La Pignata

En-tête

La Pignata :

 

La Pignata est une pizzeria genevoise très fréquentée qui se trouve à l’avenue du Mail dans la cité de Calvin.

Accueil chaleureux à l’italienne et cuisine de qualité.

Pourtant ce dimanche, la salle du restaurant était presque vide, probablement en raison de l’heure, car il était à peine 19heure.

Néanmoins quelques clients étaient déjà là, sirotant l’apéro ou passant commande.

Dans un coin de la pièce, volontairement isolés grâce à la géographie des lieux, Maria et Bob savouraient les bulles d’un prosecco bienvenu avant de s’attaquer à l’une des spécialités de la maison : la pizza calzone.

-       Oui, je sais…

Tu en as par-dessus la tête de mes assiduités…

Bob venait de lâcher cette phrase d’un ton un peu fataliste en regardant Maria dans les yeux.

-       …Tu en as marre que je te poursuive de la sorte, jour après jour…

Et tu ne supportes plus que je pollue quotidiennement ta boîte aux lettres avec ma pluie de messages d’amour… ça non plus !

Maria regarda l’homme et un petit sourire fleurit son visage, mais Bob continuait :

-       Quant à cette myriade de fleurs que je te fais parvenir quasiment chaque jour et qui inonde ton appartement…

Au début, tu trouvais cela plutôt gentil mais actuellement, tu n’as même plus assez de vases pour les y mettre alors forcément…

C’est vrai que lorsque je débarque chez  « Interfloriade », les types, ils ont la banane quand ils me voient… 

Mais bon, cela me fait tellement plaisir d’imaginer ton plaisir.

Ah, et tu n’apprécies pas vraiment, je le sens, quand je sonne chez toi, pour un oui pour un non afin de t’emprunter un ustensile ou un autre…ça commence à t’énerver mais, est-ce ma faute à moi, si l’on est voisins de palier ?

-       Non mais Bob…

-       Oh, et le jour où je me suis pointé à ton boulot, le midi à la caf et que je me suis imposé…

Tu étais avec tes collègues.

Pendant le repas, je me suis comporté…tu te rappelles, je parlais tout le temps… Mais c’était la faute à ce gars- là, le blondinet, qui semblait se conduire avec toi comme si vous étiez…je ne sais pas moi…presque intimes…

Ça ma gonflé ! Il fallait que je lui rentre dedans, flirtant sans vergogne avec une impolitesse de bien mauvais aloi pour les besoins de la cause, je le reconnais volontiers…

Maria confirmait :

-       C’est vrai que là…

Mais Bob ne remarqua même pas.

-       Et ce truc un peu irrationnel : Souvent, quand tu quittes ton appartement, tu ouvres la porte et, comme par hasard, je suis moi aussi en train de sortir de chez moi…

Alors tu dois fatalement imaginer que j’en suis arrivé à guetter tes allées et venues par le judas…

Et bien, ce n’est pas vrai.

Non.

Simplement je SENS quand tu vas sortir.

Neuf fois sur dix, je le pressens, et naturellement je sors aussi, ben, pour le plaisir de te voir ne serait-ce que pendant quelques instants.

Je n’y peux rien. C’est physique, je ne contrôle pas…

Puis, se rappelant un autre évènement, Bob claqua des doigts :

-       Mais le pire, c’est l’histoire du parachutisme…

Maria dans un soupir :

-       Ah oui. L’histoire du parachutisme…

Bob :

-       Ben oui, en raison de l’insoutenable constance de mes assiduités, probablement qu’un jour tu t’es dit :

« Il faut absolument que je découvre un truc, une activité loin de Genève, histoire de prendre un peu d’air afin d’échapper à ce garçon tellement collant… Et tu t’es inscrite à ce cours de parachutisme près de Sion dans le canton du Valais chaque samedi.

Remarque je te comprends.

A ta place, j’aurais fait de même sauf que moi, je n’aurais pas choisi le parachutisme…

Enfin bref !

Toujours est-il que moi, le jour ou je découvre ton plan, qu’est-ce que je fais ?

