’esprit d’Ellington reçut ainsi la faculté de retourner sur la terre afin d’activer l’action du jazz dans les consciences.

De cette manière, l’un des principaux créateurs de cet art eut-il le privilège de revenir, à l’insu des vivants, sur le théâtre de son œuvre, afin de lui apporter la dernière touche…

Sa mission était simple : entretenir l’esprit du blues sur la terre.

Au cours d’un concert, d’une répétition, lors d’une séance d’enregistrement, soudain les musiciens étaient inspirés.

En réalité, ils ignoraient pourquoi.

Bien-sûr, chacun avait son explication : la chance, le hasard, le whisky, les étoiles, le yoga, l’orgueil . Autant de mots, autant d’idées pour décrire le phénomène.

Mais en fait, si les musiciens avaient possédé ne serait-ce que le regard d’un ange, ils auraient pu voir le Duke généralement assis sur le bord du piano, organisant les sentiments, les idées et les notes dans les esprits.

Au retour d’une mission, le Duke s’attarda près d’une région montagneuse dont il avait toujours admiré la beauté subtile.

Invisible au commun des mortels, glissant à travers l’éther, il visita ce petit pays qu’il avait connu autrefois lors de ses tournées avec l’orchestre.

Alors il perçut une musique.

Cela se passait dans les montagnes, et son oreille reconnut immédiatement les accents d’une musique folkorique.

Il y a un trait commun à toutes les musiques populaires : Quelle que soient leur forme ou leur origine géographique, elles possèdent, toujours à leur manière, le caractère de la générosité.

Là encore c’était le cas.

L’orchestre jouait dans une grande brasserie enfumée et pleine d’une humanité joviale qui ne craignait ni la bière, ni le vin.

C’était l’hiver, et les gens se réchauffaient à leur façon, en écoutant un orchestre composé d’une clarinette, d’un saxophone soprano, d’une contrebasse et d’un piano.

Duke écouta cette musique avec amusement. Cela ne ressemblait guère à du jazz, pourtant il lui trouva malgré tout un petit air de swing, comme d’ailleurs la plupart des musiques dites folkloriques.

L’ambiance aidant, un cortège de souvenirs traversa son esprit, et Duke ressentit fortement le désir de retrouver son corps, juste quelques instants, afin de se mêler physiquement aux gens, dans le but de leur distiller une petite farce bien à sa manière…                      En principe, il travaillait toujours invisible, néanmoins, l’Eternel lui avait donné la possibilité de reprendre son apparence charnelle parfois, à condition de ne pas abuser de ce privilège.

 

 

 

 

D’habitude, lorsque vient l’hiver, les sud-américains vivant en Suisse font plutôt grise mine.

Il faut se mettre à leur place : Ils n’ont pas leur dose de soleil, et se prennent à regretter amèrement les caresses de la mer, avec les palmiers qui swinguent doucement au gré de la brise.

Pourtant il y a parfois des exceptions.

Imaginez :

L’hiver est là.

Vous venez de rencontrer cette ravissante brésilienne basanée aux yeux verts… Son regard contient la nonchalance et les promesses d’une bossa-nova de Jobim ,et sa cuisine – elle vous a invité à déguster une « batida » - raisonne des accents d’une vieille samba d’Arry Barroso.

Vous êtes là et vous vous sentez aussi bien que possible.

A un moment donné, la conversation arrive bêtement sur le temps épouvantable qu’il fait dehors et, vous apprenez que la belle, à l’opposé de ses compatriotes, adore l’hiver, car elle est folle de ski !

D’abord, vous êtes un peu étonné, mais ensuite vous tombez carrément par terre, lorsque la belle carioca, avec ce naturel propre aux gens du sud, vous demande si cela vous plairait de l’accompagner le week-end prochain, près de Stürzli, un village de l’Oberland bernois, afin de descendre les pentes !

Et bien sachez, honorable lecteur, que ce petit conte m’est un jour arrivé, et qu’il contient une suite peu banale, jugez-en plutôt :

L’histoire débute à Stürzli, dans une sorte de grand café extrêmement fréquenté.

Amanda et moi, touillons l’inévitable fondue, arrosée d’un sérieux petit blanc, afin de nous remettre de nos exploits sportifs, et je me demande par quel miracle je suis encore en vie, car sur des skis, ma garota favorite négocie les virages juste un peu moins vite que Lara Gut !...