Maria :

-       Tu ne trouves rien de mieux…

Bob :

-       …que de m’inviter le samedi suivant pour un saut en parachute !

Mon baptême, tu te souviens ?

J’ai lancé le truc sans réfléchir, et toi, bonne pâte, tu as cédé.

Pour moi, c’était juste une occasion supplémentaire de passer du temps en ta compagnie et j’ai foncé.

Je me rappelle, au bar de l’aéroport avant de se lancer, quand j’ai tutoyé la moitié de cette bouteille de Ballantine pour me donner du courage…L’état du mec…

Bon, avant de sauter, j’avais tellement la trouille, la honte…Le gars a dû me pousser, puis cette sensation de glisser dans le vide…l’horreur !...

J’ai pas vraiment assuré sur ce coup, et évidemment en atterrissant, je n’ai rien trouvé de mieux à faire que de me fouler la cheville et tu as été obligée de me ramener à Genève…

Maria opinait du chef avec fatalité.

-       Oui je me souviens…

Mais, inarrêtable, Bob reprenait le flambeau.

-       Qu’est-ce que tu veux, si je passe trop de temps loin de toi, je ressens comme une espèce de sensation, un truc qui me brûle le ventre…

C’est magnifique, parce qu’alors l’objet de mon sentiment c’est toi…

L’homme plongea un instant son regard dans celui de son aimée.

-…mais d’un autre côté, quand ça brûle, ça brûle…Et je me sens tout sauf masochiste !

Maria ne disait rien et il continua :

-       Pour te décrire ce sentiment, tout d’abord je dois t’avouer une chose :

Lorsque je ressens cette brûlure merveilleuse au ventre en pensant à toi, si cela se passe chez moi, je me couche sur mon lit ou parfois je marche dans mon appartement, et je me mets invariablement à imaginer la même scène.

Toujours la même scène.

Tu te souviens de cette petite maison dont je te parle quelques fois ?

         Non pas « dans la prairie »…Dans la vieille ville, non loin du bistrot où l’on s’est rencontrés la première fois. Juste en face du marronnier.

Maria acquiesca.

-       Alors, toujours dans mon rêve merveilleux, j’habite cette maison au troisième étage.

C’est mon chez moi et en plus, je bénéficie d’une chance du tonnerre dans mon histoire, car je n’y vis pas seul.

Non.

D’un air songeur, Bob aventura un regard qu’il aurait voulu discret en direction du décolleté de la femme, puis se reprenant, il fixa son regard.

-       Non, j’y suis avec toi.

En  fait, nous partageons le même toit, ce qui n’est pas forcément anormal, puisque, toujours dans mes songes, nous sommes amants et que nous filons le plus bel amour qui se soit jamais épanoui dans cette ville !...

Tu me suis ?

Maria résignée :

-       J’ai bien peur que oui…

Bob :

-       Attends, c’est loin d’être fini.

Là, j’ai juste fixé le cadre, ou si tu préfères, c’était l’entrée du repas, voici maintenant le plat principal :

Dans mon rêve, je me trouve donc au troisième étage de cette maison, confortablement installé dans l’un de ces fauteuils anglais massifs en cuir vert foncé comme je les aime.

Chez nous donc…

…Et je suis là, à siroter pénard un Fernet Branca.

         Perché sur le marronnier, mais invisible, un merle chante.

         En fait, le merle est un oiseau be-bop.

         Tu as remarqué les phrases musicales extrêmement compliquées et toujours différentes qu’il est capable de siffler ? On dirait Charlie Parker !

Mais, peu sensible à cette poésie musicale, Maria lui avoua :

-       Oh, tu sais moi le jazz…

Bon alors ? La suite.

       -     Attends ça vient.

Bob faisait durer le plaisir.

      -      Bon, je suis donc installé au salon, et j’ai l’air de ne rien faire, du moins en apparence.

Pourtant je suis très concentré.

Concentré pour l’instant sur un bruit.

Un bruit d’eau en fait.