A quelques mètres de notre table, un authentique Ländler joue immuablement sa musique forklorique suisse.

Il y a là : un saxophone soprano, une clarinette, un piano et une contrebasse, et je puis vous assurer que les musiciens sont à leur affaire.

Connaisseur, le public ne s’y trompe pas, car il règne une ambiance du tonnerre.

Je me rappelle exactement comment cela est arrivé.

Soudain, j’ai eu le sentiment que quelque chose de bizarre se passait. D’abord je n’ai pas très bien compris, puis mon oreille musicale s’est mise à me raconter des choses étranges :

Le pianiste avait cessé d’interpréter ses éternels cycles de quintes aux accords parfaits. Il avait modulé, et il attaquait une montée chromatique, composée d’accords de treizième à couleur nettement jazzy.

Le contrebassiste avait choisi de jouer une sorte de basse obstinée sur un rythme syncopé, tout à fait différent de la valse qu’il venait de quitter.

Les deux souffleurs, quant à eux, exécutaient des mélodies dans tous les sens, parfois de manière anarchique, parfois en se concertant. Soudain, ils partirent dans une incroyable phrase de contrepoint à toute vitesse, dédoublèrent le tempo de manière magistrale, puis ils se mirent à enchaîner sur «Things ain’t what they used to be » à l’unisson !

Derrière, la rythmique jouait un blues, mais une tierce mineure au-dessous des souffleurs !

Cela dura quelques mesures, et alors l’orchestre entama crescendo une musique effrénée et complètement « free ». Un cheval emballé n’aurait pas fait mieux !

Ce qu’il y avait de plus fou, c’est que les musiciens semblaient prisonniers de leur instrument. Ils transpiraient et donnaient l’impression de vouloir désespérément se débarrasser de quelque chose.

A la fin, ils retombèrent fortissimo sur un accord invraisemblablement « pourri », que Schönberg lui-même n’aurait pas renié ! Le point d’orgue était interminable, quand enfin le silence retomba.

Dans la salle, une mouche aurait fait plus de bruit. Les dîneurs avaient la fourchette en l’air, et les danseurs ressemblaient à des statues.

Sur la scène, les musiciens se regardaient d’un air ahuri, quand soudain, j’entendis cet énorme rire dans mon dos au fond de la salle.

Assis à la dernière table, il y avait un homme, devant une grande choppe de Feldschlössen.

Un noir…et alors je ressens un drôle de frisson.

Amanda me regarde avec inquiétude, car je suis sûrement encore plus blanc que d’habitude.

Je me lève brutalement et, ce faisant, je fais tomber ma chaise.

Ce bruit, dans le silence général attire l’attention de l’homme à la choppe qui, voyant que je me dirige maintenant vers lui, s’enfuit rapidement vers les toilettes.

Les pensées se bousculent dans ma tête, lorsque je traverse la salle à grandes enjambées.

« C’est impossible ! Et pourtant je suis sûr que c’est lui ! »

Arrivé devant les toilettes, je constate qu’évidemment la porte est fermée.

Qu’à cela ne tienne ! J’attendrai jusqu’à la fermeture s’il le faut, mais il faudra bien qu’il sorte un jour !

Deux heures sans quitter le mot WC des yeux ! Sauf peut-être pour attraper cette bouteille de blanc…

Mon amie brésilienne commençait à trouver l’ambiance suisse un peu spéciale quand, n’y tenant plus, j’essaie d’ouvrir à nouveau la porte. A ma grande surprise, elle ne résiste pas.

Je fais un pas et entre dans la pièce.

Ce sont de minuscule toilettes suisses alémaniques, et joliment entretenues, sans la moindre fenêtre.

Juste une petite aération avec une grille…

Dans la pièce, il n’y a rien d’autre que le vide…et un petit morceau de papier posé sur la lunette des WC, sur lequel est écrit un unique mot en français :

« Swingue ! ».

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Commentaires

11.03 | 23:43

Baume de beaux mots : peu de mots, peu de maux....

...
03.03 | 17:50

coucou j'addore martina stoessel je suis allee la voir au REX a Paris c'était genial

...
03.12 | 20:15

Salut

...
12.02 | 09:07

Bravo !! très jolie histoire La Pignata J'y vais de ce pas !!

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