L’eau que tu es en train d’utiliser à ce moment, puisque dans mon délire onirique, tu te trouves dans la salle de bain de notre petit nid d’amour en train de prendre ta douche…

Alors, je sais, je sais…

Tu vas sûrement me soupçonner d’imaginer une eau savonneuse glissant avec délices sur la perfection de tes formes, et tu auras probablement raison, pourtant c’est un plaisir encore différent qu’effectivement je guette à cet instant langoureusement.

Un plaisir divin et pourtant tellement simple.

Soudain je tressaille, car le signal vient de retentir : tu viens de fermer le robinet de la douche et je vais devoir encore patienter quelques douloureuses minutes le temps que tu te prépares.

Tout en essayant d’imaginer la scène, je me mets en conditions car, en fait, je sais très exactement ce qui va suivre :

Dans quelques secondes, tu vas ouvrir la porte de la salle de bain, traverser le salon pour rejoindre notre chambre et tu n’auras pour tout vêtement que LE t-shirt…

LE t-shirt, comme je l’appelle avec sympathie, presque avec amour, c’est ce vieux truc que tu portes quasiment depuis toujours.

Franchement, parfois je me demande s’il ne date pas de ton adolescence.

Apparemment, tu ne peux même plus t’en passer et je comprends bien pourquoi d’ailleurs, car le génie de ce vieux vêtement c’est, qu’avec le temps, il est parvenu à épouser la douceur et la beauté infinie de tes courbes à la perfection.

C’est un esthète ce t-shirt !

Dans la pratique, il t’arrive à mi-cuisse avec une particularité qui veut que, de chaque côté au niveau de tes hanches, se trouvent deux larges échancrures.

C’est précisément grâce à elles que, dans quelques secondes, le plus beau moment de tous les temps va m’arriver.

Tu vas passer devant moi, en souriant comme d’habitude et, à ce moment, grâce au travail des échancrures dans le mouvement, cela va provoquer une succession d’images évanescentes au fil de ta démarche :

Un coup on voit tes fesses…un coup on ne voit plus tes fesses…un coup on voit tes fesses…un coup on ne les voit plus…et, à cet instant précis, je deviendrai tout simplement l’homme le plus heureux du monde…

Maria dans le bistrot :

-       Non mais Bob…

-       Oui, ça peut paraître futile, plaida-t-il, mais les grands bonheurs arrivent souvent avec des choses simples, proverba-t’il comme un vieux sage puis il continua :

-       Bon Maria, à ce stade de mes aveux, il y a une possibilité, un scénario pour la suite de cette histoire, un truc de fou, mais tellement marrant que j’aimerais bien le partager avec toi, là maintenant.

C’est une fiction, mais tellement amusante, puis d’un air sibyllin : surtout pour moi en fait.

Veux-tu que je te la raconte ?

Maria fit naître les petites fossettes qui pouvaient orner les commissures de ses lèvres lorsqu’elle souriait.

-       Cela à l’air de te faire tellement plaisir…

Bob :

-       Alors voilà :

A ce stade du récit, et après tous les tracas divers et variés que je t’ai fait subir en raison de mon insistance à vouloir te séduire, tu te rebelles !

Oui, c’est naturel, tu aurais même pu le faire déjà bien avant !

Jusque là tu me tolères encore…

Ouf !

Néanmoins tu commences à te dire des trucs :

« Bon. Ce garçon…C’est bien joli, mais je ne sais pas grand chose à son  sujet finalement.

Ok, il est sympa, intelligent, cultivé, en société il n’a pas son pareil pour amuser la galerie, dans son job c’est le meilleur. Ah ! Cerise sur le gâteau : il a un charme…non c’est vrai, un charme authentique, très attachant, je veux bien le reconnaître, mais malgré tout ça, moi, est-ce que je suis prête ? »

C’est vrai. L’autre il est là : « C’est pour la vie », mais moi, est-ce que je me sens prête pour une pareille aventure ?

Non, mais j’existe aussi !

J’ai le droit de vote !!

Non ?!...

Alors à ce moment dans la fiction il y a un truc vachement poilant qui se passe, enfin pas marrant pour toi puisqu’en fait là, tu pètes un plomb…

Ben oui, c’est comme ça : « Trop d’émotion nuit » et donc tu exploses un fusible après mes récents aveux.

Voilà.

Tu te lèves, tu prends ton manteau et tu me plantes là au beau milieu de la pizzeria.

Maria :

-       Je me tire ?

Bob :

-       Oui et sans un mot, car tu n’as plus qu’une seule idée en tête, à cet instant : t’enfuir.

Maria :

-       M’enfuir ?

Bob affirmatif :

-       Oui ! Tu viens de sauter un fusible, je te dis, à cause de toute cette pression que je te mets depuis le début.

T’en peux plus et tu te casses !

Une fois dehors, tu te mets à marcher droit devant toi dans une sorte d’état second, ne remarquant même pas ce froid exécrable de décembre à Genève, avec cette neige lourde qui ne tiendra pas et qui fouette le visage.

Et soudain tu vois l’enseigne dans la nuit tombante : « UBS. »

Agissant comme un phare en mer pour un navigateur solitaire, le sigle t’attire inévitablement et tu entres dans la banque.

Les guichets étant fermés à cette heure, tu te diriges vers les distributeurs automatiques, tu composes ton code et tu vas dans la rubrique « vacances » de ton compte.

Sans le moindre état d’âme, tu en retires dix mille euros que tu glisses dans ton portefeuille.

Par chance, en quittant l’établissement, tu aperçois un taxi et tu lui fais de grands signes.

-       Taxi !

Heureusement le gars ta vu.

Il t’ouvre la portière arrière, et tu te glisses à l’intérieur du véhicule.

-       A l’aéroport ! tu indiques au chauffeur sans même prendre la peine de le regarder, puis tu te laisses glisser gentiment sur le siège arrière.

Un peu de calme semble enfin vouloir t’habiter à nouveau et tu fermes les yeux.

Reprenant lentement tes esprits, tu t’accordes une petite rêvasserie bien venue.

Le taxi fraye son chemin dans la circulation, puis il s’arrête au feu rouge à l’extrêmité du pont du Mont-Blanc.

Le chauffeur, se retournant s’adresse alors à toi :

-       Vous préférez que je prenne à droite par les quais, ou tout droit en direction du quartier de la Servette ?

Et là, un sentiment de parfait étonnement, aussi glacé qu’une boule de sorbet aux fraises dans ton décolleté, s’empare de ton âme.

Dans le restaurant, Bob touillait son café en sirotant un Amaro Montenegro et il enchaîna :

-       Car Maria, je te le dis, le chauffeur de taxi à cet instant :

Ça sera moi !...

Soudain à nouveau prise de panique, mais parvenant malgré tout à évacuer cette torpeur maladive, tu ouvres la portière sans réfléchir et tu te lances sur la chaussée, au milieu de la circulation.

Dehors, la neige s’est transformée en pluie rendue agressive par le vent qui s’est levé, mais tu n’en as cure.

Slalomant entre les voitures, tu regagnes le trottoir en courant et par une de ces chances, tu aperçois ton sauveur à quelques mètres : le bus 10 qui arbore fièrement l’inscription : « Aéroport ».

Ouf !

Une poignée de secondes plus tard, tu es dans le véhicule, regardant presque avec suspicion la foule des voyageurs, les dévisageant un par un.

Mais ce ne sont que de braves helvêtes pour la plupart, rentrant chez eux après une journée d’ennuis et de tracas citadins et juste soucieux d’oublier tout cela devant la TV.

Finalement, cela te rassure et tu commences à retrouver un semblant de calme.

Manque de pot à l’arrêt suivant : les contrôleurs.

-       M’sieurs Dames, bonsoir ! Contrôle des billets, veuillez présenter votre titre de transport, Merci !

Toi, sûre de ta solvabilité à cet instant, et toujours aussi pressée d’arriver à l’aéroport, tu convoques tes états généraux :

« Bon, ben avec le fric que j’ai en poche, je paie l’amende fissa et le tour est joué, mais quelle poisse tout de même… »

Le premier fonctionnaire s’avance vers toi. Tu mets déjà la main à ton porte- monnaie quand soudain tu le regardes.

Une chape de plomb semble s’abattre violemment sur tes épaules, car, je te le dis Maria, dans son uniforme des transports publiques genevois, sous sa casquette ridicule, à ce moment- là dans le bus, ce contrôleur…ça sera moi !...

A la Pignata Maria s’agitait sur son siège.

Un serveur passant là par un heureux hasard, elle commanda une nouvelle tournée d’Amaro Montenegro.

-       Ouais mais Bob…

Mais comment arrêter un tsunami ? Bob continuait de déferler :

-       Attends !

Alors toi, réalisant ce truc de fou, en proie à un sentiment de parfaite incompréhension, tu pètes à nouveau un circuit.

Tu actionnes l’ouverture de secours sans prendre garde à d’éventuelles conséquences, tu descends du bus et tu te retrouves en pleine rue. Abasourdie.

A un petit mètre de toi et de tes affres, se trouve une Alfa Romeo années cinquante, tu sais ce genre de vieilles reliques qui polluent à mort et que l’on arbore fièrement en ayant l’impression d’appartenir à une élite.

A l’intérieur, cet espèce de bellâtre dans la trentaine en costard et qui trône du haut de son compte en banque te regarde avec étonnement.

Toi, tu ne fais ni une ni deux.

Tu ouvres sa portière sans complexe, tu t’installes à côté du type et tu lui lances à peu près ceci :

-       Jeune homme, dans la vie, il est des moments au cours desquels l’occasion d’accomplir une bonne action nous est offerte, et si d’aventure l’on y souscrit, l’on peut être certain qu’un jour, Dame Nature nous renverra l’ascenseur.

Et bien vous avez de la chance !

Vous avez de la chance, car, en ce qui vous concerne, cet instant vient de se produire grâce à moi aujourd’hui, pour vous, maintenant !

Ecoutez, si je vous racontais ce qui m’arrive actuellement, franchement vous me prendriez pour une folle…mais, de grâce, aidez-moi en me conduisant à l’aéroport sans me demander d’explications.

Je vous en prie, et vous feriez une vraie bonne action !

Et le bellâtre ,n’en pensant peut-être pas moins , fait poliment ce que tu lui demandes si impérativement et il démarre son objet de musée, t’emmenant vers le salut, non sans reluquer tes jambes à de nombreuses reprises, le rat…

Note qu’il n’est pas très original le gentleman, car tu as les plus belles jambes de la Création et tu le sais bien.

Dans la pizzeria, Maria se mit à rosir légèrement et Bob de continuer :

-       Enfin, tu débarques à l’aéroport de Genève.

Tu entres à l’intérieur rapidement, cherchant les enseignes des différentes compagnies aériennes et tu avises la première que le hasard te propose : Luftansa.

-       Ça ira très bien, te rassures-tu et tu t’accoudes au guichet.

Occupée derrière un ordinateur, une ravissante teutonne blonde comme les blés s’affaire.

       -     Mademoiselle ! tu lui fais.

       -     Madame ?

Un badge indique son prénom : Gudrun, et tu lui signifies ta volonté :

-       Je voudrais un billet d’avion pour n’importe où, là où il vous plaira si vous préférez. Par contre, j’ai besoin de trois choses :

Loin.

Au soleil.

Et le plus vite possible. Pour le reste, c’est vous qui choisissez.

Ah oui, encore un truc :

Première classe.

Voilà.

Vous avez quelque chose ?

Mais le germe de blé ne se démonte pas pour autant. Il consulte son ordinateur :

-       Vous avez un vol pour les Seychelles dans 45 minutes, dit-elle avec son accent magnifique…

-       Les Seychelles, génial !

Ignorant l’intervention, Gudrun reprend :

-       …le temps des formalités, cela devrait jouer. Des bagages ?

Toi, le réalisant enfin :

-       Heu…je suis partie un peu précipitamment…

J’achèterai sur place. Cela fera marcher le commerce local !...

-       Très bien madame, voici votre billet.

Vous payez comment ?

En cash, dis-tu en sortant imprudemment ta liasse d’euros.

-       Merci. Voilà et bon voyage !

Et tu te diriges vers la douane, ton passeport à la main.

Pendant tout l’embarquement, tu n’arrêtes pas de regarder autour de toi, scrutant les gens, particulièrement ceux en uniformes, mais tout semble normal et au bout d’une demi-heure, tu te retrouves enfin confortablement installée en première classe chez Luftansa.

Après les manœuvres habituelles, l’avion finit par décoller.

Alors, épuisée par tant d’aventures, tu t’endors sans même t’en rendre compte, pour le plus grand bien de ton merveilleux petit corps, trop heureux de pouvoir se remettre de ses émotions.

Après un temps que ta conscience ne parvient pas à déterminer, tu te réveilles et tu réalises la chose :

Tu es bel et bien en première classe, dans un jet de la Luftansa, en route pour les Seychelles, et tu te sens étrangement calme.

Bien dans ton corps, bien dans ta peau.

C’est ce moment que choisit une charmante hôtesse à l’abondante chevelure noire pour s’approcher de toi.

-       Madame, une boisson ?

Elle pousse un petit chariot. Sur son badge tu peux lire : Hildegarde.

Toi euphorique, presque familièrement, tu lui fais :

-       Volontiers Hildegarde, champagne !

Et Hildegarde, professionnelle, de t’indiquer :

-       Nous avons du Veuve Clicquot plutôt sec, ou alors plus doux, un Laurent Perrier rosé, ou encore…

-       Laurent Perrier, décides-tu en salivant à l’avance.

La belle fouille un instant le ventre de son petit chariot.

-       Je réalise que je n’ai plus de Laurent Perrier. Mais, le temps de passer en cuisine, et je vous en ramène.

Et tu la regardes partir en ondulant et d’un pas savamment chaloupé.

Tu te sens vraiment bien et tu penses à regarder pour la première fois par le hublot.

A l’extérieur, le jour vient de se lever et un grand rayon de soleil éclaire magnifiquement l’unique spectacle à perte de vue :

La mer.

-       Ouà, trop magique !…Mais ton extase est vite interrompue, car Hildegarde est de retour.

Tu la regardes arriver, et tout à coup, tu remarques un fait étrange.

Dans la pizzeria Maria, présageant quelque sombre issue :

-       Aïe !...

Mais Bob ne lâche pas sa proie :

-       Oui, tu l’observes arrivant vers toi, et tu te rends compte qu’elle marche de manière extrêmement curieuse avec ses hauts talons, semblant se tordre la cheville tous les deux pas.

Alors ton regard remonte le lond de ses jambes qui sont nettement moins féminines que tout à l’heure, malgré les bas qu’elle porte, car la belle Hildegarde, avec son énorme paire de faux seins, aussi horriblement fardée que Galabru dans la Cage aux folles, je te le dis Maria, à ce moment dans cet avion de la Luftansa, cette Hildegarde…

Ça sera moi…

A la Pignata, Maria n’en revenait pas :

-       Mais Bob…

Pourtant l’autre est intraitable :

-       Encore un peu de patience, on s’approche de la fin. En résumé tu es là, enfermée dans un avion au-dessus de l’océan, moi en trave à tes trousses…

Tu es suffoquée par ce cauchemar épouvantable et une peur carrément panique s’empare de tes sens.

Tu te lèves et tu t’enfuis en direction des toilettes. Ce faisant tu remarques une porte sur la paroi de l’appareil : « Emergency »

Curieusement, un parachute apparemment en parfait état de marche, repose au pieds de la porte comme abandonné.

Dans un élan de survie, tu te saisis de l’objet, entreprenant de t’harnacher dûment.

C’est le moment d’appliquer tes cours du samedi en Valais !

Sans hésitation, tu attaches les sangles comme une professionnelle de longue date, puis, découvrant un voyant rouge sur la porte avec un avertissement :   « Seulement en cas d’urgence », tu te dis :

« Tu parles, si ça, c’est pas une situation d’urgence… » Et tu appuyes sur le bouton de toutes tes forces.

L’instant d’après, un violent coup de canon envahit chacun de tes sens suivi d’une formidable bourrasque qui t’emporte en te faisant valser comme dans une grand huit infernal.

Tu as juste le temps d’aperçevoir les feux arrières du jet encore allumés qui s’éloignent à l’horizon, puis la secousse caractéristique se fait sentir :

Flop ! car ton parachute vient de s’ouvrir.

Il te faut bien quelques secondes avant que tu ne retrouves tes esprits.

Alors tu regardes en bas.

A tes pieds : La mer qui miroite doucement dans le soleil matinal.

Terrifiée tu tournes la tête à droite :

La mer.

Suppliant Poseidon, tu regardes de l’autre côté et tu la vois :

Une île.

Maria dans le bistrot :

-       Une île ?...

Mais Bob rigole trop, néanmoins il avance ses pions :

-       Oui ! Une ravissante petite île déserte d’une superficie de quelques kilomètres carrés, comme dans les romans de Stevenson.

En son milieu, trône une sorte de vieux volcan éteint, plus bas, il y a de la forêt vierge, toujours en descendant la pente, l’on y devine une jolie cascade d’eau douce qui termine sa course dans une petit lac, puis des rangées de palmiers bordent la plage au niveau de la mer.

Par chance, la brise te pousse dans la bonne direction.

Arrivée à une vingtaine de mètres du sol, te balançant toujours au bout de ton parachute, tu devines quelqu’un qui vient de sortir d’un fourré.

Alors là Maria, je suis au regret de te le dire : Ce gars-là près des palmiers, bronzé comme un indigène, une barbe de trois jours, nu comme au jour de sa naissance et de plus arborant fièrement une orgueilleuse  virilité…

Dans la Pignata, Maria renversa son digestif, heureusement, le verre était presque vide.

Bob :

-       Ce gars-là Maria, ça sera moi…

 

A ce moment dans la pizzeria qui commençait à se vider, car l’heure avançait, l’homme regarda la femme qu’il convoitait le plus au monde et il sut que l’instant qui allait s’ensuivre était le plus important de toute sa vie.

Il se leva, contourna la table et, pour être au même niveau que son interlocutrice qui était assise, il s’agenouilla auprès d’elle dans un gracieux mouvement qui n’avait que l’apparence de la soumission.

-       Maria, toute cette histoire abracadabrantesque que je viens de te raconter, c’est ça que tu veux ?

Dis-moi. C’est ça que tu désires ?

Bob baigna son regard dans les deux lacs noirs qui servaient d’yeux à Maria.

-       Non bien-sûr ! se crut-elle obligée de répondre logiquement.

L’homme saisit délicatement le visage de la femme entre ses mains et lui dit irrésistiblement :

-       Alors embrasse moi.

Leurs lèvres s’unirent enfin et il n’y eut plus, au beau milieu de la pizzeria que deux êtres enlacés.

 

La Pignata est un restaurant italien avec un personnel enjoué et chaleureux.

Le pizzaiolo, qui est au bénéfice d’un joyeux caractère, a pour habitude d’accueillir les clients réguliers en leur donnant à tous le même gentil surnom.

Découvrant à son tour la scène d’amour qui fleurissait maintenant au beau milieu de son restaurant, Pepino, il s’appelle ainsi, ne put s’empêcher, en bon italien ,d’orner la scène, non par un sifflet coquin comme on eût put l’attendre, mais plutôt par son gag favori auprès des clients :

-       Ay, Mama mia Capitano !

Dit-il chaleureusement.

 

 

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Soraya | Réponse 12.02.2013 09.07

Bravo !! très jolie histoire La Pignata J'y vais de ce pas !!

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Commentaires

11.03 | 23:43

Baume de beaux mots : peu de mots, peu de maux....

...
03.03 | 17:50

coucou j'addore martina stoessel je suis allee la voir au REX a Paris c'était genial

...
03.12 | 20:15

Salut

...
12.02 | 09:07

Bravo !! très jolie histoire La Pignata J'y vais de ce pas !!

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